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27 février 2024

Devises – faut-il couvrir son exposition?

Investir à l’international permet d’accéder à des secteurs très variés et offre un potentiel de diversification ainsi que des opportunités de croissance. En théorie, une telle stratégie devrait permettre aux investisseurs de générer des rendements supérieurs avec un risque moindre que s’ils se limitaient à leur marché national. Toutefois, elle peut également entraîner des risques supplémentaires qu’il convient de gérer, le plus important étant celui lié à la monnaie.

Le risque de change peut affecter les rendements d’un investisseur de différentes manières, pour le meilleur ou pour le pire. Une entreprise européenne générant des revenus importants aux États-Unis, par exemple, bénéficiera de la vigueur du dollar, qui accroîtra la valeur de ces revenus en euros.

Ce point est peut-être plus facile à comprendre dans le cadre d’un investissement sur des marchés non européens, où les taux de change peuvent avoir une incidence significative sur les rendements. Si l’euro s’apprécie face au dollar américain ou à d’autres monnaies, le rendement des investissements internationaux diminue, tandis qu’il augmente si le dollar est plus fort.

L’impact peut être considérable. L’indice MSCI World a dégagé un rendement brut annualisé de 8,84% en dollars américains sur la période de 10 ans clôturée fin septembre 2023, contre 10,96% pour l’indice libellé en euros, une différence imputable à l’appréciation du dollar au cours de la décennie.

Les facteurs liés aux devises peuvent s’avérer particulièrement importants pour les investissements sur les marchés émergents.

Volatilité des devises des marchés émergents

Les facteurs liés aux devises peuvent s’avérer particulièrement importants pour les investissements sur les marchés émergents. Les monnaies des pays dont les marchés de capitaux sont moins développés ont tendance à être plus volatiles et des entrées et sorties de capitaux relativement faibles peuvent les affecter considérablement.

Au cours des trois dernières années, par exemple, le peso mexicain s’est fortement apprécié vis-à-vis de l’euro, 1 EUR valant 19,26 pesos le 6 octobre 2023, alors qu’il s’échangeait contre 27,29 pesos le 20 mars 2020. Cette évolution a été très favorable au cours de la période pour les investisseurs européens en actifs mexicains, y compris les titres financiers, et ce indépendamment de leur performance en monnaie nationale. En revanche, le rand sud-africain est passé de 16 à 21 ZAR pour 1 EUR depuis avril 2022, réduisant par conséquent le rendement des investissements pour les Européens.

La faiblesse d’une monnaie reflète parfois le sentiment à l’égard d’un pays donné. Cela signifie que les investisseurs peuvent être confrontés à un repli du marché boursier et à une dépréciation de la monnaie, qui amplifient leurs pertes, ou alors à une hausse sur ces deux fronts, ayant pour effet d’accroître leurs rendements.

Faut-il gérer le risque de change?

La décision de couvrir le risque de change associé aux investissements à long terme doit être basée sur la situation et les objectifs d’investissement propres à chaque investisseur. Comme toujours en matière d’investissement, il est essentiel d’évaluer les avantages potentiels au regard des coûts et des risques.

Les risques de change peuvent être très complexes et difficiles à appréhender. Par exemple, une société peut percevoir ses revenus en dollars américains, incitant par conséquent les investisseurs à couvrir le risque lié au dollar. Cependant, il n’est pas rare que les entreprises couvrent leurs actifs et passifs importants contre le risque de change, ce qui complique l’évaluation de l’impact réel des fluctuations monétaires futures.

Parallèlement, les gestionnaires de fonds peuvent effectuer des opérations de couverture de manière sélective afin de gérer leur exposition à des actifs qui ne sont pas libellés dans leur devise de base. Il est souvent difficile de démêler toutes ces informations afin de déterminer le niveau de risque à couvrir et s’il faut le modifier au fil du temps, parfois sans en obtenir des avantages importants.

Le bon moment pour mettre en place une couverture, c’est quand on ne se rend pas compte qu’elle est nécessaire.

Il convient également de garder à l’esprit que les opérations de couverture peuvent être onéreuses, et ce d’autant plus quand elles sont effectuées au mauvais moment. La couverture du risque lié au dollar, par exemple, devient plus coûteuse à mesure que le billet vert s’apprécie. Toutefois, s’il a déjà augmenté considérablement, il est peut-être trop tard pour initier une couverture. Le bon moment, c’est souvent quand on ne se rend pas compte qu’on a besoin de couvrir le risque. Les marchés des changes sont volatils et imprévisibles: un investisseur devrait être incroyablement intelligent pour parvenir à identifier à l’avance quand une couverture du risque est nécessaire.

Situations dans lesquelles une couverture est judicieuse

En général, le recours à la couverture se justifie lorsqu’il existe un passif spécifique dans une devise et un revenu dans une autre. C’est par exemple le cas lorsqu’une personne a contracté un prêt immobilier dans une devise, mais que le revenu utilisé pour le rembourser est libellé dans une monnaie différente.

Couvrir le risque peut également s’avérer judicieux face à un événement à l’issue incertaine, mais susceptible d’avoir un impact significatif, à l’image notamment du référendum britannique sur le retrait de l’Union européenne.

Couvrir le risque peut également s’avérer judicieux face à un événement à l’issue incertaine, mais susceptible d’avoir un impact significatif, à l’image notamment du référendum britannique sur le retrait de l’Union européenne. Les devises peuvent aussi connaître un accès de volatilité à l’occasion d’élections ou d’évolutions critiques de la politique économique.

Une opération de couverture est également à propos lorsque vous êtes fortement exposé à une région donnée qui n’est pas votre marché d’origine. Si vous avez investi massivement dans le secteur technologique américain, par exemple, vous serez probablement fortement exposé au dollar. Une perte de valeur des entreprises technologiques est susceptible d’entraîner une dépréciation du billet vert. La couverture peut apporter une certaine diversification et réduire la concentration de votre portefeuille.

Techniques et instruments de couverture

La couverture peut être une opération relativement aisée lorsque l’on place de l’argent dans des fonds d’investissement. Dans de nombreux cas, les fonds qui cherchent à attirer des investisseurs de différents pays proposeront des versions couvertes et non couvertes. La version couverte d’un fonds offre aux investisseurs l’opportunité de s’exposer aux entreprises d’un pays ou d’une région donné(e) sans encourir le risque lié à la devise locale.

Les investisseurs peuvent également avoir recours à des ETF (exchange-traded fund) sur devises, qui offrent une vaste gamme d’options, en particulier pour les principales monnaies du monde. Vous pouvez acheter des positions longues ou courtes sur un tel ETF si vous avez une forte conviction quant à l’évolution future d’une devise. Il est également possible de négocier directement sur le marché des changes, mais le risque encouru est nettement plus élevé et une telle transaction ne doit pas être envisagée sans expérience ou sans l’avis d’un expert.

La façon la plus simple de couvrir le risque de change est de recourir à des contrats à terme. En acceptant d’acheter ou de vendre à une date future donnée un montant convenu de devises étrangères à un taux prédéterminé, un investisseur ou une entreprise peut bloquer un taux de change, ce qui lève l’incertitude quant à son orientation future et neutralise efficacement l’impact des fluctuations de change sur une certaine transaction.

Il est important de bien calculer le coût de la couverture, dès lors qu’elle est susceptible de grever votre rendement, surtout si vous la payez trop cher.

Anticiper les hauts et les bas des monnaies volatiles est complexe et ne garantit pas une hausse significative de la valeur d’un portefeuille.

Anticiper les hauts et les bas des monnaies volatiles est complexe, mais les fluctuations de change peuvent mettre en péril le rendement d’un portefeuille d’investissement. La couverture du risque de change réduira la volatilité à court terme, ce qui pourrait faciliter l’expérience d’investissement. Elle offrira certainement une meilleure prévisibilité des flux de trésorerie de l’investissement sous-jacent (le cas échéant) et permettra de réduire l’incertitude.

Mais la couverture a aussi un coût lié à sa mise en œuvre et à son maintien. Certains avanceront que l’impact des fluctuations monétaires s’estompe à long terme, rendant ainsi la couverture inutile. Mais pour citer John Maynard Keynes: « À long terme, nous serons tous morts. » L’attente de cet éventuel équilibre à long terme pourrait s’avérer très pénible.