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14 décembre 2018

Qu’est-ce que le capital-investissement ?

Avec des fonds gérés atteignant déjà des milliers de milliards, le capital-investissement (private equity) est devenu incontournable sur les marchés financiers internationaux. Les institutionnels et les particuliers fortunés en quête d’opportunités d’investissement lucratives dans l’économie « réelle » se tournent de plus en plus vers le secteur du capital-investissement et sa forte croissance. Toutefois, à l’heure actuelle, nombre d’entre eux ne maîtrisent pas très bien les réels tenants et aboutissants de ce type de placement. Ce document expose les éléments clés du capital-investissement, à travers les opportunités offertes aux investisseurs potentiels et les points à retenir.

En résumé, le capital-investissement correspond exactement à ce que son appellation suggère : il s’agit de détenir la propriété d’une entité (son capital) ou de prendre une participation dans cette entité, étant toutefois précisé que ladite entité est privée, ce qui signifie qu’elle n’est pas inscrite à la cote officielle ou négociée sur une bourse de valeurs.

Dans la mesure où le capital-investissement implique d’investir directement dans une société, afin de pouvoir fortement influer sur les opérations de cette dernière, une mise de fonds importante est souvent requise. Il en découle que les investisseurs institutionnels, tels que les fonds de pension, et les grandes sociétés de capital-investissement sont majoritairement représentés dans le secteur du capital-investissement. Les sociétés de capital-investissement regroupent les capitaux apportés par divers investisseurs accrédités, amassant ainsi des millions, voire des milliards, qui servent ensuite à financer des prises de participation dans des entreprises.

De quelle façon le capital-investissement peut-il générer des rendements ?

L’objectif ultime du capital-investissement consiste à acquérir, à des valorisations attrayantes, des sociétés de qualité renfermant du potentiel, puis à les revendre à un prix plus élevé à une date ultérieure. Les sociétés privées n’étant pas constamment sous l’œil du public, soumises à l’obligation de publier leurs résultats trimestriels et autres obligations de déclaration, la société de capital-investissement ainsi que l’équipe dirigeante de la société acquise peuvent par conséquent œuvrer ensemble à l’amélioration à plus long terme des perspectives de ladite société. Les investisseurs qui optent pour le capital-investissement peuvent généralement s’attendre à un horizon d’investissement pouvant aller jusqu’à dix ans.

Certains capital-investisseurs adoptent une approche passive et se reposent sur l’équipe dirigeante de la société pour développer l’activité et produire des rendements. D’autres s’investissent beaucoup plus sur le plan pratique ; ils mettent leurs connaissances, leur soutien et leur expertise stratégique au service de la société concernée et s’attachent activement à dégager autant de valeur que possible des sociétés comprises dans leur portefeuille. Leur rôle dépend généralement de la position de la société cible dans son cycle de développement. S’agissant des stades plus précoces, le capital-investisseur tentera normalement de stimuler l’activité et d’aider la société à réaliser pleinement son potentiel. Lorsque les sociétés sont davantage en fin de cycle, les efforts se concentrent habituellement sur l’amélioration de l’efficacité et la mise en place de processus d’optimisation.

Les sociétés de capital-investissement poursuivant une approche active recrutent parmi les meilleurs talents du marché et, ce faisant, accumulent en interne une expertise précieuse. Généralement, les capital-investisseurs disposent également d’un solide réseau dans le monde de l’entreprise, dans lequel toutes les fonctions de direction (CEO, COO et CFO) sont représentées. Cela peut aider lorsqu’il s’agit de conclure des transactions et de mettre en œuvre des mesures d’efficacité et des synergies opérationnelles.

L’objectif final consiste à vendre les sociétés « réorganisées » à un prix correspondant à plusieurs fois le capital investi. Les actionnaires des sociétés de capital-investissement reçoivent alors leur part des bénéfices, avec à la clé un taux de rendement généreux pour leur investissement d’origine (…).

L’objectif final consiste à vendre les sociétés « réorganisées » à un prix correspondant à plusieurs fois le capital investi. Les actionnaires des sociétés de capital-investissement reçoivent alors leur part des bénéfices, avec à la clé un taux de rendement généreux pour leur investissement d’origine – il convient bien entendu de noter qu’il n’existe aucune garantie de réalisation des objectifs d’accroissement de valeur et d’amélioration de la performance. Si la société commet un faux pas, le fonds de capital-investissement et ses investisseurs perdent de l’argent.

Fonctions assurées par les sociétés de capital-investissement

Les sociétés de capital-investissement peuvent assurer diverses fonctions, selon l’avancement du cycle de développement de la société acquise. Les trois types de fonctions les plus courantes sont :

Capital-risque (Venture Capital)

Un capital-investisseur assure cette fonction lorsque la société cible se trouve dans les premiers stades de son cycle économique. Pour faire court, le capital-risque concerne normalement les start-ups en phase de croissance affichant un potentiel et des risques importants. Généralement, ces sociétés de taille plus modeste proposent un produit ou service de niche que les grands groupes n’offrent pas encore.

Prenons par exemple une start-up de la Silicon Valley ayant développé une technologie très convoitée mais dont l’historique d’exploitation est limité. Sa taille est insuffisante pour pouvoir lever des capitaux via une introduction en bourse et la banque n’a pas voulu lui accorder de prêt. Un capital-investisseur, qui aura repéré le potentiel de la société et de son secteur d’activité peut dans ce cas apporter des financements et son savoir-faire. Toutefois, en contrepartie du risque élevé qu’implique l’investissement dans des sociétés de taille plus modeste et peu matures, la société de capital-investissement obtiendra habituellement une participation importante dans la société, ainsi qu’un certain pouvoir de décision. Les start-ups solides suscitant de nombreuses convoitises peuvent éventuellement se permettre d’avoir un droit de regard sur l’investisseur en capital-risque et de rechercher un partenaire capable de leur apporter des capacités et/ou ressources essentielles.

Capital-développement (Growth Capital)

Le capital-développement s’applique généralement aux investissements minoritaires dans des sociétés relativement matures et dotées d’un fort potentiel de croissance. Tout en étant rentables, ces sociétés recherchent normalement des capitaux en vue d’étendre ou de restructurer leurs opérations, pénétrer de nouveaux marchés ou financer une acquisition stratégique. La transaction n’est habituellement pas assortie d’une prise de contrôle.

Capital-transmission ((Leveraged) Buyouts)

Lorsqu’une société est établie et rentable, et que le propriétaire actuel souhaite en sortir, les sociétés de capital-investissement se dirigent vers un rachat. L’opération implique d’acquérir une société en utilisant à la fois les fonds propres et des instruments de dette. Les actifs de la société sont constitués en garantie afin de sécuriser la dette de telle sorte qu’en substance, le capital-investisseur soit en mesure d’acheter la société concernée en n’apportant qu’une fraction du prix d’achat. En assortissant l’investissement d’un levier financier, les sociétés de capital-investissement cherchent à maximiser le rendement potentiel en cas de hausse (mais bien entendu, en cas d’évolution défavorable, cette opération peut également multiplier les pertes). Les sociétés de capital-investissement pratiquant le capital-transmission s’appuient sur leur expertise et ont recours à l’ingénierie financière pour tenter d’améliorer la situation financière de la société concernée et accroître sa rentabilité en amont d’une mise en vente.

Dans le passé, le capital-investissement s’apparentait à un club très fermé réservé aux établissements très riches ou importants, mais il existe aujourd’hui des moyens d’investir sans mobiliser un capital de plusieurs millions.

Accès

Si vous êtes intéressé, sachez que le capital-investissement devient désormais accessible à un éventail plus large d’investisseurs. Dans le passé, le capital-investissement s’apparentait à un club très fermé réservé aux établissements très riches ou importants, mais il existe aujourd’hui des moyens d’investir sans mobiliser un capital de plusieurs millions.

Dans sa forme la plus pure, le capital-investissement est un investissement direct ou « co-investissement » dans une société. Rares sont les investisseurs disposant de l’envergure, du niveau de sophistication et des ressources requis pour procéder à des investissements directs, si bien que cette option est essentiellement réservée aux grands fonds de pension, fonds de dotation et fonds souverains. Il est également possible d’investir dans le capital-investissement via un fonds principal établi par un Commandité dans le but d’identifier et investir dans les sociétés. Une fois encore, le ticket d’entrée est cependant élevé, l’investissement minimum habituel se situant autour de 10 millions de dollars.

Toutefois, des véhicules tels que les fonds d’accès ouvrent aux particuliers fortunés des opportunités de capital-investissement, avec un seuil d’investissement compris entre 100.000 et 150.000 dollars. Les fonds d’accès sont élaborés par des Commandités qui investissent dans un fonds principal (appelé le « fonds sous-jacent »). Normalement, ces derniers ne sont disponibles qu’auprès de courtiers/négociants importants jouissant d’un grand savoir-faire.

Il existe également des fonds de fonds. Avec cette structure, les investisseurs placent leur capital dans un fonds, qui identifie à son tour plusieurs fonds principaux dans lesquels il investit sur une période prédéfinie. Cette approche a l’avantage de permettre une plus grande diversification au cas où l’un des projets de capital-investissement tourne mal. Le seuil d’investissement est normalement plus bas.

Nous n’avons cité que quelques-uns des principaux véhicules de capital-investissement parmi une gamme plus étendue. Il s’avère pourtant qu’en plus de devoir sélectionner l’instrument lui convenant le mieux, un investisseur doté de la volonté et des moyens d’investir dans un produit de capital-investissement doit prendre en compte de nombreux autres éléments…

Aspects dont les investisseurs doivent tenir compte

Frais

Les sociétés de capital-investissement doivent évidemment recevoir une rémunération pour leur travail. Il convient pour les investisseurs d’analyser avec attention leur structure de frais (par rapport aux sociétés concurrentes et aux normes du secteur). Les commissions de performance s’appliquent au-delà d’un seuil prédéfini, ou « rendement privilégié », et se montent généralement à 8 %, parfois 6 %. S’agissant des fonds principaux, le modèle « deux et vingt » est une structure de frais couramment observée : une commission de gestion annuelle de 2 % combinée à une commission de performance de 20 % prélevée au moment de la vente de l’investissement, mais cela peut naturellement varier. Dans la mesure où les fonds de fonds et fonds d’accès intègrent également des frais correspondant à leurs propres services à valeur ajoutée tels que la diversification, la sélection de fonds et la facilité d’accès, par exemple, les frais appliqués sont normalement plus élevés pour ces types de véhicules.

Les investisseurs doivent comprendre qu’il s’agit d’un engagement à long terme et veiller à pouvoir répondre aux appels de fonds dans un bref délai.

Risques

Le capital-investissement nécessite de s’exposer à un niveau de risque élevé et d’accorder une grande confiance au capital-investisseur – d’autant plus que l’investissement peut ponctuellement souffrir d’un manque de visibilité. Un investisseur doit procéder à toutes les vérifications (due diligence) nécessaires et s’assurer que la société de capital-investissement (et/ou le promoteur) jouit d’une bonne réputation et présente un bon historique de performance. Voici quelques questions qu’un investisseur peut se poser : Avec quelles sociétés ont-ils travaillé par le passé, quel est leur taux de réussite et leur taux de rendement moyen ?

Les investisseurs doivent comprendre qu’il s’agit d’un engagement à long terme et veiller à pouvoir répondre aux appels de fonds dans un bref délai. De tels véhicules de capital-investissement intègrent un niveau de risque de liquidité plus élevé que celui des actions négociées en bourse, par exemple. Souvent, une fois l’argent immobilisé (pour des durées pouvant atteindre dix ans), certaines structures n’autorisent pas le rachat anticipé et il n’est pas rare que le calcul de la VNI soit peu fréquent – voire même annuel. Dans ce contexte, une gestion sérieuse, compétente et fiable des investissements est essentielle.

Les investisseurs doivent prêter attention à la politique de rémunération appliquée par la société de capital-investissement – les salaires versés aux gestionnaires sont-ils indexés sur la performance ? Cela favorise une transparence accrue.

Bien entendu, il ne s’agit là que de quelques-uns des nombreux aspects dont doit tenir compte un potentiel investisseur en capital-investissement.

Pourtant, malgré les risques, les opportunités que renferment les marchés privés attirent de plus en plus les investisseurs. La société de conseil McKinsey souligne dans un rapport récemment publié et intitulé « The rise and rise of private markets » qu’en 2017, les marchés privés ont enregistré une collecte record de près de 750 milliards de dollars à l’échelle mondiale, les investisseurs ayant témoigné d’un intérêt et d’une confiance accrus. Le capital-investissement représente de loin la plus grande partie du marché privé et, pour le moment, c’est un segment semblant disposer d’abondantes liquidités et offrir des opportunités considérables aux investisseurs capables d’en maîtriser les subtilités.