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25 septembre 2021

Entrepreneurs, faites de vos faiblesses une force

Ça y est, vous avez décidé de vous lancer dans la grande aventure de l’entreprenariat. Certaines de vos connaissances admirent votre courage quand d’autres pensent que vous êtes inconscient. Pour ne pas donner raison à ces derniers, assurez-vous de garder la tête froide et méfiez-vous de vos propres biais cognitifs qui peuvent fausser votre jugement. Votre réussite en dépend !

Quel courage !

« Tu crées ton entreprise ? Bravo, quel courage ! C’est une grosse prise de risque, je n’aurais jamais osé ». Cette phrase vous semble-t-elle familière ? Les études le confirment, les entrepreneurs sont plus enclins à prendre des risques que la moyenne de la population. Cela ne veut pas dire qu’ils font n’importe quoi. Ils se préparent et tentent de minimiser les risques.

Cela étant, si un business plan bien ficelé et de bons partenaires sont nécessaires, cela ne suffira pas à assurer la pérennité et le succès de votre entreprise. Votre succès ne repose en effet pas uniquement sur des éléments rationnels, mais aussi sur vos décisions. Et celles-ci sont systématiquement influencées par des émotions et biais cognitifs qu’il ne faut pas renier, mais apprendre à apprivoiser.

Entreprendre c’est décider, souvent. Et pour décider, il faut non seulement savoir poser des jugements, mais aussi maîtriser les facteurs qui peuvent conduire aux erreurs de jugement.

Entreprendre c’est décider, souvent. Et pour décider, il faut non seulement savoir poser des jugements, mais aussi maîtriser les facteurs qui peuvent conduire aux erreurs de jugement. En science comportementale, ces facteurs sont appelés biais cognitifs. Pour vous, myLIFE dévoile comment reconnaître et ne pas tomber dans le piège des principaux biais cognitifs qui guettent l’entrepreneur. Bien maîtrisés, ces biais peuvent être bénéfiques – sans prise de risque, l’innovation n’existerait pas – et peuvent même permettre d’aiguiser une certaine intuition qui deviendra experte au fil du temps.

Voici la liste des six biais cognitifs typiques des entrepreneurs qu’il va falloir apprivoiser si vous voulez développer votre entreprise avec succès.

1. Tempérez votre sentiment de toute-puissance (biais de l’excès de confiance)

L’excès de confiance constitue sans doute le biais cognitif le plus important à apprivoiser lorsqu’on fonde son entreprise. Être créateur ou dirigeant d’une entreprise confère à un individu une forme de pouvoir psychologique. Mais attention, ce sentiment de toute puissance peut créer un certain excès de confiance dans la manière dont vous allez prendre des décisions et dans vos capacités à gérer une situation spécifique. Fréquent lorsqu’un entrepreneur doit réaliser une tâche difficile, le décalage entre la réalité objective et la confiance en ses propres jugements est un syndrome typique de l’excès de confiance.

Le risque. Votre excès de confiance peut vous induire en erreur et vous conduire à surestimer vos qualifications pour réussir une tâche et à sous-estimer les conséquences de l’échec potentiel. Associé à une certaine tendance à prendre des risques, cet aveuglement vis-à-vis de vos propres limites peut créer une situation dangereuse, voire compromettre l’avenir de votre entreprise.

La solution. Vous devez apprendre à reconnaître vos propres limites et à avouer humblement que vous n’avez pas les compétences ou les connaissances nécessaires pour maîtriser seul tous les défis qui se présentent à vous. En d’autres termes, s’il est évidemment important de croire en son projet quand on se lance, il faut prendre l’habitude de solliciter un avis extérieur, qu’il s‘agisse d’un ami, d’un associé ou d’un expert externe. Apprenez à déléguer et, lorsque vous le pouvez, n’hésitez pas à embaucher une personne avec des compétences complémentaires aux vôtres.

L’entrepreneur trop sûr de sa réussite pense souvent : « je sais que c’est déjà arrivé à mon concurrent, mais cela ne m’arrivera jamais ».

2. Ne surestimez pas la probabilité d’obtenir des résultats favorables (biais d’optimisme)

Le biais d’optimisme est un grand classique chez les entrepreneurs, surtout lorsque ceux-ci sont déjà victimes de l’excès de confiance. Dans la tête de l’entrepreneur sûr de sa réussite, cela prend souvent la forme de « je sais que c’est déjà arrivé à mon concurrent, mais ce problème ne m’arrivera jamais ».

Le risque. Le biais d’optimisme peut vous amener à décider sur la seule base d’une croyance et non sur base de faits objectifs. Cela peut vous conduire à adopter des comportements décisionnels excessivement risqués.

La solution. Apprendre, en tant qu’entrepreneur, à espérer le meilleur tout en ayant aussi la capacité à anticiper le pire. Cela signifie faire l’effort conscient de réintégrer le réel et les signaux qu’il vous envoie dans votre processus décisionnel. Entraînez-vous à pratiquer l’exercice dit de pre-mortem. Il consiste à lister tous le scénarii catastrophes et événements qui pourraient mener votre entreprise à l’échec. Une fois l’exercice fait, vous pouvez alors réfléchir aux solutions possibles à implémenter si un de ces fameux scénarii catastrophes se réalise effectivement. Il ne s’agit pas ici d’être pessimiste mais prévoyant !

3. Arrêtez de croire que vous avez forcément raison ! (biais de confirmation)

Un entrepreneur trop sûr de lui a tendance à rechercher ou à interpréter l’information d’une manière qui confirme ses idées préconçues. Cela signifie qu’il s’aveugle lui-même à tout ce qui remet en question ses points de vue et jugements.

Le risque. Le biais de confirmation peut vous conduire à ignorer des informations d’une importance cruciale pour votre entreprise, juste parce que celles-ci ne s’accordent pas avec votre manière de voir les choses.

La solution. Ne laissez pas vos opinions prendre le pas sur la réalité, acceptez le feedback et restez conscient de vos limites. En tant qu’entrepreneur ou fondateur, vous devez accepter les critiques et les informations négatives afin de les exploiter pour maximiser les chances de réussite de votre projet. Lorsqu’elles sont constructives, les critiques sont toujours bonnes à prendre.

Beaucoup d’entrepreneurs sous-estiment le temps ou les ressources nécessaires pour développer leur projet.

4. Arrêtez de fixer des délais trop ambitieux ! (biais de planification)

Beaucoup d’entrepreneurs sont victimes de ce biais qui leur fait sous-estimer le temps ou les ressources nécessaires pour développer leur projet.

Le risque. Cette erreur de planification, très liée à l’excès d’optimisme, peut être fatale pour une entreprise qui ne disposerait d’aucun « plan B » si les ressources disponibles ou les délais envisagés ne suffisent pas à l’atteinte de l’objectif fixé.

La solution. Intégrez le fait que les choses se passent rarement comme prévu initialement, en particulier dans le monde de l’entreprenariat. Identifiez les risques et obstacles potentiels, intégrez le facteur « impondérable » dans vos plannings, prévoyez toujours un « plan B ». Malgré votre envie de tout faire rapidement, donnez-vous des deadlines raisonnables pour atteindre vos objectifs.

5. Abandonnez les voies sans issue, même si elles ont déjà beaucoup coûté (l’illusion de coûts irrécupérables)

Ce biais décrit la tendance à poursuivre un projet à tout prix au prétexte d’y avoir déjà investi beaucoup de temps, d’efforts ou d’argent. Que les coûts actuels l’emportent ou non sur les avantages escomptés, on se refuse à abandonner ce qui nous a déjà tant coûté, même s’il semble évident que les résultats espérés ne peuvent plus être au rendez-vous. On se dit alors : « Je suis déjà arrivé jusqu’ici et j’ai déjà engagé tous ces efforts, pas question d’arrêter maintenant ! ».

Le risque. Cette attitude « jusqu’au-boutiste » peut vous conduire sur une voie sans issue et destructrice pour l’entreprise. Malheureusement, les efforts ne paient pas toujours. En persistant dans un mauvais chemin, un fondateur d’entreprise va perdre son temps et son argent dans un projet qui n’en vaut plus la peine.

Solution. La première étape consiste à comprendre et accepter que le succès n’est pas toujours au rendez-vous, même si vous avez investi beaucoup d’efforts, de temps et d’argent dans un projet. Il faut savoir accepter qu’un objectif n’est peut-être pas réaliste ou qu’un projet doit être abandonné. Comment savoir ? Tout d’abord en acceptant de ne pas surévaluer l’importance de ce qui a déjà été investi. La question est à présent de savoir si les efforts supplémentaires à fournir en valent la peine ou si vos ressources encore disponibles ne seraient pas mieux investies ailleurs. Accepter un échec est douloureux, mais nettement moins que de persister dans une voie sans issue.

Face à des options trop variées ou trop complexes, l’entrepreneur peut décider de ne pas décider et refuser d’agir.

6. Evitez de procrastiner ! (biais de statu quo)

Ce biais fait référence à une préférence pour l’état actuel des choses. Face à des options trop variées, à des décisions trop complexes ou un environnement trop incertain, l’entrepreneur peut décider de ne pas décider et refuser d’agir. Il se voit alors comme une personne prudente, qui cherche à rationnaliser à tout prix sa prise de décision. Pourquoi pas, tant qu’il ne reste pas coincé dans ce statu quo. Après tout, le propre de l’entrepreneur est d’entreprendre !

Le risque. Le plus gros risque est de passer à côté d’une opportunité importante qui se présente à votre entreprise et qui nécessite une décision claire et plus ou moins rapide.

La solution. Cherchez à comprendre l’origine de ce qui vous empêche de passer à l’action. Dressez un inventaire de toutes les causes potentielles pour comprendre d’où vient votre résistance au changement. Cette résistance n’est sans doute pas sans fondement. Entourez-vous de personnes de confiance dans votre entreprise, qui pourront si besoin vous aider à prendre les décisions qui s’imposent.

Les biais cognitifs qui guettent l’entrepreneur ne sont pas forcément vos ennemis, ils peuvent même être vos alliés. Rappelez-vous simplement que les entrepreneurs qui prennent des risques inconsidérés sont ceux qui sont le moins conscients des biais cognitifs et des émotions qui impactent leur prise de décision. Connaître ses faiblesses est une force !