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12 décembre 2018

Entreprise familiale: bien gérer la transmission

Une entreprise familiale présente de nombreux avantages. Elle regroupe de gens pour lesquels les stock-options et les primes revêtent une importance secondaire par rapport à la loyauté et la préservation de la tradition familiale. Les personnes impliquées depuis leur plus jeune âge dans l’entreprise peuvent avoir en commun une meilleure compréhension de ses spécificités, de sa culture, ainsi qu’une bonne connaissance des clients et des conseillers. Toutefois, cela ne signifie pas nécessairement que la transmission d’une génération à la suivante est plus facile.

Même si la santé et la longévité d’une entreprise familiale peuvent dépendre d’une transmission efficace à la génération suivante, la cession du contrôle peut s’avérer tout aussi délicate. Les attentes peuvent s’avérer plus élevées malgré des obstacles formels moins nombreux. Et si la familiarité a ses bons côtés, elle peut aussi occasionner des désaccords plus marqués.

La tentation peut être grande de repousser cette décision complexe jusqu’à ce que le temps qui passe vous force la main. Pourtant, la bonne santé à long terme de votre entreprise dépendra probablement de votre capacité à définir vos intentions et à les expliquer au bon moment aux parties intéressées. Il est fort possible que ces dernières contestent vos décisions. Bien que de telles remarques puissent s’avérer désagréables à entendre, elles favorisent l’élaboration d’un plan concerté et acceptable pour le repreneur. Si vous pensez à certaines personnes pour vous succéder à la tête de l’entreprise à l’avenir, il convient de vérifier que votre vision est en phase avec la leur.

Motivations personnelles

La première étape consistera à examiner vos propres motivations et, dans l’idéal, ce que vous voulez vraiment faire de votre vie. Si l’entreprise représente l’œuvre de toute une vie, serez-vous vraiment capable de la quitter? Il se peut que vous souhaitiez garder un rôle actif au sein de l’entreprise. Le cas échéant, quels en seraient les contours? Pouvez-vous faire le tri pour ne garder que les domaines ou les clients qui comptent le plus à vos yeux? La question de savoir si vous êtes vraiment prêt à partir à la retraite est donc cruciale. Que vous le soyez ou non, la planification de votre succession n’en demeure pas moins importante: elle prendra simplement une forme différente.

Les relations affectives au sein de la famille ont une incidence sur la planification de la succession. (…) Il vaut mieux que tout le monde fasse preuve d’honnêteté dans ses attitudes et de franchise quant à ses intentions, aussi difficile que cela puisse paraître.

Les relations affectives au sein de la famille ont une incidence sur la planification de la succession. Les parents ont peut-être mené une réflexion approfondie sur les talents de chacun de leurs enfants et leur aptitude à diriger l’entreprise familiale. Or il se peut que leur vision ne corresponde pas aux ambitions des intéressés.

Il vaut mieux que tout le monde fasse preuve d’honnêteté dans ses attitudes et de franchise quant à ses intentions, aussi difficile que cela puisse paraître. Cela permettra de trancher entre l’organisation d’une succession familiale ou l’entrée d’un tiers dans l’entreprise. Bien qu’une succession familiale puisse se traduire par un niveau de confiance et de loyauté difficilement égalable par quelqu’un venu de l’extérieur, cette approche limite le vivier de talents disponibles, y compris pour les familles qui n’en manquent pas.

Dissocier la gestion de la propriété

La propriété et la gestion vont souvent de pair pour les entrepreneurs, mais il n’est pas nécessaire que cela reste ainsi. L’héritage de vos enfants ne dépend pas nécessairement de leur capacité à gérer l’entreprise avec succès et, même s’ils ne conviennent pas pour diriger l’entreprise, cela ne signifie pas qu’ils doivent renoncer à leur intérêt économique. En général, il est pertinent d’envisager la direction de l’entreprise en la dissociant de la propriété effective au cours du processus de planification à long terme.

À cet égard, des informations actualisées sont primordiales. Il est indispensable de faire part de la moindre difficulté rencontrée par l’entreprise ou de l’existence de gouffres financiers aux personnes qui devront y faire face à l’avenir. Vous avez peut-être les compétences et l’expérience nécessaires pour gérer les problèmes, mais ce n’est pas forcément le cas de vos successeurs et cela pourrait les détourner de leur mission essentielle: bâtir l’entreprise et assurer sa pérennité.

Avant de planifier votre succession, il convient de réunir les documents relatifs aux trois à cinq derniers exercices comptables et de les communiquer à toute personne susceptible de jouer un rôle dans l’entreprise à l’avenir.

Avant de planifier votre succession, il convient de réunir les documents relatifs aux trois à cinq derniers exercices comptables et de les communiquer à toute personne susceptible de jouer un rôle dans l’entreprise à l’avenir. Cela permettra aux intéressés de poser des questions tant que vous serez encore aux commandes. Si vous envisagez de vendre l’entreprise plutôt que de la léguer aux membres de votre famille, vous serez de toute façon obligé de procéder ainsi. Il en va de même pour les projections et les plans futurs. Des budgets et des prévisions de grande qualité offrent une bonne visibilité sur les perspectives d’avenir et faciliteront la tâche de votre successeur, quel qu’il soit.

Un conseil professionnel

Une fois que tout ceci est en place, vous pouvez engager les conversations nécessaires, ce qui peut s’avérer intimidant. Par définition, cela implique de renoncer au contrôle d’une entreprise à laquelle vous avez consacré une bonne partie de votre vie, ainsi qu’une reconnaissance de votre condition d’être mortel. L’implication d’un tiers indépendant peut permettre de franchir cette étape en douceur.

Un conseiller professionnel de confiance et dûment qualifié peut vous guider dans ce processus complexe en expliquant les répercussions juridiques (voire fiscales) de chaque décision relative à l’entreprise. Il pourra également vous aider à y voir plus clair quant à son avenir. Un spécialiste externe travaillera avec les conseillers existants (avocats, spécialistes en planification financière et comptables) pour élaborer un plan de transition concret et personnalisé.

Si votre famille n’a plus la capacité ou la volonté de prendre le relais à la tête de l’entreprise, il vous faudra envisager d’autres options, comme une introduction en bourse ou une mise en vente. Dans un cas comme dans l’autre, il est bon d’avoir connaissance de cette possibilité à l’avance plutôt que de devoir vendre dans l’urgence si vous n’êtes plus en mesure de diriger l’entreprise. Une vente, quelles qu’en soient les modalités, peut prendre au moins six mois. Ce processus chronophage constituera presque à coup sûr une source de stress.

Incidences fiscales

S’il s’avère que la vente est la meilleure option, veillez à ce que votre estimation de la valeur de l’entreprise soit réaliste: elle ne vaut que ce que quelqu’un est prêt à payer pour l’avoir. Un conseiller spécialisé vous fournira des renseignements sur des transactions similaires et vous aidera à maximiser la valeur de l’entreprise. Cela peut impliquer la gestion de risques majeurs – y compris le fait que vous pourriez ne plus jouer un rôle actif – ou la protection de la propriété intellectuelle.

Les incidences fiscales d’une transition seront importantes et toutes les personnes intéressées devront notamment garder à l’esprit la question des droits de succession. Selon le cabinet de conseil américain Williams Group, 70% des familles fortunées ont dilapidé leur patrimoine dès la deuxième génération et 90% lors de la troisième.

De nombreux pays prévoient des exonérations spéciales pour les entreprises familiales, mais il convient de faire appel à un conseiller pour s’assurer que la structure de l’entreprise respecte les conditions requises pour en bénéficier.

Cette situation s’explique généralement par le fait que les générations suivantes n’ont pas le même enthousiasme ni la même discipline que leurs ancêtres entrepreneurs, mais les droits de succession jouent certainement un rôle. De nombreux pays prévoient des exonérations spéciales pour les entreprises familiales, mais il convient de faire appel à un conseiller pour s’assurer que la structure de l’entreprise respecte les conditions requises pour en bénéficier.

Complications en cas de divorce

Autre problème à envisager: le divorce. Quelle que soit la personne concernée (vous-même, vos enfants ou un actionnaire important de l’entreprise), un divorce peut mettre en péril un plan de succession mûrement réfléchi. Si un actionnaire a besoin de céder tout ou partie de sa participation afin de régler un divorce, cela risque de faire entrer au capital des actionnaires potentiellement inamicaux guère soucieux des intérêts à long terme de l’entreprise.

Le facteur le plus important tout au long du processus consiste peut-être à entretenir un dialogue franc: il s’agit de tenir les principaux membres de la famille informés et de les consulter de sorte qu’ils puissent porter un regard critique sur votre plan plutôt que de le contester devant la justice après votre départ.

Il n’est pas facile d’envisager de renoncer au contrôle d’une entreprise qui est l’œuvre de toute une vie, mais une planification en amont est essentielle à sa pérennisation. Il est possible de rendre le processus moins intimidant en procédant pas à pas: désigner des conseillers, solliciter l’avis de ses enfants, réunir les documents nécessaires.