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12 juin 2021

L’urgence du changement climatique

  Olivier Goemans myINVEST 27 mai 2021 48

Dans une interview, le futurologue Ramez Naam1 s’est récemment exprimé en ces termes : « Nous sommes dans une course qui oppose d’une part la vitesse à laquelle nous causons des dommages et émettons du dioxyde de carbone, atteignant 450 parties par million dans l’atmosphère et la limite des 2 degrés, et d’autre part, la vitesse à laquelle nous pouvons innover et déployer les nouvelles technologies. La deuxième option n’en ressort pour l’heure pas gagnante. Mais heureusement, le solaire, l’éolien, les batteries et les véhicules électriques (VE) deviennent chaque année plus abordables. Il s’agit là d’un cercle vertueux et je suis donc convaincu que, chaque année, nous pouvons essayer de progresser davantage et plus vite. »

Face au changement climatique, le transport et l’énergie sont les deux secteurs clés en termes de transition énergétique durable. Aujourd’hui, plus de 16 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont générées par les transports (les émissions des pays développés étant généralement deux fois plus importantes).

Les trains, les voitures, les avions et les navires imaginés par de grands inventeurs ont favorisé la révolution industrielle et transformé les capacités humaines. Ces moyens de transport et de voyage, qui ont fait l’objet d’améliorations technologiques au fil du temps, sous-tendent encore aujourd’hui l’économie mondiale. Ces modes de transport sont certes plus efficaces qu’au moment de leur invention, mais un changement radical des modes de déplacement des personnes et des biens s’impose.

Si l’année 2020 a été celle de l’immobilité pour la plupart d’entre nous, faisons en sorte que 2021 soit l’année de la mobilité électrique.

Face au défi posé par le climat, le secteur de la mobilité n’a d’autre choix que de se réinventer. Le chemin vers un secteur des transports sans carbone est néanmoins difficile. Il ne fait aucun doute que les moteurs à combustion interne employés pour le transport terrestre ont fait leur temps. L’heure est venue de révolutionner les technologies utilisées. Si l’année 2020 a été celle de l’immobilité pour la plupart d’entre nous, faisons en sorte que 2021 soit l’année de la mobilité électrique.

Vers une mobilité électrique

Bien que le marché automobile ait connu une année 2020 morose, les ventes européennes ayant chuté de 24 % par rapport à 2019, les ventes de véhicules électriques (100 % électriques et hybrides rechargeables) ont explosé. Alors qu’ils ne représentaient que 3 % des ventes de voitures en Europe en 2019, ils ont dépassé les 10 % de parts de marché en 2020, avec une nette accélération en fin d’année.

Les annonces relatives à l’abandon progressif des moteurs à combustion interne sont parfaitement justifiées. Plus de 14 pays et plus de 30 villes à travers le monde ont proposé d’interdire la vente de véhicules de transport de personnes (voitures et bus principalement) roulant aux énergies fossiles (telles que l’essence, le LPG et le diesel), d’ici 2030 ou 2040 pour la plupart.

Afin de favoriser l’adoption de véhicules à faibles émissions de CO2, les gouvernements du monde entier ont adopté l’approche du bâton et de la carotte : d’une part, ils offrent des subventions visant à compenser l’impact sur les marges des constructeurs automobiles et d’autre part, ils annoncent leur intention d’interdire la vente de nouveaux véhicules à moteur à combustion interne.

Cette même démarche s’observe également au sein même du secteur puisque de nombreuses sociétés s’engagent à ne plus construire que des véhicules électriques d’ici quelques années. Il est toutefois difficile de faire la part des choses entre ce qui relève d’une véritable stratégie et les arguments purement marketing. Les véhicules électriques sont moins chers à l’usage que ceux à combustion interne, mais à ce stade, ils sont plus chers à produire. Cette transition ne se fera pas sans mal pour certains constructeurs, tandis que d’autres devraient en profiter.

L’affirmation vaut également pour les consommateurs. De nombreuses personnes craignent encore d’acheter une voiture 100 % électrique et s’interrogent notamment sur le prix du véhicule, les temps et les bornes de rechargement ainsi que sur son caractère écologique.

Lors du choix d’un véhicule, l’une des principales mesures permettant de comparer les différentes options énergétiques disponibles est l’empreinte carbone en cycle de vie (en prenant en compte la fabrication, l’usage et la fin de vie), et ce pour tous les gaz à effet de serre. Selon Carbone 4 2, quel que soit le mix électrique de la région considérée, les véhicules électriques à batterie réduisent l’empreinte carbone de 50 à 70 % par rapport aux véhicules roulant aux énergies fossiles, malgré les processus de fabrication et de recyclage de la batterie. Ce constat relativement nouveau tient à deux facteurs : d’une part, la production en masse de batteries pour l’électromobilité qui permet de réduire considérablement l’empreinte carbone par unité (effet d’échelle), et d’autre part, le fait que le mix électrique de tous les pays européens se décarbonise progressivement. Les véhicules roulant au biogaz ont l’empreinte carbone la plus basse grâce au très faible facteur d’émission du biométhane. Ce dernier est toutefois une ressource limitée qu’il est préférable de réserver à d’autres usages.

Empreinte carbone moyenne sur la durée de vie d’une voiture vendue en 2020 Europe – Segment B | gCO2e/km :

Glossaire : VTH (véhicule thermique), VHR (véhicule hybride rechargeable), VEB (véhicule à batteries), GNV/GNC/GNL (gaz naturel véhicule/comprimé/liquéfié)

Les technologies évoluent et les batteries sont donc plus efficaces, offrent une plus grande capacité et une durée de vie plus longue. L’utilisation de voitures électriques non polluantes à la place des véhicules thermiques traditionnels a des effets bénéfiques considérables sur l’environnement local.

Si vous envisagez d’acheter une voiture électrique aujourd’hui, cela pose sans doute un certain nombre de questions, selon l’endroit où vous vivez et où vous roulez. Mais la prise de conscience croissante des dommages environnementaux causés par les moteurs à combustion fossile a poussé de nombreux constructeurs automobiles à se focaliser sur le développement de voitures électriques. Cela devrait assurément faire baisser davantage les prix et nous inciter à nous intéresser aux avantages des véhicules électriques plus propres.

Cette logique vaut tout autant pour les constructeurs. Si, en tant qu’entreprise, vous tardez à réagir, vos concurrents, de leur côté, ne se gêneront pas pour adopter ces nouvelles technologies, au risque de vous bousculer. La seule solution pour un acteur d’un secteur où la technologie peut rapidement changer la donne consiste à adopter cette technologie et à se remettre en question, plutôt que laisser la concurrence vous déstabiliser.

À l’avenir, le concept de transport en tant que service et l’accès à celui-ci seront probablement plus pertinents que la détention d’une voiture.

Un coup d’accélérateur grâce au sport automobile

Permettez-moi d’être honnête : je ne suis nullement un expert en automobiles. Tout ce que je sais, c’est que j’utilise une voiture pour me déplacer d’un point A à un point B. Si certains d’entre nous restent attachés à une marque, ce n’est pas mon cas et je suis heureux de voir que les jeunes générations adoptent plus facilement de nouveaux modes de consommation en matière d’automobile et, plus largement, de transport. À l’avenir, le concept de transport en tant que service et l’accès à celui-ci seront probablement plus pertinents que la détention d’une voiture. Ce qui me paraît certain, c’est que le monde évolue vers des carburants durables et des comportements respectueux de l’environnement. Et c’est l’électrique qui devrait l’emporter avec son coût au kilomètre le plus bas. Une vaste détox3 de nos modes de transport est tout à fait possible.

Sachant que le sport automobile a toujours été un laboratoire4 pour les voitures de tourisme, une version verte de ce sport devrait aussi voir le jour. La technologie développée pour la Formule E 5 – l’un des sports automobiles les plus récents et les plus passionnants au monde – a des répercussions sur les voitures qui circulent sur nos routes. Non seulement la Formule E continuera de développer la technologie que nous voyons dans nos voitures, mais elle commence également à modifier les perceptions en matière de véhicules électriques. Elle montre en effet à tout un chacun que les voitures électriques ne sont ni ennuyeuses ni lentes. La multiplication des courses automobiles électriques va fédérer de plus en plus de monde autour de l’idée d’un avenir électrique.

La multiplication des courses automobiles électriques va fédérer de plus en plus de monde autour de l’idée d’un avenir électrique.

La première chose qui intéresse les gens, c’est la vitesse. Or, si les voitures de Formule E accélèrent aussi vite que celles de F1, leur vitesse de pointe est d’environ 280 km/h, soit environ 70 km/h de moins. Jusqu’à la quatrième saison (2017-18), les pilotes de Formule E n’étaient pas en mesure de parcourir toute la course sans devoir changer de véhicule à mi-parcours. Grâce aux avancées technologiques des batteries, les pilotes disposent désormais de deux fois plus d’énergie utilisable et les arrêts aux stands font donc partie du passé.

À terme, la Formule 1 pourrait devenir une course automobile classique, consacrée à une technologie qui n’est plus utilisée, à l’instar des courses hippiques, ou une sorte de collection de technologies mythiques digne d’un musée.

Afin d’atteindre l’échelle et la vitesse nécessaires, une alliance judicieuse de moyens financiers et de politiques est primordiale. Mais, manifestement, la fin du moteur à combustion ne saurait tarder. Les entreprises et les consommateurs sont de plus en plus conscients des nombreux avantages liés aux véhicules électriques (VE). Et ces avantages ne sont pas seulement environnementaux. Les VE permettent également de réaliser d’importantes économies de carburant et d’entretien.

La question n’est pas tant de savoir si cette évolution aura lieu, mais bien quand. Tout dépendra de nous et des choix que nous poserons au cours de cette décennie. Un avenir sans pots d’échappement, avec une économie florissante et un air pur. Un avenir que nous choisissons pour le climat et pour notre santé.

Références

1. Ramez Naam est un technologue et auteur de science-fiction américain. Il est surtout connu pour sa trilogie Nexus. Ramez Naam a été informaticien chez Microsoft pendant 13 ans et a dirigé des équipes travaillant sur Outlook, Internet Explorer et Bing. Il est également professeur adjoint à la Singularity University, où il donne des cours sur l’énergie, l’environnement et l’innovation.

2. http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2021/02/Road-transportation-what-alternative-motorisations-are-suitable-for-the-climate-Carbone-4.pdf

3. Monica Araya – Conférence TED : How cities are detoxing transportation

4. Saviez-vous, par exemple, que c’est une voiture équipée d’un rétroviseur qui a remporté la première course Indy 500 (les 500 miles d’Indianapolis) en 1911 ? Ray Harroun, vainqueur de la course, était le seul à piloter une monoplace, tous les autres concurrents étant deux à bord, l’un pilotant, tandis que l’autre regardait derrière lui et alertait le pilote de ce qui se passait.

5. La Formule E est devenue le premier championnat international de course monoplace entièrement électrique au monde lors de son lancement en 2014. Si la F1 jouit d’un plus vaste héritage (elle existe depuis 1950), la Formule E est désormais l’un des championnats de sport automobile les plus importants au monde.