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22 octobre 2020

Qu’est-ce que la microfinance ?

L’aide au développement des pays émergents peut prendre deux formes principales : l’injection de liquidités à partir d’en haut ou la création de richesse à partir du bas de l’échelle. Les organismes caritatifs et agences d’aide optent généralement pour la première approche en fournissant de l’eau potable et de l’électricité ou en construisant des logements. La microfinance, en revanche, adopte la stratégie inverse en permettant aux individus d’intégrer le système financier via l’accès aux comptes bancaires et au crédit, dans le but de créer une croissance autosuffisante qui fait prospérer les pays.

La microfinance n’a rien de nouveau. Elle est apparue au Bangladesh dans les années 1980 sous l’impulsion de Muhammad Yunus, professeur d’économie, qui était convaincu que l’octroi de petits prêts pouvait aider les femmes à lancer une activité susceptible à terme de transformer leur vie.

Le modèle de la Grameen Bank

Yunus a créé la Grameen Bank, prise pour modèle par de nombreux organismes caritatifs et autres au niveau international. Des banques et sociétés privées lui ont ensuite emboîté le pas et les taux de croissance ont explosé. Il s’agit désormais d’un secteur important, qui continue d’enregistrer une croissance à deux chiffres dans le monde entier. Muhammad Yunus et la Grameen Bank ont reçu le Prix Nobel de la Paix en 2006 en récompense de leurs efforts visant à favoriser le développement économique et social à partir de la base.

L’inclusion financière est intégrée dans les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. Dans la plupart des pays émergents, l’accès aux services bancaires est difficile, ce qui constitue un obstacle majeur pour le développement. La Banque mondiale estime que pas moins de 1,7 milliard d’adultes sont exclus du système bancaire à travers le monde, ce qui rend la création d’entreprises, l’épargne ou toute autre activité plus compliquée et ne permet que de vivre au jour le jour. La microfinance est considérée comme l’une des principales solutions à ce problème.

Les institutions de microfinance revêtent différentes formes. Si le marché est encore constitué en partie d’entreprises caritatives ou d’organisations à but non lucratif, des banques dédiées offrent également des produits d’épargne et d’assurance ainsi que des prêts aux individus des pays émergents.

Au Luxembourg, le gouvernement a lancé en 2009 le Luxembourg Microfinance and Development Fund, qui investit dans des institutions de microfinance responsable.

Le Luxembourg, pionnier de la microfinance

Il existe également des fonds de microfinance, qui collectent des capitaux auprès d’investisseurs et les redistribuent sous forme de prêts à des emprunteurs solvables. Au Luxembourg, l’un des premiers centres financiers à encourager le développement du secteur, le gouvernement a lancé en 2009 le Luxembourg Microfinance and Development Fund, qui investit dans des institutions de microfinance responsable. L’objectif est globalement le même : donner aux personnes les plus pauvres du monde un accès au système financier pour les aider à améliorer leur vie et promouvoir le bien-être économique.

Ces prêts peuvent revêtir différentes formes et être utilisés à diverses fins. Les femmes peuvent par exemple se retrouver endettées après avoir payé les frais médicaux liés à un accouchement. Certains fonds leur permettent de rembourser ces dettes en leur prêtant de l’argent à un taux d’intérêt inférieur et sur une plus longue période.

De nombreux prêts sont destinés à la création ou au développement de petites entreprises. Muhammad Yunus a commencé au milieu des années 1970 en accordant de petits prêts personnels à des vanniers démunis du Bangladesh, tandis que le groupe de microfinance BlueOrchard, qui fait partie du gestionnaire d’investissement britannique Schroders, a mis en avant des exemples de réussite tels que les cas d’un apiculteur en Bosnie-Herzégovine et d’un fabricant de bonbons de Cali en Colombie.

Les fonds de microfinance ont généralement versé des revenus élevés (entre 4 et 5 %) et offrent une certaine diversification par rapport aux marchés traditionnels des actions et des obligations.

Rendements solides et faibles taux de défaut

Les fonds de microfinance ont généralement versé des revenus élevés (entre 4 et 5 %) et offrent une certaine diversification par rapport aux investissements traditionnels en actions et obligations. Pour les investisseurs en microfinance, les avantages sont indéniables, même s’il convient de garder à l’esprit que la performance passée ne préjuge pas des résultats futurs et que tout investissement comporte des risques.

Contrairement aux idées reçues, les taux de défaut sont généralement faibles. Les acteurs du secteur annoncent généralement des taux de remboursement d’environ 95 %, un niveau comparable à ceux observés chez les détenteurs de cartes de crédit traditionnelles. Certains prêteurs, qui octroient principalement des crédits à des femmes, affichent des taux de défaut encore plus bas.

La microfinance s’inscrit dans la tendance plus large de l’investissement d’impact et existe également dans les pays développés. Le Covid-19 pourrait également braquer les projecteurs sur des priorités d’inclusion sociale dans nos régions, qui passent encore inaperçues aujourd’hui.

L’investissement d’impact vise non seulement à dégager un rendement financier, mais également à proposer une solution concrète à un problème social ou environnemental particulier, comme la fourniture d’électricité ou d’eau potable à un village. Les investisseurs savent que leur argent est utilisé pour une bonne cause et peuvent voir les résultats concrets de leur placement. De nombreux prestataires du secteur de la microfinance publient des rapports détaillés sur l’impact qu’ils exercent sur les vies des personnes ou groupes qu’ils ont financés.

Pression sur les débiteurs

Cependant, les bénéfices réels de la microfinance ne sont pas toujours à la hauteur des prévisions et la discipline n’est pas à l’abri de controverses. Selon certaines critiques, les prêteurs qui appliquent des critères moins stricts ont davantage financé la consommation que les activités de développement économique, telles que la création d’une entreprise. Le secteur est également accusé de faire peser sur les plus pauvres le poids d’une dette qu’ils ne peuvent pas supporter.

Les gouvernements ont pris des mesures pour accroître le professionnalisme dans un secteur qui menace parfois de se laisser dominer par des motivations commerciales plutôt qu’altruistes. En Inde, les autorités craignaient que les prêts de microfinance n’entraînent les plus démunis dans la spirale de l’endettement, dès lors que les produits vendus étaient souvent inadaptés et que certaines sociétés poussaient des femmes déjà endettées à emprunter davantage.

En 2015, la Reserve Bank of India a commencé à émettre des licences pour des banques de « petite finance » qui visent à offrir un accès aux crédits et services bancaires aux plus pauvres. La banque centrale a en outre créé un réseau d’institutions de microfinance (Microfinance Institutions Network). Ces initiatives ont contribué à éradiquer les mauvaises pratiques telles que le recouvrement agressif des dettes, un exemple suivi ensuite par d’autres pays.

Technologie et transparence

Les chiffres les plus récents du Baromètre de la microfinance 2019, publié par Convergences, un groupe de lutte contre la pauvreté basé à Paris, indiquent que 139,9 millions d’emprunteurs se sont tournés vers les institutions de microfinance en 2018, contre 98 millions en 2009, dont 80 % sont des femmes et 65 % des habitants des zones rurales. Le secteur, qui représente désormais 124 milliards USD, est principalement actif en Amérique latine et aux Caraïbes (48 milliards USD), suivi de l’Asie du Sud (37 milliards USD) puis de l’Asie de l’Est et du Pacifique (21,5 milliards USD).

Il exploite la technologie financière, notamment les systèmes de paiement et applications mobiles, pour suivre les demandes de prêt et les remboursements. Cela permet d’accroître la transparence et d’améliorer le service aux individus grâce à l’adoption croissante de la téléphonie mobile dans les pays en développement, qui change la donne pour les organismes de microfinance.

La microfinance est un investissement qui peut changer des vies si les contrôles adéquats sont mis en place afin de protéger les personnes les plus vulnérables sur le plan financier, ce qui est le cas de la plupart des emprunteurs. Si la transparence du secteur s’est accrue ces dernières années, les investisseurs doivent néanmoins s’assurer qu’ils confient leur capital à des institutions reconnues affichant un historique solide en termes de génération de rendement et capables de prouver qu’elles offrent les avantages promis aux personnes et communautés qu’elles servent.