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27 mai 2022

À 60.000 dollars la bouteille, le whisky est-il un bon investissement ?

Le whisky se classe parmi les investissements les plus fructueux de ces dernières années dans le secteur des produits de luxe, grâce notamment à la reconnaissance croissante des connaisseurs du monde entier. Et quand bien même l’investissement ne s’avérerait pas rémunérateur, il sera toujours source de plaisirs gustatifs.

En septembre 2021, le Yamazaki 55, plus vieux whisky japonais jamais mis sur le marché, a été commercialisé pour la toute première fois à l’échelle internationale, au prix de 60.000 dollars la bouteille. Les candidats acheteurs ont dû batailler ferme pour obtenir les précieux flacons, disponibles en quantité très limitée (100 exemplaires seulement), qui s’échangent désormais à des prix autrement plus élevés.

À l’image du vin, le whisky est un art, complexe et sophistiqué. Le Yamazaki 55 est assemblé à partir de trois single malts distillés dans les années 1960 et vieillis dans des fûts de chêne différents par autant de maîtres-assembleurs dont les styles sont reconnus par de nombreux adeptes pour leurs saveurs uniques.

Le prix pour le moins conséquent ne fera pas sourciller quiconque s’est déjà intéressé aux marchés du whisky. En juin 2021, 24 bouteilles de la marque haut de gamme chinoise Kweichow Moutai se sont ainsi vendues pour 1,4 million de dollars. En octobre, c’est un set de six single malts issus de six décennies différentes baptisé « Dalmore Decades » qui est parti pour pas moins de 1,1 million de dollars dans le cadre d’une vente aux enchères organisée par Sotheby’s.

Surperformance par rapport aux portefeuilles d’actions

En tant qu’investissement, le whisky a été particulièrement rémunérateur au cours de la décennie écoulée, se plaçant pendant plusieurs années en tête de l’indice Knight Frank Luxury Investment aux côtés des sacs à main Hermès. À en juger par l’historique des enchères, la valeur des meilleurs whiskies a augmenté de 262 % sur les cinq dernières années, soit environ le double du rendement d’un portefeuille d’actions mondiales. Les prix se sont quelque peu repliés début 2021, mais l’indice Knight Frank Rare Whisky est rapidement revenu en territoire positif.

Le marché est soutenu par la demande croissante provenant des pays en développement de la région Asie-Pacifique, au premier rang desquels l’Inde et la Chine. La demande est telle qu’en juillet 2021, c’est toute une distillerie de whisky « en kit » qui a été expédiée de l’Écosse vers la Chine, ce qui représente tout de même 35 tonnes de matériel.

La valeur des exportations directes de l’Écosse vers la Chine est passée de moins de 10 millions GBP au début des années 2000 à environ 107 millions GBP en 2020.

Le spécialiste des équipements de distillerie Forsyths, basé à Rothes près d’Inverness, a envoyé une équipe de cinq ingénieurs pour superviser le montage de l’installation et dispose d’une équipe à Hong Kong pour assurer le service après-vente. La valeur des exportations directes de l’Écosse vers la Chine est passée de moins de 10 millions GBP au début des années 2000 à environ 107 millions GBP en 2020.

En l’absence de référence unique pour le prix de gros du whisky, il peut s’avérer difficile d’en évaluer les performances financières. Il arrive par exemple que les bouteilles moins onéreuses se portent bien alors que la situation se dégrade pour les variétés plus haut de gamme, et vice versa. Récemment, un indice représentatif des 50 whiskies les plus rares a ainsi fait du surplace sur fond de bonne tenue des prix des produits (relativement) bon marché. En 2020, le commerce des bouteilles de plus de 5.000 GBP a diminué de 25 %, tandis que les échanges de produits de moins de 1.000 GBP ont progressé de plus de 10 %.

Bouteilles ou fûts ?

La plupart des investisseurs se contentent d’acheter et de vendre des bouteilles individuelles, qu’ils peuvent obtenir auprès de revendeurs spécialisés ou dans le cadre de ventes aux enchères, et qui doivent impérativement être stockées dans de bonnes conditions. Les investisseurs doivent ainsi majorer le prix d’achat de 15 % au titre des frais de stockage et de vente aux enchères. Attention toutefois : le secteur regorge d’escrocs. Il n’est pas rare de tomber sur des contrefaçons ou des bouteilles vides sur Internet. Les ventes aux enchères confèrent un certain degré de protection aux acheteurs.

Une autre option consiste à acheter un fût, qui peut produire entre 200 et 300 bouteilles. Il est possible d’en trouver auprès de groupes spécialisés dans le whisky, moyennant au minimum 5.000 GBP. Les investisseurs doivent tenir compte du coût de la mise en bouteille, qui peut être réalisée par des prestataires. En Écosse, qui fait partie du Royaume-Uni, les droits d’accise sont normalement payables lorsque les bouteilles sont expédiées à l’acheteur.

Le fût peut également être vendu à d’autres investisseurs ou à un acheteur qui souhaite procéder à la mise en bouteille du whisky. La durée de détention conseillée est de 20 à 30 ans. L’achat d’un fût présente des risques accrus, mais le jeu en vaut la chandelle si le whisky mûrit bien. Notons à cet égard qu’en vertu de la loi, le whisky écossais ne peut être mûri que dans un entrepôt d’accise situé en Écosse qui a été vérifié par l’autorité fiscale HM Revenue and Customs.

Avec environ 90 % de parts de marché, l’Écosse est un excellent point de départ pour les investisseurs s’intéressant au whisky.

Avec environ 90 % de parts de marché, l’Écosse est un excellent point de départ pour les investisseurs s’intéressant au whisky. Le pays bénéficie par ailleurs d’une culture très dynamique en la matière, alimentée par de nombreux blogueurs, experts et visites guidées, sans oublier la Scotch Whisky Association et son site Internet riche en informations sur l’histoire et la fabrication du précieux breuvage.

Développement durable

L’industrie du whisky écossais s’engage résolument sur la voie du développement durable. La Scotch Whisky Association a été le premier organisme professionnel britannique du secteur de l’alimentation et des boissons à s’associer à la campagne « Race to Zero » des Nations Unies visant à promouvoir les initiatives de réduction des émissions de carbone à l’échelle mondiale. L’association s’est fixé pour objectif que le secteur atteigne la neutralité carbone d’ici 2040.

C’est déjà le cas pour certains producteurs, à l’image de la distillerie Nc’nean, basée à Morvern dans l’ouest de l’Écosse, qui affiche une empreinte carbone équivalente à celle d’un unique vol entre les États-Unis et le Royaume-Uni pour l’ensemble de ses opérations, qu’elle compense en plantant des arbres. L’entreprise recourt aux énergies renouvelables, recycle 99,97 % de ses déchets, déploie des mesures visant à garantir la neutralité carbone de sa chaîne d’approvisionnement et utilise du verre recyclé pour fabriquer ses bouteilles.

Une telle approche pourrait offrir un important facteur de différenciation aux fabricants de whisky, à l’heure où le mouvement mondial en faveur de la réduction des émissions de carbone s’accélère. Mais ce n’est pas tout : Nc’nean affirme que son whisky présente « des notes de crème de citron, de pêches pochées, d’abricots juteux et de poivre blanc épicé ». Il devrait ravir le palais des amateurs tout en les aidant à sauver la planète… avec sagesse et modération.