Mes finances, mes projets, ma vie
20 octobre 2021

Comprendre ses choix passés pour réussir son futur

Nous prenons tous des décisions dont l’impact financier s’avère important pour notre trajectoire de vie. Pourtant, rares sont ceux qui cherchent à apprendre de ces décisions passées afin de mieux poser leurs choix futurs. C’est pourtant la seule manière de ne pas refaire encore et encore certaines erreurs. À condition de se méfier du biais rétrospectif.

Après une mauvaise décision financière, nous ressassons le passé et cherchons à nous persuader que nous savions en réalité quelle était la meilleure décision à prendre. « Je savais qu’il ne fallait pas craquer pour ces articles en soldes », « c’était évident que ces actions allaient remonter et qu’il ne fallait pas vendre », « je sentais que j’aurais dû investir dans cette start-up devenue licorne ».

Il est temps d’arrêter de laisser ce type de regret influencer nos choix futurs, d’autant plus que notre mémoire est souvent trompeuse ! Au lieu de cela, cherchons à mieux comprendre et évaluer notre processus décisionnel pour mieux décider à l’avenir.

Le biais rétrospectif

Lorsqu’un événement se produit, notre cerveau l’assimile et l’intègre immédiatement aux connaissances associées stockées dans notre mémoire. Toutes ces informations se renforcent mutuellement et se combinent de sorte à produire un récit cohérent qui nous donne une illusion de contrôle, l’impression qu’il est évident que les choses devaient se passer ainsi.

Or, plus le temps passe, plus il devient difficile de se rappeler quelles informations étaient disponibles ou quel était notre raisonnement initial à l’appui de telle décision particulière. Pour obtenir la cohérence évoquée, notre cerveau n’hésite pas à retoucher sa mémoire des événements passés et à faire comme si ceux-ci étaient beaucoup plus lisibles que ce qu’ils n’étaient au moment où nous les avons vécus. Cela s’appelle le biais rétrospectif.

Le biais rétrospectif est la tendance à exagérer ce qui aurait pu être connu à l’avance.

Le biais rétrospectif est la tendance à exagérer ce qui aurait pu être connu à l’avance si on avait fait preuve de davantage de prévoyance ou de clairvoyance. Face à l’irréductible complexité et imprévisibilité de certains événements, ce biais provoque un déni du hasard, une illusion de contrôle et une propension à des regrets excessifs vis-à-vis de nos mauvaises décisions passées.

Une fois l’événement passé, le résultat qui s’est produit devient « évident » à nos yeux. Ce sentiment d’évidence nous empêche de rester humble face à ce qui peut advenir et nous donne l’illusion de pouvoir maîtriser des événements futurs sans avoir besoin de se remettre en question. Sous l’emprise du biais rétrospectif, nous croyons que l’avenir suit un chemin tout tracé que l’on peut prévoir. Une recette parfaite pour se complaire dans un excès de confiance et répéter, encore et encore, certaines erreurs. Une situation fréquente lorsqu’il est question d’investissement ou de gestion financière.

La crise financière de 2008 a bien mis en évidence ce biais. Souvenez-vous en effet combien « d’experts » ont expliqué, bien après le début de cette crise, que tout cela était prévisible et qu’il aurait fallu l’anticiper en prenant d’autres mesures. Il est toujours plus facile d’avoir raison après, quitte à oublier que les événements auraient pu être différents et que ces mêmes experts n’étaient pas du tout aussi catégoriques avant que l’événement ne se produise. Le biais rétrospectif est particulièrement néfaste lorsqu’il faut prendre position face aux marchés financiers qui sont des systèmes complexes dont les mouvements peuvent être impactés par le risque, la chance, mais aussi par une multitude d’éléments incertains qui les rendent souvent imprévisibles.

Un seul remède est efficace contre ce biais : rester humble et reconnaître que les erreurs du passé ne mettent nullement à l’abri d’erreurs futures.

Accepter la possibilité de l’erreur

Un seul remède est efficace contre ce biais : rester humble et reconnaître que les erreurs du passé ne mettent nullement à l’abri d’erreurs futures. Au lieu de penser que l’avenir se laisse prévoir avec certitude, il faut apprendre à décider avec méthode et en reconnaissant que l’erreur demeure possible.

Les spécialistes de l’économie comportementale sont unanimes : le regret est probablement le plus grand ennemi d’une bonne prise de décision en matière de finances personnelles. Arrêtez dès lors de vous reprocher de ne pas avoir investi davantage dans tel placement gagnant, ou de ne pas savoir avoir su vendre au bon moment. Plutôt que de laisser votre prise de décision être influencée par ces regrets, acceptez que le futur comporte sa part d’incertitude et que vous vous tromperez de temps en temps.

Reconnaître la possibilité de l’erreur et identifier le sentiment de regret qui l’accompagne peut améliorer le processus de prise de décision ainsi que celui de l’évaluation des décisions prises. Comment ? En ne laissant pas ces éléments vous empêcher de poursuivre une stratégie décisionnelle rationnelle.

S’inspirer des algorithmes !

Savez-vous que les algorithmes bien conçus prennent généralement de meilleures décisions que les humains, particulièrement en matière financière. Un algorithme est un ensemble de règles opératoires dont l’application permet de résoudre un problème au moyen d’un nombre fini d’opérations. Pour cela, l’algorithme « pense » de manière uniforme, constante et il apprend de ses erreurs. Il ne se laisse pas influencer par une peur de l’erreur, ni par le regret de mauvaises décisions passées.

Au-delà de la question de l’opportunité d’y avoir recours pour prendre des décisions financières, nous devrions apprendre à raisonner en matière financière comme un algorithme afin de mieux apprendre de nos erreurs. Pas question de se transformer en robot, juste de fonctionner avec méthode et sur base des éléments disponibles pour guider la décision. Parmi ces éléments, une bonne compréhension de vos décisions passées peut aider. Pour y parvenir, il est nécessaire de disposer d’informations non biaisées sur la manière dont vous avez posé ces choix passés.

Un journal pour apprendre de ses erreurs

Tenir un journal de décisions permet de collecter ces informations utiles pour apprendre de ses décisions passées et pour mieux réfléchir aux décisions présentes. L’étude de ce journal de vos décisions constitue une bonne façon de tester la qualité de vos décisions et surtout votre processus décisionnel. Cela fonctionne comme un contrôle qualité de votre réflexion. À chaque fois que vous devrez prendre une décision importante, prenez un moment pour réfléchir et pour écrire dans ce journal. Il va ainsi vous aider à collecter des commentaires précis et honnêtes sur ce que vous pensiez et ressentiez au moment de prendre une décision. Cette boucle de rétroaction va vous aider à mieux comprendre les limites de vos connaissances au moment de décider. De quoi éviter de penser rétrospectivement que vous pouviez deviner tel ou tel résultat.

En vous obligeant à expliquer votre mode de pensée, cet exercice d’écriture vous permet aussi de détecter des erreurs qu’il vous sera alors possible de ne plus commettre à l’avenir. Avant de prendre votre décision, vous allez ainsi décrire dans ce journal :

1. la situation ou le contexte ;
2. le problème/dilemme ;
3. les variables entourant la situation ;
4. les complications possibles envisagées ;
5. les alternatives sérieusement envisagées et les raisons pour lesquelles elles n’ont pas été retenues ;
6. les résultats potentiels ;
7. les résultats espérés, mais aussi les raisons et les probabilités que vous assignez à chaque résultat envisagé;
8. le jour et l’heure où vous prenez la décision, votre état mental et physique à ce moment précis.

La description de votre état est important. Par exemple, la fatigue du soir peut vous amener parfois à prendre de mauvaises décisions. Testez la qualité de votre raisonnement à plusieurs moments de la journée et n’hésitez pas à « dormir dessus » avant de prendre la décision finale.

Testez la qualité de votre raisonnement à plusieurs moments de la journée et n’hésitez pas à « dormir dessus » avant de décider.