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3 décembre 2022

Investissement : une affaire de juste confiance en soi

Connaissez-vous la recette d’une stratégie d’investissement réussie ? S’il existe de nombreux ingrédients à considérer, il en est un qui va particulièrement influencer vos choix d’investissement et donc vos performances : la confiance en soi. Il s’agit d’un ingrédient à manipuler avec précaution car un mauvais dosage peut nuire durablement à votre portefeuille. myLIFE vous révèle quelle est la dose de confiance dont vous avez besoin pour être performant en matière d’investissement.

Les entrepreneurs à succès, les grands sportifs ou encore les meilleurs traders ont tous un point commun. Au-delà de leur talent, de leur endurance et de leur expérience, ils ont tous ce petit quelque chose en plus qui fait toute la différence :  la confiance en soi.

Il est très difficile d’être performant sans un minimum de confiance en soi. Une personne très compétente, mais qui manque cruellement de confiance en elle, sera toujours empêchée d’exprimer pleinement ses capacités et d’exceller comme elle le devrait. N’excellant pas comme elle le devrait, elle ne progresse pas comme elle le devrait et voit ainsi des opportunités lui échapper. Résultat : sa confiance en elle diminue encore plus. C’est un cercle vicieux qui s’enclenche.

Cela fonctionne aussi dans l’autre sens et les résultats peuvent être tout aussi dommageables. Il suffit de considérer ces investisseurs qui se surestiment et qui pensent pouvoir battre le marché à tous les coups grâce à un parfait timing. Bref, la confiance en soi est nécessaire à condition d’être correctement  corrélée au niveau de compétence effectif d’une personne. Il convient de savoir la doser avec justesse, cela d’autant plus qu’elle influence grandement nos décisions d’investissement.

Bien dosée, la confiance en soi correspond à une évaluation juste et impartiale de ses moyens pour faire face à une situation donnée en vue d’une fin identifiée.

Quel est ce bon dosage ? Bien dosée, la confiance en soi correspond à une évaluation juste et impartiale de ses moyens pour faire face à une situation donnée en vue d’une fin identifiée. Elle ne doit donc pas être vue comme une donnée fixe, mais elle évolue selon ses capacités, les domaines considérés, les circonstances du moment et l’objectif poursuivi. Les investisseurs n’étant pas des machines, il est difficile de prétendre à une parfaite objectivité et des ajustements permanents sont nécessaires. Voyons ensemble les écueils associés à une confiance en soi excessive ou, au contraire, insuffisante.

De l’excès de confiance à l’excès de risques et de transactions

Les individus sujets à l’excès de confiance ont tendance à surestimer leurs capacités dans beaucoup de domaines de la vie courante. Nous connaissons ainsi tous quelqu’un qui justifie ses excès de vitesse récurrents par sa conviction d’être un bien meilleur conducteur que la moyenne, alors qu’il n’en est rien. Beaucoup d’investisseurs souffrent également d’excès de confiance, malgré le fait que rien ne le justifie au regard de leurs compétences objectives ou de leurs performances passées. Avoir une confiance en soi excessive et ne pas en être conscient est un problème majeur en investissement. Pourquoi ? Parce que cela conduit à prendre des risques excessifs et à une suractivité sur les marchés.

Il est aujourd’hui clairement documenté que les investisseurs trop sûrs d’eux effectuent en moyenne davantage de transactions, même s’ils perdent de l’argent à répétition et que cela génère des coûts qui diminuent la performance globale de leur portefeuille. De plus, ils réagissent de manière excessive aux signaux du marché et souffrent de la « malédiction du vainqueur » qui consiste à acheter des investissements surévalués. Enfin, les investisseurs trop confiants sont plus susceptibles de commettre des erreurs d’investissement, telles qu’une sous-diversification et la surconcentration sur des valeurs réputées.

En matière d’investissement, il est aisé de comprendre que l’excès de confiance peut avoir des conséquences néfastes au niveau individuel. Cela étant, le marché en général peut aussi être biaisé par des mécanismes de survalorisation qui reposent essentiellement sur l’excès de confiance de certains professionnels de la finance. L’expertise n’étant qu’un des paramètres de l’équation, elle ne vaccine pas à elle seule contre ce biais cognitif. Que faire alors pour recalibrer son niveau de confiance ?

Recalibrer la confiance par la mémoire

Pour lutter contre un excès de confiance en soi, certaines études suggèrent qu’il faut se forcer à considérer d’autres options que celle qui nous paraît évidente ou solliciter l’avis d’un tiers. Bien qu’elles semblent sensées, ces approches n’ont pas prouvé à ce jour leur efficacité dans le domaine plus particulier de l’investissement.

Pour lutter contre l’excès de confiance, il faut dès lors prendre le temps de mieux comprendre son origine. Dans une étude publiée en 2021, les chercheurs Walters et Fernbach sont partis de l’hypothèse que l’excès de confiance reposait sur un dysfonctionnement de la mémoire. Ils ont voulu savoir si les investisseurs souffrant d’un excès de confiance se souvenaient correctement de leurs performances passées ou s’ils étaient sujets au biais de positivité. Ce biais fait que nous avons en général une meilleure mémoire des résultats positifs résultant de nos décisions que des négatifs.

En matière d’investissement, le biais de positivité peut prendre deux formes : la distorsion et l’oubli sélectif. La distorsion signifie que l’investisseur a le souvenir de rendements supérieurs à ce qu’ils étaient en réalité. L’oubli sélectif signifie de l’investisseur a tendance à moins se souvenir des décisions perdantes que gagnantes.

Tant la distorsion que l’oubli sélectif étaient associés à un excès de confiance et à la fréquence des transactions.

Au cours de trois expériences, Walters et Fernbach ont testé leur hypothèse sur environ 5.000 investisseurs actifs entre 2018 à 2020, disposant généralement d’au moins 1.000$ et d’au moins deux actions individuelles investis. Résultat : tant la distorsion que l’oubli sélectif étaient associés à un excès de confiance et à la fréquence des transactions.

Cela signifie-t-il qu’il est possible de lutter contre un excès de confiance en poussant les investisseurs à mieux réévaluer leurs rendements passés ? C’est ce que les chercheurs ont effectivement pu mettre en évidence. Pour cela, ils ont forcé les investisseurs à considérer leur historique réel de transactions et les performances générées en conséquence. Le succès fut au rendez-vous puisque l’excès de confiance a fortement diminué, tout comme le volume excessif de transactions.

Vous pensez souffrir d’excès de confiance ? Si vous ne souhaitez pas qu’il vous pénalise encore à l’avenir, il est temps de rouvrir votre livre de transactions et d’examiner à tête reposée les résultats réels de vos décisions passées. Si ceux-ci sont moins bons que dans votre souvenir, il est sans doute temps de faire preuve d’un peu plus d’humilité à l’avenir.

Dans votre effort pour réduire votre excès de confiance, faites toutefois attention à ne pas tomber dans l’excès inverse. Même s’il est moins fréquent en matière d’investissement, le manque de confiance en soi est aussi une source de mauvaises décisions, voire un frein à l’action dans des moments qui nécessitent pourtant de prendre des décisions.

Un manque de confiance qui cache un vrai potentiel

Le manque de confiance peut se définir comme étant une tendance à sous-estimer ses capacités et ses performances par rapport aux autres. Les investisseurs peu confiants sont moins susceptibles de participer à des investissements en actions, font preuve d’immobilisme et, paradoxalement, prennent plus de risques que les autres. En effet, lorsqu’ils détiennent des investissements qui s’avèrent devenir risqués pour leur portefeuille ou qui perdent de la valeur, ils hésitent à se débarrasser de ces positions. À côté de la suractivité, l’immobilisme peut également coûter très cher !

Sans vouloir généraliser, il a été constaté que les femmes ont davantage tendance que les hommes à manquer de confiance en elles et à s’auto-déprécier. Ainsi, un rapport interne de chez Hewlett Packard a montré il y a quelques années un écart de confiance conséquent entre hommes et femmes. On y apprenait que les hommes postulent à un emploi dès lors qu’ils estiment posséder 60% des compétences demandées, tandis que les femmes ne postulent que lorsqu’elles possèdent 100% des critères requis.

Il semblerait que les femmes aient tendance à être des investisseurs plus performants que les hommes.

Cette tendance se retrouve également dans l’investissement. Pourtant, les femmes ont tendance à être des investisseurs plus performants que les hommes. C’est la conclusion des chercheurs Barber et Odean après avoir examiné le comportement des hommes et des femmes en matière d’investissement sur 35.000 comptes de courtage. La raison de cette surperformance réside dans l’excès de confiance des hommes de l’échantillon qui les a conduits à une suractivité générant une érosion des rendements à cause des frais de transaction.

Femme ou homme, tout investisseur qui manque de confiance devrait se prêter au jeu d’un exercice d’auto-critique dans lequel il liste ses supposées forces et faiblesses. Sur base de cette liste, il peut questionner ses faiblesses, réfléchir à la manière d’utiliser ses forces et élaborer enfin une stratégie d’investissement qui s’appuie sur ses forces et qui tient compte de ses faiblesses !

La véritable mesure du succès consiste à être en phase avec votre niveau réel de connaissances et de compétences pour recalibrer votre confiance et en faire la clé de la performance. Pour la majorité d’entre nous, ce recalibrage permettra d’identifier la nécessité de se faire accompagner par des experts.