Mes finances, mes projets, ma vie
24 octobre 2020

Les investissements sophistiqués, une bonne solution pour mon portefeuille ?

L’industrie financière évolue constamment : de nouveaux produits offrent aux investisseurs un champ toujours plus vaste de possibilités. À côté des fonds de placement collectif de détail, il y a les fonds alternatifs. Libres d’explorer des stratégies moins contraignantes, ceux-ci englobent de nombreuses solutions, des hedge funds aux véhicules de financement d’aéronefs en passant par le private equity. Le développement du marché des dérivés a en outre mis au jour de nouveaux types d’investissements tels que les produits structurés. L’éventail d’opportunités dans l’immobilier et l’infrastructure physique ne cesse de s’étoffer. Quel rôle les investissements sophistiqués, et dans certains cas les produits plus complexes, ont-ils à jouer dans un portefeuille ?

Investir dans des produits complexes

On pense souvent que parce qu’un produit est complexe et peu accessible aux particuliers en raison de règles de protection des consommateurs, il est plus attrayant et plus lucratif qu’une alternative plus courante. Ce n’est pas nécessairement vrai. Mais les produits sophistiqués n’en restent pas moins un bon moyen pour l’investisseur d’accroître la diversification et le profil risque/rendement de son portefeuille.

Les stratégies d’investissement auxquelles ont recours nombre de fonds alternatifs sont décorrélées des marchés actions et obligataires traditionnels, et contribuent donc à protéger un portefeuille contre des pertes plus lourdes en période de tensions ou de difficultés sur les marchés – récemment, les valeurs boursières ont par exemple souffert de la volatilité induite par la pandémie de coronavirus et des mesures de confinement sociales et économiques imposées par les gouvernements pour l’endiguer, alors que les actifs privés montrent une plus grande résistance aux fluctuations du marché.

Les fonds alternatifs, parfois (trompeusement) qualifiés de hedge funds, disposent d’une plus grande liberté que les structures retail telles que les OPCVM. Ils peuvent recourir plus largement aux dérivés afin de se prémunir contre la baisse des marchés ou investir dans des actifs privés – l’immobilier spécialisé, par exemple, ou le leasing – qui ne sont pas éligibles pour les fonds OPCVM de détail.

Voilà qui peut permettre de construire un portefeuille plus diversifié, d’autant que les turbulences récentes ont montré combien des conditions de stress économique extrême pouvaient balayer les hypothèses traditionnelles sur la corrélation des actifs. Ces dix dernières années, les marchés financiers ont littéralement plané dans les hautes sphères, semblant rendre la diversification moins importante aux yeux des investisseurs. Mais cette année, il leur faut regarder la réalité en face.

L’instabilité des derniers mois a montré que les stratégies de FIA décorrélées déploient des couvertures afin de stabiliser les rendements de portefeuille, alors que les autres classes d’actifs sont à la peine. En mars 2020, l’indice HFRI Asset Weighted Composite, qui mesure la performance de plus de 1.500 fonds couverts par Hedge Fund Research, s’est inscrit en baisse de 7,73 %, contre -12,51 % pour l’indice d’actions américain S&P500 et -14,79 % pour le Euro Stoxx 600.

On a observé un phénomène similaire lors de la crise financière mondiale il y a plus de dix ans maintenant. Les FIA avaient alors tiré leur épingle du jeu, non seulement grâce aux profits juteux dégagés suite à l’effondrement du marché immobilier américain, mais de manière plus générale parce qu’ils ont permis aux investisseurs d’éviter l’essentiel des pertes subies par les fonds traditionnels lors du décrochage des bourses.

Liquidité et risques baissiers

Mais attention, qui dit investissement sophistiqué ne dit pas nécessairement investissement sûr, ou adapté à toutes les circonstances ou à tous les profils d’investisseurs. Pendant longtemps, les hedge funds ont cultivé le mystère en fermant la porte aux nouveaux investissements, leur inaccessibilité renforçant leur attrait.

Mais si certains fonds ont continué de récompenser leurs investisseurs sur cette décennie de croissance généralisée des marchés, d’autres véhicules phares ont déçu, leurs performances s’avérant bien ternes malgré des frais largement supérieurs à ceux facturés par les fonds de détail. Les investisseurs doivent savoir ce qu’ils achètent et certaines stratégies d’investissement alternatives peuvent parfois s’avérer opaques, même pour les investisseurs institutionnels avertis.

Il convient également de garder à l’esprit que les produits alternatifs sont généralement moins liquides que les fonds qui investissent dans des actifs cotés en bourse. Cela ne représente pas forcément un problème pour les investisseurs à long terme, mais ces produits pourraient en revanche ne pas convenir à ceux qui risquent d’avoir besoin d’accéder rapidement à leur capital. Les stratégies utilisées peuvent également comporter des risques perçus comme plus élevés, parce qu’intégrant des dérivés complexes ou réalisant des investissements plus concentrés dans le capital ou la dette d’entreprises individuelles que ne l’autorisent les fonds grand public.

Certes, le risque de pertes accrues en cas de décrochage des marchés ou des investissements individuels est probablement moins élevé pour ceux dont l’horizon de placement est plus long ou qui sont prêts le cas échéant à laisser à leurs actifs le temps de se revaloriser, mais les investisseurs doivent être conscients des risques potentiels avant d’investir. Comme pour tout portefeuille d’actions ou d’obligations conventionnel, les produits complexes doivent être choisis avec soin, dans le cadre d’une stratégie d’investissement plus large.

Se faire conseiller

Il faut du temps pour construire un portefeuille d’investissement robuste. Une bonne compréhension du climat économique et de l’environnement des marchés financiers, mais aussi des avantages et des risques potentiels associés aux investissements individuels, est également nécessaire. Ceci vaut pour les actions, les obligations, les fonds d’investissement, les produits structurés et les FIA. Le conseil d’un expert revêt ainsi une importance toute particulière pour les investisseurs qui envisagent de se tourner vers des produits ou des instruments financiers moins courants, moins liquides ou plus complexes. L’idée n’est pas ici forcément de renoncer au contrôle du portefeuille ou de confier le processus décisionnel à un professionnel, mais plutôt d’accéder à l’accompagnement spécifique nécessaire pour comprendre comment des produits plus sophistiqués peuvent s’intégrer à leur profil de risque et de rendement.

Pour appréhender au mieux les risques et bénéfices associés à différents investissements et s’assurer qu’ils sont alignés sur les objectifs financiers à long terme de l’investisseur, un solide partenariat banquier-client apparaît essentiel.

Trop beau pour être vrai ?

Une relation de long terme avec un partenaire expert de confiance offre un autre avantage non négligeable : qui d’autre saura mieux aider ses clients à garder les pieds sur terre face à des programmes d’investissement douteux défendus par des beaux parleurs de tout poil ?

Tout produit aux accents trop exotiques, comme le financement d’une mine d’étain en Indonésie, doit nous mettre la puce à l’oreille. Et pourtant, combien d’investisseurs fortunés ne sont pas tombés dans le panneau ces dernières années, se laissant séduire par des programmes compliqués, axés par exemple sur le financement de productions cinématographiques, dans l’optique de compenser quelque obligation fiscale. De plus en plus, ce type d’investissement se termine dans les larmes, ou devant les tribunaux, lorsque les investisseurs se retrouvent dans l’incapacité de payer des montants d’impôts conséquents. Gare aux miroirs aux alouettes !

Les investisseurs prêts à envisager un placement dans des stratégies et des produits plus sophistiqués sont plus souvent la cible d’escrocs proposant des montages fictifs ou impliquant des stratégies fiscales agressives assorties d’un risque substantiel. On peut vouloir prendre davantage de risques ou s’exposer à des classes d’actifs ou des produits moins conventionnels sans pour autant se passer du bon sens ou d’une recherche appropriée au moment de choisir ses investissements, que ce soit dans le domaine des fonds actions classiques ou des actifs alternatifs.

Pour appréhender au mieux les risques et bénéfices associés à différents investissements et s’assurer qu’ils sont alignés sur les objectifs financiers à long terme de l’investisseur, un partenariat conseiller-client solide apparaît essentiel.