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6 juillet 2020

Démasquer l’investisseur naïf en vous

Dans le contenu « connais-toi toi-même avant d’investir », vous avez découvert qu’il y avait à la fois un investisseur sophistiqué et un investisseur naïf en vous. À présent, myLIFE vous aide à démasquer et à contrer l’investisseur naïf afin de laisser l’investisseur sophistiqué gérer votre prise de décision lorsqu’il est question d’investissement !

Richard Thaler, Prix Nobel d’Économie en 2017, a mis en évidence que notre conscience financière est dotée à la fois d’un moi « planificateur et réfléchi » et d’un moi « impulsif et hédoniste ». Cette distinction entre un agent économique dit « sophistiqué » et un agent économique dit « naïf » n’exprime nullement une différence d’éducation ou une incapacité à prendre de bonnes décisions en matière financière. Elle vise simplement à vous permettre d’apprendre à être honnête avec vous-même et de mieux cerner votre rapport à l’argent pour investir de manière appropriée. Pour cela, il est important d’apprendre à démasquer les comportements de cet agent naïf qui sommeille en vous et qui tente d’infléchir vos décisions dès que l’occasion se présente. Pour vous, nous avons recensé certains de ces comportements, tout en précisant que notre liste n’est pas exhaustive, loin de là.

Se méfier de l’illusion de l’intuition infaillible

Vous ne vous reconnaissez pas dans le profil de l’investisseur naïf ? Normal. Comme beaucoup d’agents économiques, vous êtes probablement sujet à un biais de confiance excessive couplé à un excès d’optimisme. Lorsqu’elles se combinent, ces faiblesses émotionnelles constituent certainement les sources d’erreurs de jugement les plus importantes à considérer lorsqu’on est décidé à investir.

Dans son ouvrage Misbehaving, Richard Thaler affirme que la naïveté est beaucoup plus répandue qu’il n’y paraît. Selon lui, « la plupart d’entre nous réalisons que nous avons des problèmes de maîtrise de soi, mais nous sous-estimons leur gravité ». Son constat est sans appel : « nous sommes naïfs quant à notre niveau de sophistication. »

Apprendre à mieux se connaître et surtout identifier vos faiblesses potentielles en matière de jugement et biais cognitifs sont indispensables afin d’établir une image beaucoup plus réaliste de votre profil d’investisseur. Prendre des décisions en matière d’investissement financier est un exercice complexe, même avec l’aide d’experts, car cela est subordonné à de multiples variables liées à l’environnement économique global, mais aussi à qui vous êtes, à votre situation et à vos projets.

Un excès de confiance quant à votre capacité à bien analyser ces variables peut vous amener à prendre trop de risques, à faire trop de mouvements inappropriés, à surréagir aux bruits des marchés et, finalement, à toujours agir à contretemps et contre votre propre intérêt.

Le premier trait de l’investisseur naïf en vous est qu’il laisse une part excessive à l’intuition dans son processus de prise de décision.

Tout ce qui vient d’être écrit nous permet d’identifier le premier trait de l’investisseur naïf en vous : il laisse une part excessive à son intuition dans son processus de prise de décision. Ainsi il faut retenir que l’intuition est, d’une manière générale, très mauvaise conseillère pour vous aider à déterminer quel type d’investisseur vous êtes appelé à devenir idéalement. Pour freiner l’intuition, il vous faut tempérer votre excès d’optimisme et apprendre à reconnaître vos faiblesses et besoins à long terme.

Déjouer l’illusion d’excès d’optimisme

Petit test surprise : estimez-vous être un bon conducteur, être un conducteur dans la moyenne ou être en-dessous de la moyenne ? Vous avez probablement répondu que vous êtes au-dessus de la moyenne. Exactement comme 80% des automobilistes interrogés, ce qui ne fait strictement aucun sens sur le plan statistique. Et là, vous pensez probablement quelque chose comme « peut-être, mais pour ce qui me concerne c’est la réalité, je suis au-dessus de la moyenne ». Quoi qu’il en soit, ce petit exercice vise simplement à illustrer à quel point l’excès de confiance et l’optimisme sont des biais cognitifs répandus.

Le problème, c’est qu’ils impactent notre jugement et nous font souvent penser que nous sommes dotés de plus de compétences que nous n’en avons réellement et que nous contrôlons parfaitement notre destinée. À tel point que, lorsqu’il se produit l’inverse de ce que nous avions imaginé, nous l’attribuons à la malchance et pas à un manque de compétence.

Présentes au quotidien, ces illusions sont encore exacerbées lorsqu’il s’agit de prendre des décisions d’investissement financiers. Il faut donc savoir les démasquer pour investir de manière plus raisonnée. Comment éviter un excès d’optimisme ou de confiance pouvant vous amener à supporter davantage de risques que réellement souhaités ? En se forçant à considérer l’ensemble des informations à disposition et à ne pas se fier à notre seul feeling du moment.

Un optimiste qui se laisse guider par sa pure intuition a tendance à ignorer des faits objectifs qui vont à l’encontre de son jugement intuitif. Il pourrait ainsi décider de se lancer dans des investissements qui, sur le plus long terme, peuvent s’avérer dommageables si ce n’est pas le meilleur scénario qui se concrétise. Un optimiste a aussi parfois tendance à surestimer sa capacité financière pour affronter des situations défavorables. Il a enfin la fâcheuse tendance à se laisser un peu trop berner par l’illusion des séries et oublie que « les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».

Échapper à l’illusion des séries

Vous êtes-vous déjà dit que vous aviez une bonne main ? Par exemple, vous jouez au casino et gagnez de petits gains deux fois de suite. La troisième fois, vous vous dites que vous avez la main chanceuse, vous rejouez tous vos gains et vous perdez tout. Après coup, vous vous en voulez et vous vous demandez pourquoi avoir tout rejoué. La réponse : vous avez succombé à l’illusion des séries, un phénomène plus connu en anglais sous le nom de « hot hand fallacy ».

L’esprit humain est prompt à percevoir la régularité causale dans des séquences d’événements aléatoires.

Transposons cela au monde de l’investissement. En réalisant seul de petits placements, vous avez amassé un peu d’argent. Vous vous dites que cela ne peut que continuer. Si tel est le cas, vous êtes sans doute sous l’emprise de l’illusion des séries. L’explication : l’entendement humain est prompt à percevoir la régularité causale dans des séquences d’événements aléatoires. Pourquoi ? Parce que nous avons tendance à croire qu’un facteur de causalité doit être à l’œuvre derrière toute séquence favorable d’événements. C’est cette même illusion qui amène le trader à continuer d’investir sans fin ses gains parce qu’il a précédemment réussi des mouvements gagnants à plusieurs reprises.

Lorsqu’ils sont sous l’emprise de ce schéma de pensée, tant le trader expert que l’investisseur lambda surestiment leurs capacités et minimisent la part statistique de chance. Résultat : ils ont tendance à prendre des risques inconsidérés. Cette erreur de jugement est omniprésente en finance et a tendance à conduire les investisseurs à réagir de manière excessive à toute information qui leur est favorable à court terme, favorisant ainsi la prise de risque excessive sur le long terme.

Une prise de risque en matière d’investissement ne devrait pas reposer sur le simple fait d’avoir eu des placements favorables précédemment et sur le pari que cela va se reproduire de manière récurrente.

Une prise de risque en matière d’investissement ne doit pas reposer sur le simple fait d’avoir eu des placements favorables dans le passé et sur le pari que cela va forcément se reproduire de manière récurrente. Si vous êtes prêt à faire des investissements risqués, vous devez accepter le fait qu’une part d’incertitude incalculable et de chance sont à l’œuvre dans le résultat. Adopter cette attitude permet de tempérer l’intuition et de prendre les décisions en toute connaissance de cause.

Accepter la part d’incertitude n’est pas une preuve de naïveté, mais contribue au contraire à avoir une vision sophistiquée en matière d’investissement. Vous n’êtes pas convaincu ? Savez-vous comment Harry Markowitz, Prix Nobel d’Economie en 1990, a décidé d’investir pour sa retraite ? Agent sophistiqué par excellence, il savait que ce qui lui importait le plus était de mettre à l’abri ses revenus pour l’avenir. Il a donc pris en compte la part de chance et d‘incertitude inhérente au monde financier. Plutôt que de jouer le spéculatif basé sur ses travaux, il a joué la sécurité et a simplement décidé d’allouer ses actifs sur différents produits en adoptant la règle la plus simple du monde : ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. À bon entendeur !