Indépendance financière, mythe ou réalité?
La notion d’indépendance financière est intéressante à plus d’un titre. Eldorado mais aussi terrain miné, elle englobe finalement les concepts de liberté et de désir. Pour vous éclairer sur ce sujet, myLIFE a rencontré Jessica Thyrion, Financial Education Advisor (Fondation ABBL) et Hélène Lange, Head of Business Coordination (ABBL).
En préambule, définissons! Qu’est-ce qu’être indépendant financièrement?
Jessica Thyrion: Être indépendant financièrement, c’est tout simplement ne pas dépendre d’un revenu extérieur récurent, le salaire étant l’illustration la plus fréquente, pour subvenir à ses dépenses occasionnelles ou quotidiennes. C’est au contraire disposer de ressources financières autres, notamment issues de stratégies d’investissements, boursières ou immobilières pour n’en citer que quelques-unes, qui couvriront ces besoins.
Hélène Lange: Au-delà de cette description académique, être financièrement indépendant signifie disposer d’une certaine liberté de choix dans sa vie et dans l’usage de son temps. Cela permet de prioriser ses projets et aspirations personnelles sans être contraint par une obligation salariale. Ce n’est pas nécessairement opposé à travailler pour un revenu: il s’agit plutôt de pouvoir décider quand, comment et pourquoi on travaille, plutôt que de sacrifier systématiquement son temps à un emploi pour un salaire.
À quoi faut-il être attentif lorsqu’on aborde une telle notion?
JT: À ce sujet, il est en effet primordial de préciser le point suivant: quelqu’un d’indépendant financièrement, n’est pas forcément quelqu’un de «fortuné». En effet, il existe des modes de vie qui ne requièrent pas d’importants moyens et pour lesquels l’indépendance financière semble alors plus facile à atteindre. Malgré cela, dans l’esprit du grand-public, c’est plutôt l’apanage d’une population qui se déplace en hélicoptère et prend ses vacances sur un yacht. Ce n’est donc pas vrai.
HL: Comme nous allons le voir, tout est affaire de choix, d’ambitions et de conception de la vie. Lorsque l’on souhaite atteindre l’indépendance financière, il est fondamental de savoir ce que l’on veut, ce qui compte pour soi, afin d’établir ce dont on aura besoin de mettre en œuvre pour satisfaire ses besoins, sans l’apport impératif d’un salaire. «Connais-toi toi-même» faisait dire le philosophe grec Platon à son personnage Socrate en reprenant une célèbre maxime inscrite à l’origine sur le fronton du temple d’Apollon à Delphes. Cette déclaration illustre parfaitement nos enjeux ici. On peut d’ailleurs clairement dire que notre sujet revêt une dimension philosophique, avant même d’être une affaire d’éducation financière, ce qu’il est aussi bien sûr.
«Connais-toi, toi-même», cette citation de Socrate illustre parfaitement les enjeux pour celui qui souhaite atteindre l’indépendance financière. (Hélène Lange)
Mais alors il y a autant d’indépendances financières que de personnes indépendantes financièrement?
JT: Absolument! Encore une fois, tout dépend des aspirations de chacun. Le seuil à partir duquel on est indépendant financièrement est flou à cet égard. Le seul tronc commun est cette capacité à pouvoir assumer son existence de manière autonome sur le plan financier.
HL: Ajoutons que la notion d’indépendance financière est mouvante dans la mesure où, en plus de ce que Jessica vient de dire, elle évolue en fonction des âges de la vie. L’indépendance financière à 33 ans, locataire et sans enfant, ce n’est pas la même situation qu’avec une famille à charge et des traites à honorer. Ce n’est pas non plus celle d’une personne âgée, qui reconsidère ses besoins au crépuscule de sa vie.
Éliminons tout suspens inutile, est-elle vraiment à la portée de n’importe qui?
HL: Soyons francs, tout le monde ne pourra pas arrêter de travailler, mais chacun est en droit d’aspirer à plus de sérénité financière, de ne plus dépendre exclusivement d’un revenu salarial. Ce qui est intéressant ici, c’est que l’indépendance financière devient alors non pas un statut vague et difficile à définir, mais bien un idéal, un horizon vers lequel on tend dans une stratégie financière.
JT: Même si nos aspirations sont modestes et que notre mode de vie est frugal, il sera très compliqué de satisfaire nos besoins sans travailler à moins d’avoir hérité d’une somme d’argent au préalable. D’ailleurs, quelqu’un d’indépendant financièrement n’est pas forcément quelqu’un qui ne travaille pas. C’est plutôt quelqu’un qui a choisi son travail et toutes les conditions qui l’entourent en privilégiant une meilleure qualité de vie en adéquation avec ses aspirations. Cela pose ici évidemment la question de la valeur extra financière du travail, de sa nécessité pour l’homme. Nous sommes à nouveau dans des considérations philosophiques!
Penser que l’indépendance financière est l’apanage du Luxembourg et de son économie, certes florissante, serait caricatural. (Jessica Thyrion)
En quoi l’éducation financière est-elle aussi capitale pour notre sujet?
JT: En tant que fondation, notre rôle est aussi d’informer et de sensibiliser la population sur certaines conceptions fallacieuses ou dérives liées à l’argent et indirectement au sujet qui nous importe aujourd’hui. Penser que l’indépendance financière est l’apanage du Luxembourg et de son économie, certes florissante, serait caricatural. Le taux de pauvreté parmi la population du pays est de 18%, ce qui n’est pas anecdotique et laisse bien présager que pour cette tranche de la population, l’indépendance financière reste un objectif très difficile à atteindre.
HL: L’éducation financière est donc primordiale, alors qu’elle demeure peu répandue dans le pays, comme en atteste les chiffres que nous avons remis à l’OCDE, en collaboration avec ILRES. À peine plus de 50% des milles personnes sondées, disposaient des connaissances financières suffisantes pour être considérées comme financièrement cultivées. C’est-à-dire en capacité de prendre des décisions financières saines et être capable de gérer un budget.

JT: Renforcer l’éducation financière est d’autant plus essentiel aujourd’hui que la jeune génération est la mieux placée pour atteindre cette indépendance financière. Non seulement parce que c’est elle qui est la mieux «outillée», dans la mesure où elle dispose de nombreux accès aux savoirs financiers. Mais aussi parce que c’est elle qui bénéficie du plus de temps devant elle, un paramètre décisif!
HL: En revanche, c’est une frange de la population qui est très exposée, sur les réseaux sociaux notamment, à de fausses informations. Comme leur appétit d’investissement est parfois grand, il faut veiller à ce que le contenu financier qu’ils absorbent soit solide. À cet égard, le sujet du Bitcoin entre autres, suscite un grand intérêt mais on s’aperçoit qu’il véhicule aussi un grand nombre de mirages, de raccourcis erronés, voire de contre-vérités élémentaires.
Pour nos lecteurs dont c’est l’objectif, quelles recommandations leur adresser?
HL: Après ce que nous venons de dire, on conçoit bien qu’il est très difficile d’établir un tronc commun ou un portrait-robot de l’indépendant financier. Et puis, ce n’est pas notre rôle d’orienter vers tel ou tel produit financier. En revanche, on distingue toujours trois piliers stratégiques pour, peut-être, parvenir à une telle indépendance, ou en tout cas s’en approcher. Le premier, c’est la consommation ou plus précisément une consommation responsable et raisonnée. Autrement dit, c’est ne pas vivre au-dessus de ses moyens, ou dépenser l’argent que l’on ne possède pas.
JT: Le second pilier, c’est l’épargne, ou le fait de mettre de l’argent «de côté». La hauteur de la somme en question n’est pas le plus important, mais il faut commencer tôt et le faire de façon régulière, pour constituer une épargne d’urgence d’une part, et d’autre part pour garantir une indépendance financière maximale. Vous connaissez l’adage: «les petits ruisseaux font les grandes rivières». Enfin, dernier pilier, il faut investir son capital et ce de manière méthodique et diversifiée. Sur les marchés financiers, en Europe ou ailleurs, sur les marchés privés, en immobilier, pourquoi pas dans l’art aussi…
HL: Pour tous ces sujets et il y en a bien d’autres encore, à l’instar de la fiscalité ou de la succession, la dernière recommandation que l’on peut faire à nos lecteurs sera de se tourner vers des professionnels, des notaires, des fiscalistes, des assureurs, des banquiers etc. Ils seront vos meilleurs alliés pour atteindre l’indépendance financière.
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