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12 juillet 2020

Le potentiel d’une approche de long terme

Les experts ne manquent jamais une occasion de nous rappeler que l’investissement doit s’inscrire dans une perspective de long terme. Ils préconisent un horizon d’investissement de cinq ans minimum pour quiconque souhaite investir en bourse. Qu’est-ce qui justifie ce conseil ? Ne serait-il pas plus avisé de s’effacer en amont du repli et de regagner le marché avant la remontée des prix ?

L’argument en faveur d’une approche de long terme tient au fait que la progression des marchés actions, qui tendent à surperformer les obligations et les produits monétaires sur de longues périodes, n’a rien de linéaire. Les bourses sont d’humeur changeante. En adoptant une vision de long terme, les investisseurs se libèrent de la contrainte de vendre après repli, et peuvent attendre patiemment que les marchés se redressent, ce qui finit presque toujours par arriver.

Mais ne serait-il pas tentant d’essayer d’anticiper l’évolution du marché ? Pourquoi ne pas liquider ses positions lorsque les nuages s’amoncellent et réinvestir une fois que l’horizon s’éclaircit ? En théorie, c’est une bonne idée. Mais en pratique, cette approche ne fonctionne guère. Pourquoi ? Parce qu’elle est contre nature ! Et même pour les investisseurs les plus expérimentés, c’est une véritable gageure.

Suivre la masse

Les investisseurs ont l’esprit grégaire : ils vendent quand les marchés vont mal, achètent quand le temps est au beau fixe. C’est ce que confirme l’enquête annuelle du cabinet d’études de marché américain Dalbar qui, dans sa dernière édition, révèle qu’en 2018, l’investisseur lambda a sous-performé le S&P 500 que l’environnement ait été porteur ou non. Au mois d’octobre, qui s’est avéré particulièrement mauvais pour le marché, il a dégagé une performance inférieure de 1,13% à celle de l’indice, tandis qu’en août, un mois autrement plus favorable, son portefeuille affichait une sous-performance de 1,46%.

Cory Clark, Chief Marketing Officer de Dalbar : « À en croire les flux récents, les investisseurs ont semble-t-il senti le danger qui guettait les marchés et ont réduit leur exposition, mais peut-être pas suffisamment pour éviter des pertes douloureuses. Et bien sûr, le fait de s’être tenu à l’écart du marché lors des mois de reprise n’a rien arrangé. »

La peur et l’avidité poussent souvent les investisseurs à prendre des décisions irréfléchies sous le coup de l’émotion. Pour réaliser un bon market timing, il faut prendre deux bonnes décisions : quand se retirer du marché et quand le réinvestir. Mais il faut savoir que statistiquement, à chaque tentative, nos chances diminuent de moitié. Reproduit à l’excès, ce schéma peut s’avérer destructeur de valeur pendant très longtemps.

Il est risqué de se laisser influencer par les atermoiements du marché ou les fluctuations du contexte d’investissement et c’est toute la performance à long terme qui est en jeu. Les gains les plus importants se récoltent généralement au lendemain de chutes importantes ou lors de jours bien précis. Si l’investisseur vend au premier signe de malaise, il se prive de gains potentiels et diminue ses chances de voir la valeur de son investissement se redresser. Il est en effet si peu naturel d’acheter lorsque le marché semble en difficulté. Aussi une approche de long terme pourra-t-elle contribuer à éviter les écueils du market timing.

La magie de la capitalisation des intérêts

La capitalisation des intérêts (ou d’autres types de rendement) compte parmi les facteurs les plus importants dans la création de valeur à long terme. Mais pour que la magie opère, les investisseurs doivent laisser leurs investissements au repos afin de permettre le cumul des dividendes et le réinvestissement.

Une analyse de Fidelity nous montre combien l’impact du réinvestissement des dividendes est important. Un investisseur qui aurait placé 100 GBP par mois dans l’indice FTSE All Share au cours des 30 dernières années et réinvesti l’intégralité des dividendes disposerait aujourd’hui d’un portefeuille d’une valeur de 130.140 GBP. Qui s’élèverait à peine à 66.069 GBP en revanche (deux fois moins donc) s’il avait choisi de percevoir le revenu de son investissement.

Le facteur coût est important également. Chaque euro de frais payé ronge les rendements futurs. Ici, la magie de la capitalisation fonctionne à l’envers – l’impact des coûts augmente avec le temps. Pour maîtriser ses coûts, une stratégie d’achat et de conservation à long terme vaut mieux que de nombreuses allées et venues sur le marché.

Il est certes facile de se laisser influencer par l’actualité de marché, d’acheter et de vendre au gré des tweets de Donald Trump et des statistiques économiques, mais il faut savoir que cela engendre des frais de transaction supplémentaires, qui éroderont peu à peu la valeur réelle des investissements. Avant d’apporter des changements à leur portefeuille, les investisseurs doivent impérativement s’assurer que le potentiel de gain sera supérieur aux coûts de transaction engagés.

Miser sur l’irrationalité

Les marchés boursiers se comportent généralement de manière irrationnelle à court terme et de manière rationnelle à long terme. Et avec le temps, la durée de détention tend à se raccourcir. Ainsi, elle n’est que de 12 jours en moyenne pour le plus gros ETF répliquant le marché actions. Voilà une belle opportunité pour ceux qui pourront se montrer patients. Dès lors que les prix ne reflètent pas toujours la valeur réelle d’une entreprise, les investisseurs patients devraient pouvoir tirer profit d’une telle irrationalité.

Rappelons que dans bien des cas, les objectifs d’un investisseur s’inscrivent dans une optique de long terme (épargne retraite, études universitaires des enfants, investissement dans une seconde résidence, etc.). Il ne sert donc à rien de se laisser distraire par les fluctuations à court terme. En fait, une petite dose de volatilité ne sera vraisemblablement pas de nature à compromettre les ambitions futures des investisseurs, pour autant que celles-ci soient suffisamment éloignées dans le temps.

En tant qu’investisseur, il est toujours utile de se demander de combien de temps l’on dispose pour permettre à notre investissement de croître et de déterminer le montant que l’on souhaiterait obtenir au terme de la période d’investissement envisagée. Les réponses à ces questions vous permettront de vous faire une meilleure idée du risque auquel vous pouvez vous exposer, même si, bien entendu, il est inutile de prendre plus de risque que nécessaire.

En règle générale, au plus votre horizon de placement sera long, au plus votre potentiel de rendement sera élevé. S’il ne s’agit pas de tout bonnement ignorer vos investissements dans l’intervalle – un suivi est essentiel pour s’assurer qu’ils restent adéquats – l’idée est qu’une stratégie d’achat et de conservation, non interventionniste, maximisera généralement vos chances de réussite.

« L’investissement est un problème qui a sa solution. Simplifiez-vous la vie, maîtrisez vos coûts, diversifiez, investissez à long terme et laissez la magie de la capitalisation opérer. D’un point de vue statistique, pour la plupart des investisseurs, cette stratégie a une probabilité de réussite élevée. » – Dave Nadig (ETF.com)