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30 juin 2022

Investissements : ces histoires vraies qui invitent à la réflexion

Une tulipe au 17e siècle, une soirée inoubliable à Monte Carlo en 1913 ou encore un drame évité à La Nouvelle-Orléans en 2004, la petite histoire regorge d’événements riches en enseignements pour qui souhaite prendre de meilleures décisions, notamment financière. myLIFE a sélectionné deux de ces histoires afin d’illustrer comment les biais cognitifs impactent nos décisions financières.

Méfiez-vous de vos propres story !

Nous aimons tous les histoires, qu’il s’agisse des contes de fées, des grandes épopées mythiques, des superproductions hollywoodiennes, voire des success stories d’entrepreneurs célèbres. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi cela et pourquoi le format « story » est-il si populaire sur les réseaux sociaux ? La raison est simple : les histoires donnent du sens au monde qui nous entoure.

Notre cerveau est une machine à raconter des histoires et c’est sa manière de mieux comprendre son environnement. En chacun de nous sommeille un scénariste ! En reliant plusieurs éléments et événements pour créer un scénario, le format « story » nous permet de générer du sens. Sans cela, nous serions confrontés à un environnement où semble trop souvent régner le hasard, le désordre ou du chaos.

Parfois, nous nous fabriquons de toutes pièces une histoire qui nous convient. Cela peut avoir des conséquences néfastes.

La plupart d’entre nous n’aime pas le hasard, le risque ou, pire encore, l’incertitude. Nous cherchons alors à nous rassurer et à conserver une certaine maîtrise sur ce qui nous arrive. Nous structurons notre journée selon une routine, nous planifions nos activités du week-end à partir des prévisions météorologiques ou nous nous reposons sur des analyses d’experts pour planifier nos finances. C’est très bien, lorsque notre scénario se base sur des éléments objectifs. Parfois, nous nous fabriquons de toutes pièces une histoire qui nous convient. Cela peut avoir des conséquences néfastes.

Au fil de ses articles dédiés à la finance et l’économie comportementale, myLIFE vous a appris, qu’il faut se méfier des biais cognitifs qui nous font prendre la fiction pour la réalité et qui viennent fausser nos décisions d’investissement. Aujourd’hui, nous souhaitons vous exposer deux histoires vraies pour illustrer les dégâts potentiels de vos biais cognitifs sur vos finances et au-delà.

Histoire 1 : le sophisme de Monte-Carlo

Nous sommes le 18 août 1913 autour d’une table de roulette d’un casino de Monte-Carlo. Le noir étant apparu plusieurs fois de suite, plusieurs joueurs ont misé des sommes de plus en plus importantes sur le rouge, pensant que la probabilité exigeait que la balle atterrisse sur ce dernier de manière imminente. Mais voilà, ce n’est qu’après 26 noirs consécutifs que la balle a finalement atterri sur le rouge et que la séquence a pris fin. Résultat, des joueurs ont perdu des sommes énormes et le casino a bien rempli ses caisses durant cette soirée hors norme qui a donné son nom au phénomène du sophisme du joueur ou « sophisme de Monte Carlo ». Que s’est-il passé ?

Le sophisme du joueur décrit notre conviction (erronée) que la probabilité future d’un événement aléatoire est influencée par les occurrences précédentes de ce même type d’événement. En d’autres termes, nous créons à tort un lien causal entre des événements aléatoires passés et des événements aléatoires à venir. Pourquoi à tort ? Car l’aléatoire ne se laisse pas influencer par ce qui s’est déjà produit. Par exemple, la probabilité à pile ou face est de 50/50 à chaque lancer, même si c’est face qui est tombé lors des 3, 10 ou 100 derniers lancers.

L’aléatoire ne se laisse pas influencer par ce qui s’est déjà produit !

Comment éviter ce sophisme ? En s’assurant de ne pas voir de la causalité là où il n’y en a pas. C’est vrai pour tous les domaines dont celui de l’investissement. En effet, le sophisme de Monte-Carlo est particulièrement à l’œuvre dans l’analyse financière. Les économistes Hersh Shefrin et Meir Statman ont ainsi montré que les investisseurs ont tendance à conserver les actions qui se sont dépréciées et à vendre les actions qui se sont appréciées.

De manière tout à fait surprenante, certains investisseurs voient la hausse continue de la valeur d’une action comme une indication qu’elle va bientôt s’effondrer et décident de la vendre souvent de manière prématurée. À l’inverse, ceux qui possèdent des actions perdant de la valeur ont tendance à croire qu’ils vont se refaire une santé et les conservent dans leur porte-monnaie alors même qu’elles contribuent à leur faire perdre de l’argent de manière continue. De très nombreux facteurs influencent la variation du prix d’une action et, comme le résume la célèbre formule, « les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».

Il est donc naïf et dangereux de baser son seul jugement sur de prétendues « séries ». Cette erreur se retrouve aussi chez les investisseurs qui considèrent leurs antécédents de réussite comme des indicateurs fiables de leurs futurs succès d’investissement.

Morale de l’histoire :  méfiez-vous de l’excès de confiance ! Il est toujours dangereux de penser que le passé détermine l’avenir. Il faut savoir faire un screening complet de ses investissements pour identifier de véritables indicateurs et éviter de se reposer sur un prétendu flair ou une bonne main illusoire. Reposez-vous sur des experts plutôt que d’écrire votre propre histoire et de voir de la causalité là où il n’y en a pas.

Histoire 2 : le Superdome ou la politique de l’autruche

Notre deuxième histoire se déroule à La Nouvelle-Orléans en 2004. Les autorités locales sont prévenues qu’un terrible ouragan nommé Ivan s’approche et que les digues autour de la ville en mauvais état ne pourront pas protéger la partie basse de l’agglomération en cas d’inondations. Ainsi 100.000 personnes pourraient se retrouver prises au piège. Un plan est élaboré en urgence pour évacuer les familles vers le Superdome, un stade de la ville. Les responsables de l‘infrastructure avertissent immédiatement qu’ils ne pourront pas accueillir toutes les personnes à évacuer. Fort heureusement, la tempête de 2004 s’est détournée après avoir frappé les Caraïbes et s’est détournés de la Nouvelle-Orléans. Tout le monde pousse un « ouf » de soulagement et reprend le cours d’une vie normale, sans rien faire pour renforcer les digues de la ville ou pour élaborer un plan d’évacuation efficace.

Un an plus tard, c’est la catastrophe de l’ouragan Katrina. Le Superdome s’est effectivement montré incapable d’accueillir toutes les personnes en détresse, les digues se sont brisées à plus de 50 endroits différents et plus de 1.500 personnes ont perdu la vie. Ce drame illustre le syndrome de l’autruche qui cache sa tête dans le sable pour ne plus voir le danger. À La Nouvelle-Orléans, il n’y a pas eu un échec des prévisions, mais une incapacité à prendre les décisions qui s’imposaient face à un risque identifié.

Il n’est pas rare de prendre de mauvaises décisions, voire de refuser de prendre des décisions face à des catastrophes prévisibles ou des événements graves.

Inutile de préciser que cela peut se produire dans d’autres circonstances de notre vie. Que ce soit au niveau individuel ou institutionnel, il n’est pas rare de prendre de mauvaises décisions, voire de refuser de prendre des décisions face à des catastrophes prévisibles ou des événements graves. Pourquoi ? Car le caractère exceptionnel de ces événements vient renforcer notre biais de normalité qui nous fait croire que tout va forcément s’arranger er redevenir comme avant. On refuse d’imaginer qu’un virus en Chine puisse arrêter le monde entier pendant des mois ou que le super plan sur lequel vous avez misé vos économies a de sérieuses lacunes.

L’histoire de La Nouvelle-Orléans illustre aussi un autre travers appelé le biais d’amnésie. De nombreuses personnes ont souscrit une assurance contre les inondations après avoir vu se dérouler la tragédie de l’ouragan Katrina. Pourtant, à peine trois ans plus tard, la demande d’assurance contre les inondations était revenue au niveau d’avant Katrina. Ce biais est un mécanisme de protection cognitif qui a tendance à nous faire oublier la douleur associée à des événements comme une catastrophe naturelle ou une précédente crise financière. Le souvenir demeure, mais l’impact n’est plus ressenti viscéralement.

En matière de prise de décision financière, les autruches existent aussi. L’économiste, George Loewenstein les définit comme des personnes qui utilisent leur intelligence pour renforcer leurs croyances au lieu de chercher la vérité. Comment ? En élaborant des stratégies visant à éviter les informations qui vont à l’encontre de ces croyances. Le chercheur et ses collègues ont étudié les mouvements sur plus d’un million de comptes d’épargne retraite entre 2007 et 2008 et ont réussi à identifier ce que font typiquement les autruches en matière financière. Ainsi, elles sont moins enclines à se connecter à leurs comptes de transaction lorsque le marché a subi des revers la veille et ce alors même que ces personnes seraient avisées de bien étudier leur situation personnelle d’investissement face à ce mouvement généralisé. À l’inverse, les autruches se connectent plus souvent et à de multiples reprises le week-end lorsque le marché a clôturé en hausse ou à leur avantage, et ce alors même que les marchés sont fermés et qu’il n’y a donc rien de spécial à surveiller !

Être l’autruche n’est pas l’apanage de petits investisseurs novices, au contraire. Selon Loewenstein, plus le portefeuille d’investissement d’un individu est important, plus celui-ci a tendance à devenir une autruche. Vous voilà prévenu !

Plus le portefeuille d’investissement d’un individu est important, plus celui-ci a tendance à devenir une autruche.

Morale de l’histoire :  Ne faites plus l’autruche ! Mettre sa tête dans le sable ne permet pas d’éviter le danger ou d’échapper aux pertes. Espérez le meilleur et préparez-vous au pire plutôt que de refuser de voir la situation en face. Retenez aussi qu’il ne faut pas annuler sans réfléchir certaines polices d’assurance au prétexte que rien n’est arrivé depuis longtemps. Une assurance ne sert à rien, sauf le jour où le sinistre arrive réellement ! Ne pas l’avoir à ce moment peut avoir des conséquences dramatiques.