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23 octobre 2021

Investissements : peut-on avoir raison tout seul ?

En matière d’investissement, il est essentiel pour bien décider de disposer d’informations fiables et pertinentes qui permettent de dégager les fondements économiques. Dans les faits, il existe souvent des « cascades d’informations » nuisibles qui finissent pourtant par emporter l’adhésion du plus grand nombre. Qu’on se le dise, être du côté de la majorité n’est pas un gage de rentabilité.

Dans un contenu qui décrit le comportement moutonnier de nombreux investisseurs, nous avons pu mettre en évidence les mécanismes comportementaux qui poussent un investisseur à suivre la tendance du moment, même s’il ne la trouve pas rationnellement fondée. Dans le présent contenu, nous voulons enfoncer le clou et rappeler qu’une belle histoire reprise par la majorité des investisseurs n’est pas forcément vraie. Sur les marchés, toutes les belles histoires ne connaissent pas une fin heureuse.

Avant de vous encourager à une certaine indépendance de pensée, qu’il nous soit ici permis de formuler une mise en garde en forme de préambule. En matière d’investissement, l’important n’est pas uniquement d’avoir une vision juste et une analyse rationnelle de la situation, encore faut-il que le marché financier soit du même avis… et de préférence pas trop longtemps après vous. Ainsi, avoir raison trop tôt peu mener à l’échec si vous êtes dans l’incapacité de tenir votre position durablement. Comme le disait si bien Keynes : “les marchés peuvent demeurer irrationnels bien plus longtemps que vous ou moi ne pouvons demeurer solvables ».

La majorité est loin d’avoir toujours raison

Que faire si vous pensez A et que la majorité pense B ? La réponse est la suivante : si vous avez de bonnes raisons pour fonder votre opinion, il faut parfois oser être le mouton noir, jouer la singularité et aller à contre-courant. En effet, ce qui compte n’est pas le nombre de personnes qui optent pour telle ou telle position, mais bien les raisons qui fondent cette position. Et c’est précisément en étudiant ces dernières qu’il est possible de découvrir que beaucoup d’investisseurs sont les victimes de cascades d’informations nuisibles.

Une cascade d’informations se produit lorsque notre décision se base uniquement sur les décisions des autres, sans connaître leurs motivations.

Trois économistes, Sushil Bikhchandani, David Hirshleifer et Ivo Welch ont défini ce fameux phénomène de « cascade d’informations ». Une cascade d’informations se produit lorsque nous prenons une décision basée uniquement sur les décisions d’autres personnes, indépendamment des motivations qui ont poussé ces personnes à décider de la sorte. Ensuite, d’autres personnes prennent à leur tour la même décision parce que nous l’avons prise nous-même et, rapidement, ces cascades prennent de l’ampleur. Le problème est que la majorité des individus pris dans le tumulte de ces cascades d’informations pensent que les autres ont pris une décision éclairée sur la base d’informations fiables et pertinentes.

Sur les marchés, le risque de bulle augmente lorsque chacun pense qu’il peut s’économiser l’effort de la réflexion en partant de l’à priori que l’autre a consenti cet effort à sa place. Les erreurs décisionnelles surviennent dans cette cascade lorsque plus personne n’ose donner son avis, surtout lorsqu’il est fortement divergent de celui des autres. Tel un troupeau de moutons, tout le monde court dans la même direction, chacun ignorant pourquoi mais supposant que les autres le savent.

Les conséquences des cascades d’informations peuvent être dramatiques et générer des bulles financières, voire même des accidents.

Le silence n’est pas toujours d’or

Les conséquences des cascades d’informations peuvent être dramatiques et générer des bulles financières, voire même des accidents. Un des exemples les plus célèbres à cet égard est celui du lancement de la navette spatiale Challenger en 1986, qui s’est terminé par un drame. Des enquêtes ont alors été menées pour comprendre comment un tel accident du booster de la navette avait pu se produire. Et il s’est avéré qu’une cascade d’informations est un des facteurs majeurs responsables de la catastrophe.

Ainsi, un des experts travaillant dans l’équipe des ingénieurs se doutait du risque réel de défaillance, mais n’a pas osé́ l’évoquer lors de la réunion de la veille du lancement. Confronté à un système hiérarchique strict, cette personne ne s’est pas sentie suffisamment en confiance pour oser prendre la parole et émettre une opinion contraire à la cascade. Après l’accident, l’enquête a même montré que tous les ingénieurs présents lors de la réunion pensaient, chacun pour lui-même, que le risque de défaillance du booster de la navette était réel. Pourtant, collectivement, tout le monde s’est rangé sans broncher à l’avis de la hiérarchie qui allait dans le sens de maintenir le lancement de la navette. Tout le monde a dit oui sous la pression du groupe, même lorsque son opinion était contraire.

Ce n’est pas parce que l’histoire est belle qu’il faut la croire

La morale de cette histoire dramatique vaut aussi pour les investisseurs : ce n’est pas parce que l’histoire est belle qu’il faut la croire. L’opinion majoritaire, la fameuse tendance d’investissement du moment, relayée largement par les médias spécialisés, les plateformes d’opinion et les réseaux sociaux ne repose pas forcément sur un fondement économique solide. Il se peut qu’elle soit uniquement le produit d’une cascade d’informations qui est née sur la base d’un excès d’enthousiasme.

Méfiez-vous donc des « gourous » auto-proclamés de la finance qui accumulent certes beaucoup de « followers », mais qui ne justifient jamais leur opinion et dont il est difficile d’identifier les sources et leur qualité. Nous avons parlé ailleurs d’un principe qu’il est toujours utile de garder présent à l’esprit : « Garbage in Garbage out! » , c’est-à-dire que de mauvaises données entrées dans un système ne peuvent pas donner d’indicateurs fiables à la sortie. Rappelez-vous qu’une opportunité d’investissement ratée se regrette quelques jours, un mauvais investissement toute la vie.

Une opportunité d’investissement ratée se regrette quelques jours, un mauvais investissement toute la vie.

Ce n’est pas parce que vous avez un doute et que votre opinion va à contre-courant, que celle-ci est forcément mauvaise. Si vos arguments sont solides, essayez de tempérer vos émotions, de ne pas succomber à la tentation de vous conformer à l’avis des autres et analysez rationnellement une ultime fois l’information dont vous disposez. Votre intuition demeure après analyse ? Des interlocuteurs de confiance et versés en la matière se rangent à vos arguments ? Tournez-vous vers un conseiller financier en qui vous avez confiance, afin qu’il vous aide à transformer votre intuition singulière en investissement gagnant.

Attention, n’allez pas non plus par principe à contre-courant. La tendance du moment n’est pas forcément mauvaise. Si vous êtes en mesure de vous assurer de la solidité de ses fondamentaux économiques, aucun problème pour vous y engager également.

En conclusion, retenez qu’il y a parfois du bon à être le mouton noir qui demeure concentré sur sa stratégie long terme alors que le troupeau de moutons blancs privilégie la tendance du moment, la visions à court terme sur la simple base d’un enthousiasme collectif qui s’auto-entretient. De là à affirmer qu’on peut vraiment avoir raison tout seul, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Notre objectif n’est pas de vous dire comment et où investir, juste de vous encourager à vous assurer que vous n’êtes pas sur le point d’investir de manière irrationnelle.