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30 juin 2022

La satisfaction comme critère de décision

Selon un adage bien connu, « le mieux est l’ennemi du bien ». Et si c’était là une clé essentielle pour une prise de décision plus efficace : choisir le bien plutôt que de courir en vain après le meilleur ? myLIFE a approfondi la question pour vous.

Sans vous définir comme un perfectionniste, vous aspirez sans doute à trouver la meilleure école pour vos enfants, la meilleure maison pour votre famille, le meilleur placement bancaire ou le meilleur crédit. Et pour vos vacances, vous voulez aussi trouver l’hôtel parfait incluant emplacement idéal, rapport qualité/prix et restauration au top, le tout sans faire déraper le budget. C’est tout à fait normal, mais attention à ne pas courir après le mouton à cinq pattes.

Comment choisir lorsqu’aucune des offres ne répond parfaitement à vos critères ? Il existe une méthode utilisée par beaucoup d’experts : se satisfaire des éléments dont vous disposez pour poser vos choix plutôt que de rester bloqué en voulant toujours tout maximiser. Ce n’est certes pas l’approche la plus rationnelle pour choisir, mais c’est souvent la plus efficace.

En lecteur assidu de myLIFE, vous êtes un peu décontenancé par cette proposition. En effet, vous avez appris ailleurs qu’avoir la bonne intuition n’est bien souvent qu’une illusion et qu’il faut s’appuyer sur des éléments tangibles et rationnels pour prendre de bonnes décisions. C’est vrai, seuls les experts peuvent user à bon escient de leur intuition dans une situation donnée s’ils ont déjà l’expérience de situations similaires passées. Ce n’est pas d’intuition dont nous parlons ici. Mais alors, comment choisir si vous ne pouvez pas vous reposer sur votre intuition ?

Les limites du « tout rationnel »

Pouvoir choisir entre plusieurs options, services ou produits contribue à l’épanouissement personnel et à l’affirmation de notre autonomie. Avoir le choix et vouloir le mieux pour soi et sa famille est donc normal.

Pour bien choisir, l’économie classique conseille de faire usage de la plus grande rationalité en évaluant tous les coûts d’opportunité à votre disposition. Cela signifie qu’il faut pouvoir comparer de manière exhaustive le choix disponible et passer en revue tous les avantages à opter pour un produit ou service au détriment d’un autre. Selon cette logique, pas question de choisir sans avoir évalué toutes les offres similaires disponibles sur le marché, qu’il s’agisse de contracter une assurance ou d’acheter un dentifrice.

Sur le papier, l’exercice paraît simple. Il existe aujourd’hui tout un tas de comparateurs de services ou de sites qui compilent les avis de consommateurs sur tel établissement ou tel prestataire. Mais dans les faits, votre prise de décision peut rapidement virer au cauchemar. En effet, nos sociétés modernes offrent du choix. Trop ! Comment choisir rationnellement entre vingt sortes de dentifrice différentes au supermarché, entre quarante artisans du même domaine dans l’annuaire ou entre des centaines de partenaires potentiels sur un site de rencontre.

Vouloir maximiser ses choix et décisions dans un monde qui offre pléthore d’options est une course épuisante et sans fin.

Vouloir maximiser ses choix et décisions dans un monde qui offre pléthore d’options est une course épuisante et sans fin. À trop chercher la perfection qui n’existe pas et à trop vouloir tout comparer, nous cultivons une certaine frustration et rendons la prise de décision douloureuse. On finit alors souvent par ne rien décider du tout ou à retenir par dépit la mauvaise ou seule option qui reste comme le dernier hôtel disponible pour Noël car on n’a trop tardé à choisir.

La théorie du tout rationnel et de la maximisation peut conduire en pratique à une impasse. Heureusement, une autre voie est possible !

Opter pour la satisfaction

Dans la quête d’une bonne prise de décision, il est possible de troquer le critère de la maximisation contre celui de la satisfaction. Le sociologue américain et Prix Nobel d’Economie mort en 2001, Herbert Simon, décrivait ceux qui optent pour la voie de la satisfaction comme des personnes qui visent l’efficacité au lieu de l’optimisation. Ce faisant, ces personnes prennent souvent de meilleures décisions, mieux assumées et plus rapides que ceux qui veulent à tout prix tout maximiser.

La règle à retenir est donc très simple : vous optez pour la première option qui vous paraît satisfaisante.

Pourquoi ? Parce qu’ils savent arrêter leurs recherches dès qu’ils trouvent une option satisfaisante plutôt que de poursuivre une perfection potentielle. La règle à retenir est donc très simple : vous optez pour la première option qui vous paraît correcte, c’est-à-dire satisfaisante sur base de critères discriminants que vous vous êtes donné face aux options possibles.

Jusque-là tout va bien, vous comprenez l’idée sous-jacente même si ce n’est pas la méthode du « tout rationnel ». Pas besoin de comparer en détail vingt dentifrices avant d’en acheter un. Mais n’est-ce pas différent pour l’achat d’une maison ? Pas vraiment. Pour le comprendre, nous vous invitons à considérer avec attention la valeur des recherches d’Herbert Simon dont les travaux innovants ont fait de lui un des pionniers de l’intelligence artificielle en matière de prise de décision !

Au-delà de ces travaux, la voie de la satisfaction est par ailleurs bien souvent celle que choisissent les experts quand ils doivent prendre rapidement une décision majeure face à une situation inédite aux enjeux élevés. L’amerrissage en 2009 du Capitaine Chesley Sullenberger illustre cela parfaitement et a inspiré le film « Sully » avec Tom Hanks en 2016.

Choisir la meilleure option

Fort heureusement, la plupart des décisions que nous devons prendre au quotidien ne sont pas vitales. Toutefois, dans un monde où les multiples choix possibles s’avèrent parfois paralysants, il y a beaucoup à apprendre des experts.

La première des règles à retenir est donc qu’il faut apprendre à se satisfaire d’une bonne option. Cela implique parfois d’éviter de se prendre la tête pour des choix qui n’en valent pas la peine. Fini le temps perdu à hésiter entre 10 marques de dentifrice différentes ou les week-ends passés à se disputer autour des 50 nuances de gris possibles pour vos carrelages de la cuisine. Réservez votre temps et votre énergie pour des décisions qui comptent vraiment.

Vous devez justement prendre aujourd’hui une décision importante ? C’est le moment parfait pour apprendre à vous « contenter » de la satisfaction en déterminant un petit nombre de critères importants pour guider la décision.

Cette méthode de prise de décision dite rapide et frugale est préconisée par Gerd Gigerenzer, un expert de la prise de décision mondialement reconnu. Encore une fois, cette approche n’obéit pas aux canons de la plus pure rationalité, mais elle est très efficace. Elle repose sur l’heuristique dite du meilleur choix, plus connue sous le nom de « take the best option ».

Dès que l’on trouve un indice important discriminant entre deux choix possibles, il convient de prendre sa décision.

Cette stratégie de prise de décision simple consiste à choisir entre deux alternatives que l’on ne connaît pas, à l’aide d’indices que l’on va établir. Dès que l’on trouve un indice important discriminant entre deux choix possibles, il convient de prendre sa décision.

Cette stratégie a été testée par Gigerenzer lors d’une expérimentation où des sujets ont été invités à établir quelles étaient, parmi 83 options possibles, les villes allemandes de plus de 100 000 habitants les plus peuplées. Les personnes n’avaient pas de connaissance précise de ces villes et devaient établir leur choix en fonction d’un maximum de 9 critères possibles, mais toujours en s’arrêtant au premier critère discriminant entre deux villes.

Parmi ces critères, ils pouvaient par exemple se demander si telle ou telle ville était la capitale de son Land ou si elle possédait une équipe de football majeure. Critères après critères, et en évaluant paire par paire, les participants ont fini par établir une hiérarchisation juste des villes de plus de 100.000 habitants dans plus de 72% des cas. Pas parfait, mais tout de même impressionnant, non ?

Ce qu’il faut retenir, c’est que vous aussi vous pouvez fixer un nombre très limité de critères discriminants pour vous aider dans votre prise de décision du quotidien. Pour acheter une maison, cela peut être par exemple le fait d’avoir un grand jardin ou trois chambres qui seront vos critères discriminants. Pour le choix de votre carte de crédit, ce pourrait être le fait d’avoir des retraits gratuits à l’étranger parce que vous vous déplacez beaucoup. Pour un crédit, ce n’est pas forcément le taux, mais cela peut être l’apport personnel demandé ou la durée maximale d’emprunt proposée.

Vous avez le pouvoir de changer votre prise de décision et d’apprendre à mieux apprécier vos choix ! À vous de jouer, il est l’heure d’établir vos propres critères de choix. Mais attention, apprenez à viser la satisfaction et à vous arrêter dès que vous rencontrez le ou les critères discriminants qui font la différence pour vous !