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26 novembre 2020

Parole d’expert : « Pas de relance budgétaire comme friandise pour Halloween »

Le mois d’octobre promettait d’être délicat et volatil sur les marchés et, alors que la période touchait à sa fin, la magie cessa d’opérer sur les marchés actions, qui connurent l’une de leurs semaines les plus noires depuis mars.

Octobre était synonyme de dernière ligne droite dans l’élection présidentielle américaine du 3 novembre. Le mois automnal marquait aussi le dernier délai que l’UE et le Royaume-Uni s’étaient imposé pour conclure un accord sur le Brexit, qui, au moment de la rédaction du présent document, n’avait toujours pas abouti. Dans le même temps, les cas de contamination au Covid-19 continuaient de grimper en flèche et de nombreux pays se voyaient à nouveau contraints d’imposer de nouvelles restrictions telles que des couvre-feux et des fermetures. Il n’y eut point de bonbon d’Halloween sous la forme d’un très attendu plan de relance budgétaire aux États-Unis.

La volatilité observée à la fin du mois fut pour l’essentiel imputable aux imminentes élections présidentielles américaines du 3 novembre, pour lesquelles Joe Biden était promis à la victoire, même si son avance dans les sondages avait dernièrement diminué. Au cours du mois, le climat des marchés se réchauffa à l’évocation d’une « vague bleue » qui verrait les démocrates ravir à la fois la Maison-Blanche et le Sénat (ils disposaient déjà d’une majorité à la Chambre des représentants qu’ils devraient conserver). À première vue, cela peut paraître contre-intuitif. La pantoufle de verre républicaine sied d’ordinaire davantage à Wall Street (réductions d’impôts, déréglementation, etc.). Cette fois-ci, pourtant, une victoire des démocrates sur les deux tableaux est considérée comme la voie la moins ardue vers un nouveau plan de relance budgétaire substantiel, sans lequel la reprise économique pourrait connaître un brusque coup d’arrêt se soldant par des pertes de revenus pour des millions d’entreprises et de citoyens américains.

Dès lors que les Américains ont été exhortés à ne pas se déplacer dans les bureaux de vote, le vote par correspondance étant considéré comme plus sûr dans le contexte de la pandémie, il faudra sans doute un certain temps pour que les résultats des élections soient comptés, vérifiés et annoncés. Au fur et à mesure que les résultats régionaux tomberont, il pourrait même arriver qu’un candidat soit promis au Bureau ovale, pour être ensuite balayé à la dernière minute. Le pire scénario serait celui d’une élection contestée. Donald Trump a déjà critiqué le vote par correspondance et s’il choisit de ne pas accepter le verdict des urnes, la situation pourrait dégénérer en crise constitutionnelle. Pour cette raison, la volatilité attendue a augmenté et devrait persister plus longtemps après les élections que ce qui a été observé historiquement. En fin de compte, les investisseurs doivent garder à l’esprit que le cycle économique est beaucoup plus déterminant pour l’évolution des classes d’actifs que la composition du gouvernement américain.

En fin de compte, les investisseurs doivent garder à l’esprit que le cycle économique est beaucoup plus déterminant pour l’évolution des classes d’actifs que la composition du gouvernement américain.

Nous préférons nous concentrer sur les fondamentaux qui commencent à montrer de véritables signes de reprise économique, principalement en Chine où le virus est sous contrôle et où l’activité domestique s’est pratiquement normalisée, mais aussi aux États-Unis où les ventes au détail sont revenues aux niveaux d’avant la crise et où les investissements semblent entamer une phase de rebond. En outre, la saison des bénéfices du troisième trimestre n’est pas aussi sinistre que certains le redoutaient, 84 % des entreprises du S&P 500 ayant déclaré être positivement surprises. Il ne faut toutefois pas oublier que les valorisations sont exigeantes et que nous aurons peut-être besoin de voir apparaître tôt ou tard une « fée marraine » de la croissance pour éviter de décevoir les investisseurs.

Nous pourrions aussi voir le « prince bleu » Biden arriver à la rescousse avec un beau plan de relance budgétaire. Dans ce cas, les espoirs et les souhaits déjà intégrés dans les prix des actions pourraient bien se réaliser. Mais il y à une condition : à plus long terme, les États-Unis devront se faire à leur nouvelle version du «ils vécurent heureux… », où interviendront naturellement les deux vilaines sœurs que sont les importants déficits jumeaux…

Comme toujours sur les marchés financiers, tout est relatif. Ce mois d’octobre n’a finalement peut-être pas été aussi effrayant que cela. Surtout pour ceux d’entre nous qui ont encore en mémoire les événements du 19 octobre 1987, aussi appelé le « Lundi noir ».