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25 mai 2020

Quel avenir pour le Luxembourg ?

Au cours des dernières décennies, le Luxembourg est parvenu à surmonter ses contraintes géographiques pour se hisser au rang de centre d’excellence international dans divers secteurs économiques. En attirant des capitaux et des travailleurs du monde entier, le pays a su générer une croissance économique régulière et durable. Cependant, ses plus grands succès, notamment en tant que pôle de services financiers, ne doivent pas masquer la nécessité de se réinventer et de se diversifier pour maintenir le cap.

La réputation du Luxembourg en matière de services financiers est difficile à égaler. Abritant pas moins de 130 banques ainsi que la plus grande industrie de fonds en Europe, le pays développe par ailleurs des secteurs connexes, tels que les investissements alternatifs. Il héberge également des institutions de l’UE, notamment la Banque européenne d’investissement, la Cour des comptes de l’UE, la Cour de justice de l’UE et certains services de la Commission européenne et du Parlement européen. Un environnement juridique favorable aux entreprises et un capital humain hautement qualifié ont contribué à la vigueur économique du Grand-Duché, lui permettant de sortir quasiment indemne des crises financières successives.

La réputation du Luxembourg en matière de services financiers est difficile à égaler. Abritant pas moins de 130 banques ainsi que la plus grande industrie de fonds en Europe, le pays développe par ailleurs des secteurs connexes, tels que les investissements alternatifs.

Ce beau parcours a eu des retombées significatives. Le taux de croissance moyen du Luxembourg s’est établi entre 2 % et 3 % ces dernières années et le pays est devenu un important vivier de capital intellectuel. Grâce au niveau d’éducation élevé de sa population et à un taux de chômage plutôt bas, la criminalité y est faible et le Grand‑Duché jouit d’une grande stabilité sociale et politique. Les personnes les plus vulnérables ne sont pas oubliées et bénéficient de pensions légales et de prestations de sécurité sociale généreuses. La capitale a été désignée ville la plus sûre au monde dans le cadre de l’enquête internationale Mercer 2019 sur la qualité de vie.

Croissance de la population et des engagements de pension

Mais peu à peu, des ombres se dessinent au tableau. La réussite économique a attiré davantage de personnes et la population croît de plus de 2 % par an, une dynamique nécessaire afin de permettre au pays de garantir la pérennité économique de son système de pension. Pour atteindre cet objectif, une expansion constante de la main-d’œuvre est toutefois requise. Or, contrairement à la majorité des autres pays, de nombreux bénéficiaires des pensions octroyées par le Grand-Duché les perçoivent à l’étranger, ne les réinjectant dès lors pas dans l’économie domestique, ce qui pénalise le Luxembourg.

Les analystes semblent s’accorder sur le fait que ce système est trop généreux pour être viable à long terme. Au rythme actuel, la croissance économique portera la population nationale, qui s’élevait à 615.000 habitants début 2019, à 1 million de personnes d’ici 2050, soit presque 3x plus qu’en 1980.

Pour l’heure, l’économie, la population et la main-d’œuvre – en ce compris les quelque 200.000 frontaliers, représentant plus de 45 % de la population active fin 2018 – continuent de croître de manière synchronisée. Toutefois, les pressions sur l’infrastructure luxembourgeoise deviennent de plus en plus évidentes, comme en témoigne l’envolée du coût des logements, dès lors que les nouvelles constructions ne parviennent pas à satisfaire la demande. Les prix de l’immobilier résidentiel, notamment dans la capitale, figurent parmi les plus élevés d’Europe.

Par conséquent, les tensions sur les infrastructures de transport s’accentuent. Les dépenses publiques destinées aux routes et aux trains n’ont pas suivi la demande et les usagers signalent une augmentation des retards et de la congestion des services ferroviaires, tandis que le réseau routier du pays est saturé par la hausse du nombre de frontaliers au cours des dernières décennies. Le gouvernement a certes annoncé la gratuité des transports publics depuis le 1er mars 2020, mais cette mesure ne devrait que freiner l’expansion les problèmes et non les résoudre.

Les services financiers en évolution

De son côté, le secteur clé du pays est lui aussi confronté à des défis de taille. L’économie reste en effet largement tributaire des sociétés de services financiers, qui représentent environ 1/3 du PIB. Ces dernières ont réussi à s’adapter rapidement et efficacement aux évolutions réglementaires et fiscales dans le sillage de la crise financière mondiale. Jusqu’à présent, le pays est parvenu à surmonter les turbulences qui agitent le secteur et a tiré parti des délocalisations d’opérateurs britanniques dans la foulée du Brexit.

Jusqu’à présent, le pays est parvenu à surmonter les turbulences qui agitent le secteur et a tiré parti des délocalisations d’opérateurs britanniques dans la foulée du Brexit.

Toutefois, le secteur des services financiers connaît des mutations notables au niveau mondial, auxquelles le Luxembourg n’échappera pas. Dans le passé, le secteur financier, aidé par le législateur, a su faire preuve de pragmatisme et d’efficacité afin d’évoluer rapidement. Gageons que, aujourd’hui encore, il saura se positionner intelligemment dans le contexte de l’automatisation de certaines tâches et face à l’avènement de nouvelles solutions innovantes proposées par les Fintech. Dans un contexte de crise sanitaire mondiale, la bonne nouvelle est que les banques sont cette fois-ci manifestement une partie de la solution.

Innovation et productivité

Face à ces pressions, la diversification peut s’avérer payante. Pendant plusieurs décennies, les gouvernements successifs ont cherché à diversifier l’économie en misant sur des secteurs nécessitant moins de personnel, notamment les technologies de l’information, la biotechnologie, voire les ressources spatiales. L’objectif est de remédier au dilemme de la croissance démographique en développant les activités qui ne requièrent pas d’attirer régulièrement un nombre significatif de nouveaux employés pour créer de la valeur.

Le Luxembourg a déployé des efforts considérables pour bâtir sa réputation de pôle technologique. Certains des grands groupes de la technologie et des communications, parmi lesquels Amazon, iTunes, Skype, Vodafone et PayPal, ont établi leur siège européen dans le pays, attirés par l’impôt sur les sociétés avantageux et la concentration d’experts hautement qualifiés. Les investissements publics en matière de connexions par fibre optique entre le Grand-Duché et d’autres centres européens ont contribué à faire venir des spécialistes des jeux vidéos dont Zynga et OnLive.

Le gouvernement a par ailleurs créé des liens avec la Silicon Valley. PwC a en effet retenu le Luxembourg pour y implanter son Accelerator, se dotant ainsi d’une base centrale au niveau de l’UE pour soutenir les start-ups locales et internationales en rassemblant diverses communautés externes – notamment des secteurs de la technologie et de la finance – afin d’accompagner la croissance des entreprises. Les offres relatives au Cloud représentent l’une des principales réussites, avec des acteurs tels que LuxCloud.

En orbite et au-delà

La croissance pourrait également venir de secteurs plus originaux, comme l’aérospatiale. Dans les années 1980 déjà, le pays avait lancé le fournisseur de services de diffusion par satellite SES, qui est désormais l’un des plus grands acteurs dans le domaine. Les autorités, qui s’intéressent actuellement à des secteurs tels que l’exploitation minière des astéroïdes et les fonctionnalités d’observation et de suivi de la Terre, ont créé la Luxembourg Space Agency en 2018 afin de promouvoir l’innovation dans les activités liées à l’espace.

Tous les efforts de diversification n’ont cependant pas systématiquement porté leurs fruits. Les projets de création d’un centre de technologie automobile autour d’activités bien établies, notamment la R&D en matière de pneus ainsi que la production de pneus et d’autres composants automobiles, ont été mis à mal par les bouleversements au sein de l’industrie et les constructeurs s’intéressent à présent aux véhicules électriques et autonomes.

D’autres pans de l’économie, en particulier la sidérurgie, autrefois dominante au Luxembourg, continuent de perdre du terrain dans un contexte de recul de la demande et d’importation massive des pays de production à bas coûts vers les marchés européens. Les dirigeants du pays sont bien conscients de ces défis et continuent d’explorer les niches économiques au sein desquelles la stabilité socio-économique du Luxembourg et sa capacité d’adaptation (aux développements internationaux notamment) représentent un réel avantage compétitif.

Les dirigeants du pays continuent d’explorer les niches économiques au sein desquelles la stabilité socio-économique du Luxembourg et sa flexibilité représentent un réel avantage compétitif.