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1 août 2021

Quel avenir pour notre vie de famille ?

La pandémie de Covid-19 a incité de nombreuses familles à réfléchir sur leur mode de vie. Les parents ont constaté que les longs trajets et les impératifs professionnels imposés par un coût de la vie élevé leur laissaient peu de temps à passer en famille ; le télétravail temporaire a montré qu’il existait une autre façon de travailler, offrant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Mais le marché du logement est-il suffisamment flexible pour répondre à leurs besoins ?

Même avant la pandémie, il était déjà évident que certaines tendances en matière de logement n’étaient pas viables, du moins à moyen et long terme. Ainsi, la construction de logements au Luxembourg n’a jamais réussi à suivre la croissance démographique du pays, elle-même masquée par une main-d’œuvre composée à plus de 43 % de travailleurs frontaliers. Le pays compte 626.000 habitants à la mi-2020, environ 190.000 de plus qu’en 2000. Ce déséquilibre entre l’offre et la demande explique l’une des plus fortes hausses des prix immobiliers en Europe, ceux-ci ayant presque doublé entre 2007 et 2020.

Aussi de nombreuses familles se retrouvent-elles dans des logements peu adaptés à leurs besoins. Début 2020, Yves Mersch, membre du directoire de la Banque centrale européenne et ancien gouverneur de la Banque centrale du Luxembourg, évoquait le marché du logement luxembourgeois : « L’insuffisance de la construction résidentielle due à des contraintes de capacité dans le secteur de la construction, mais aussi à des restrictions réglementaires, a exacerbé la pénurie de logements. »

Si le gouvernement luxembourgeois a bien tenté de doper la construction de nouveaux logements par le biais d’incitants fiscaux, ses mesures peinent à produire un impact significatif sur la pénurie chronique de logements adaptés. Ses détracteurs estiment que l’approche de la construction de logements doit être réinventée – plutôt que de se contenter de construire plus, il faudrait aussi construire mieux.

Que veut-on dire par « construire mieux » ?

Si une famille devait concevoir la maison parfaite pour ses besoins, à quoi pourrait-elle ressembler ? Elle devrait contenir quelques éléments de base – un design fonctionnel mais de préférence élégant, un jardin, une certaine individualité. L’accès aux infrastructures locales et l’environnement sont également des facteurs importants. Les familles voudront mettre leurs enfants dans de bonnes écoles, de préférence à proximité de leur logement. Elles s’assureront de pouvoir se rendre facilement chez le médecin et accéder à d’autres services essentiels comme les gardes d’enfants. Et puis, il y a cette importance accordée à la qualité de vie, c’est-à-dire l’accès aux espaces verts et aux équipements de loisirs tels que les piscines, les centres sportifs et les cinémas.

Trop souvent, la construction résidentielle s’est bornée à agencer le plus grand nombre possible de logements dans l’espace disponible, sans tenir compte des besoins de ceux qui y vivront.

Trop souvent, la construction résidentielle s’est bornée à agencer le plus grand nombre possible de logements dans l’espace disponible, sans tenir compte des besoins de ceux qui y vivront. Les propriétaires ont dû se contenter de ce qui était disponible, en raison, dans bien des cas et notamment celui du Luxembourg, d’un manque d’offre. Mais la pandémie et ses conséquences pourraient changer la donne.

Parmi les autres facteurs à prendre en compte, la tendance à un « retour vers le futur » : à l’avenir, les maisons devront être suffisamment grandes pour accueillir une famille élargie, comme c’était souvent le cas avant les années 1950. Compte tenu du coût de la vie élevé et, pour certaines, des dettes contractées pour financer les études, les familles sont de plus en plus confrontées au phénomène d’une génération « boomerang » – des enfants adultes qui retournent vivre dans la maison familiale.

La dernière enquête sur la composition et le bien-être des ménages menée par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de vie et de travail, une agence de l’UE, a révélé que plus des trois quarts des jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans dans l’UE vivent généralement avec au moins l’un de leurs parents. Entre 25 et 29 ans, ils sont encore tout de même 37 %. Il faut donc attendre plus longtemps avant d’envisager de troquer un logement devenu trop grand contre un plus petit. À cela s’ajoutent les besoins d’une population vieillissante ; par rapport à de nombreux autres pays européens, le Luxembourg compte une population relativement jeune, mais dans la mesure où les coûts des soins sont élevés, de nombreux ménages peuvent être contraints d’héberger des parents âgés.

Changer les attitudes

L’accès à la propriété ne semble pas présenter le même attrait pour les Millennials, désormais appelés la « génération locataire », que pour leurs parents. Pour beaucoup, elle n’est pas abordable ; pour d’autres, elle est tout simplement coûteuse et contraignante pour une tranche d’âge qui apprécie la flexibilité de se déplacer, de voyager et de prendre des pauses carrière. Au Royaume-Uni, des recherches ont indiqué que jusqu’à un tiers des Millennials – ces jeunes aujourd’hui âgés entre 25 et 30 ans – ne pourront sans doute jamais se permettre d’être propriétaires de leur logement. La moitié d’entre eux seront contraints de louer bien au-delà de leurs 40 ans. Aussi les politiques de logement et d’aménagement du territoire se doivent-elles d’accompagner aussi bien ceux qui veulent louer que ceux qui cherchent à acheter.

Reste encore la question de l’impact de la pandémie sur le travail à domicile. S’il existe un consensus sur le fait qu’en Europe, la plupart des gens ne retourneront pas travailler dans un bureau cinq jours par semaine, le cas luxembourgeois peut être compliqué par la forte proportion de travailleurs frontaliers dans la population active.

En 2020, les pays voisins du Grand-Duché ont suspendu les règles qui assujettissent leurs résidents employés au Luxembourg mais pratiquant le télétravail à l’impôt sur le revenu dans leur pays de domicile. Il faudrait cependant négocier des arrangements permanents – ce qui n’est pas nécessairement facile – pour que le télétravail partiel puisse trouver sa place de façon durable dans les modalités d’emploi. Il conviendra également de prendre en compte les implications pour les règles de substance applicables aux entreprises de services financiers.

L’expérience du confinement a déjà incité de nombreuses personnes à reconsidérer leur espace de vie.

Néanmoins, l’expérience du confinement a déjà incité de nombreuses personnes à reconsidérer leur espace de vie – l’accès à un jardin, par exemple, ou à un espace vert partagé pourrait devenir de plus en plus une priorité. Les travailleurs pourraient être de moins en moins enclins à effectuer de longs trajets pour rejoindre les grandes villes et les centres d’affaires – même si ces longs trajets pourraient être plus supportables s’ils n’étaient effectués qu’une ou deux fois par semaine.

Comment le changement va-t-il se produire ?

Certains signes montrent que les décideurs politiques commencent à prendre davantage en compte les besoins des familles dans la planification des nouveaux projets immobiliers. Citons à cet égard le projet Elmen, dans la municipalité de Kehlen, dont la mise en œuvre complète devrait prendre 15 ans. L’idée est de créer un village comprenant environ 800 logements pour un total de 2.200 habitants, tout en intégrant des mesures de durabilité pour préserver et améliorer les espaces verts ainsi que la biodiversité de la zone, le tout alimenté par des énergies renouvelables.

La pandémie semble avoir donné une impulsion à une tendance existante qui intègre des facteurs de protection de l’environnement et du climat dans le processus d’aménagement du territoire, en partie sous l’effet d’un changement d’attitude des investisseurs. Un consensus se dégage sur le fait que ces nouveaux types de logements qui répondent mieux aux besoins des occupants et qui contribuent également à des objectifs environnementaux peuvent en outre s’avérer plus durables d’un point de vue financier.

Pour que ce processus se généralise, les familles devront exiger des logements de meilleure qualité. Si les promoteurs immobiliers et les entreprises de construction peuvent demander des prix élevés pour des logements de piètre qualité, ils n’ont pas de réel incitant à changer. Il faut également une meilleure coordination de la politique entre les promoteurs et les autorités en charge de l’aménagement du territoire. Lorsque les anciens modes de vie et de travail ne correspondent plus aux besoins et aux souhaits des habitants, il convient de changer d’approche.

Un consensus se dégage sur le fait que ces nouveaux types de logements qui répondent mieux aux besoins des occupants et qui contribuent également à des objectifs environnementaux peuvent en outre s’avérer plus durables d’un point de vue financier.