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27 mai 2022

Qu’est-ce que le coût réel de propriété ?

Les fashionistas ont depuis longtemps popularisé le concept de « coût par utilisation » (ou « cost per wear »). En d’autres termes, peu importe si un article est extrêmement cher : s’il est porté suffisamment de fois, il peut être source de valeur malgré son prix. En revanche, un article très bon marché qui passe sa vie dans le fond d’une garde-robe ou qui nécessite un nettoyage à sec coûteux peut très bien ne pas représenter un bon investissement. Un concept similaire existe pour l’acquisition d’actifs d’investissement ou pour d’autres achats importants, tels qu’une maison ou une voiture : il s’agit du coût total de propriété.

En d’autres termes, lorsqu’il prend sa décision, l’investisseur doit tenir compte non seulement de la dépense initiale, mais aussi du coût de détention de cet actif tout au long de sa vie. L’idée consiste donc à affiner la décision des investisseurs en examinant le coût global.

Il s’agit d’une pratique courante au sein des sociétés. Lors de l’acquisition d’une nouvelle entreprise ou d’un nouvel outil (par exemple, un outil de production), elles examinent le coût d’achat – une dépense d’investissement – mais aussi le coût de fonctionnement – une dépense d’exploitation. Un actif peut être bon marché parce que ses frais de fonctionnement sont élevés.

Cela revient à acheter un château délabré : si le prix de départ peut être faible, le coût de réparation de la toiture qui fuit et du papier peint qui se décolle peut faire grimper considérablement ce prix initial. À l’autre extrémité, une imprimante peut être bon marché à l’achat, mais consommer beaucoup plus d’encre ou de toner et de papier et peut-être exiger beaucoup de temps de maintenance et de configuration du réseau.

Dans le cas d’actifs financiers, le coût de propriété est le plus souvent faible et se limite aux frais de plateforme ou de courtage, plus éventuellement des frais de gestion de fonds.

Quelles implications en matière d’investissement ?

Dans le cas d’actifs financiers, le coût de propriété est le plus souvent faible et se limite aux frais de plateforme ou de courtage, plus éventuellement des frais de gestion de fonds. Ce coût modeste vient grever, chaque année, la valeur d’un portefeuille d’actions ou d’autres actifs. Les détenteurs de portefeuilles d’actions ou d’OPC de distribution peuvent également s’attendre à recevoir des dividendes réguliers et des paiements de coupons obligataires, lesquels compensent ce coût, même si celui-ci est bien présent.

Un autre facteur est quant à lui plus difficile à prendre en compte : il s’agit de l’inflation qui, si elle est difficilement prévisible et si la mise en place d’une couverture est onéreuse, entre elle aussi dans le calcul du coût total de propriété. Si un actif perd 5 % de pouvoir d’achat chaque année parce qu’il ne verse pas de dividende ou ne génère pas de croissance du capital, cela représente un coût de propriété. Il s’agit là d’un problème qui a particulièrement touché les obligations ces dernières années, les rendements étant souvent inférieurs à l’inflation, voire négatifs dans certains cas.

Toutefois, dans le cas d’actifs financiers traditionnels, le coût de propriété est le plus souvent faible. Les investisseurs risquent de rencontrer davantage de soucis avec des investissements alternatifs, comme le vin, l’art ou les métaux précieux. Afin de préserver sa valeur, le vin doit être stocké correctement. Une assurance s’impose par ailleurs. Cela induit un coût continu pour le détenteur de l’actif, qui doit être pris en compte dans le calcul du rendement global. Notons par ailleurs qu’aucun dividende, intérêt ou autre revenu ne vient compenser ce coût.

L’art implique des coûts similaires. Les frais d’enchères ou de courtage doivent être pris en compte dans les prix d’achat et de vente. Les œuvres nécessitent des conditions de conservation spécifiques, auxquelles viennent s’ajouter des frais d’assurance (souvent importants). Ces coûts pèsent sur les rendements des investisseurs. Les prix de l’or sont souvent inversement corrélés aux taux d’intérêt : l’or ne verse pas de dividende et le coût d’opportunité de sa détention est donc plus élevé dans un environnement où les liquidités bénéficient d’une hausse des taux. Ces coûts de propriété peuvent également exercer une influence sur la valorisation d’un actif par le marché.

Le coût total de propriété ne s’applique pas seulement aux investissements, mais à de nombreux aspects de vos finances personnelles, dont la détention d’une voiture est l’exemple le plus évident.

Les autres volets de vos finances

Le coût total de propriété ne s’applique pas seulement aux investissements, mais à de nombreux aspects de vos finances personnelles, dont la détention d’une voiture est l’exemple le plus évident. Dans la mesure où les gens sont disposés à payer davantage pour une voiture neuve que pour une d’occasion (à moins qu’il ne s’agisse d’une Ferrari de collection), dès qu’une auto quitte le showroom, elle perd de sa valeur : au moins 10 %, et pas moins de 20 % au bout d’un an. Cette dépréciation fait tout autant partie du coût de propriété que le carburant, l’assurance ou les taxes.

En outre, une voiture qui consomme beaucoup coûtera davantage à l’usage. Ce facteur peut grandement peser dans la balance au moment de choisir entre une voiture classique ou électrique (tout comme l’évolution des prix des carburants). Autre facteur à prendre en compte : le coût des réparations éventuelles, qui sera probablement plus élevé dans le cas d’une voiture ancienne ou de collection.

En d’autres termes, une voiture onéreuse mais extrêmement fiable et économe en carburant peut se révéler plus économique qu’un véhicule dont le prix de départ est faible. Afin d’aider les consommateurs dans leur choix, certaines revues spécialisées proposent une comparaison du coût total de propriété de différents véhicules.

Un calcul similaire vaut aussi pour les maisons, pour des raisons légèrement différentes. Une vieille bâtisse peut avoir un certain attrait, mais elle peut être plus difficile à réparer, les matériaux peuvent être plus chers et vous risquez de devoir faire appel à des entrepreneurs spécialisés. En revanche, un appartement neuf peut impliquer des charges et des frais d’équipement élevés, mais il peut être mieux isolé et plus économique en termes de chauffage.

En règle générale, un investisseur doit toutefois tenir compte du prix d’achat, ajouter tous les coûts de propriété éventuels, puis diviser le tout par la durée de vie utile de l’actif.

Calcul du coût de propriété

Les facteurs entrant en ligne de compte pour le calcul du coût de propriété varient selon le type d’actif. En règle générale, un investisseur doit toutefois tenir compte du prix d’achat, ajouter tous les coûts de propriété éventuels, puis diviser le tout par la durée de vie utile de l’actif. Dans le cas d’une voiture, il peut s’agir du prix d’achat, des frais de fonctionnement, de la dépréciation et des réparations, moins le coût de vente potentiel, le tout divisé par le nombre d’années que vous êtes susceptible de la garder.

Le coût total de propriété n’est qu’un facteur parmi d’autres intervenant dans la prise de décision, mais il peut faciliter le choix entre deux actifs a priori similaires. Il peut permettre aux investisseurs d’éviter d’acheter un actif a priori bon marché, mais qui risque de leur coûter cher à terme.