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23 septembre 2019

Savoir tenir les émotions à distance de vos investissements

La plupart des investisseurs savent ce qu’ils ne doivent pas faire : paniquer dans les accès de volatilité des marchés, acheter la dernière valeur en vogue ou investir dans quelque chose qu’ils ne comprennent pas. Mais lorsqu’il s’agit d’argent, il est difficile de s’affranchir des émotions qui font obstacle à la prise de bonnes décisions.

Autrefois, la théorie voulait que tous les investisseurs soient considérés comme totalement rationnels et que, par conséquent, le prix de n’importe quel titre donné était le reflet exact de toutes les informations disponibles au sujet de l’entreprise qui l’avait émis. Aujourd’hui, cette théorie des marchés efficients est largement discréditée ; sinon, comment expliquer des phénomènes comme la bulle technologique ou la crise du crédit immobilier « subprime » aux États-Unis ? Les investisseurs ont une propension évidente à laisser des facteurs non rationnels influencer leurs décisions.

Les facteurs émotionnels peuvent revêtir de nombreuses formes. Un investisseur peut être influencé par ses amis, sa famille ou les médias et laisser guider ses décisions par ce qu’il voit, lit et entend, au lieu d’entreprendre une analyse rationnelle. Les investisseurs peuvent évaluer trop vite le succès d’une entreprise donnée en voyant qu’un magasin en particulier connaît une forte activité ou parce qu’ils aiment personnellement un certain produit, et extrapoler la vision d’une réussite uniforme à partir d’un exemple isolé, et possiblement non représentatif.

Ensuite, les investisseurs qui agissent sous le coup de leurs émotions ont tendance à se comporter de la même façon que l’ensemble du marché, car les individus laissent souvent les actes des autres brouiller leur propre jugement. Si la panique est généralisée, ces investisseurs vendent ; si l’humeur est à l’euphorie, ils achètent. Autrement dit, leurs achats et leurs ventes ont presque toujours lieu au mauvais moment. Selon le cabinet de conseil américain Dalbar, en 2018, l’investisseur moyen a subi une perte de 9,42 %, alors que l’indice S&P 500 n’a reculé que de 4,38 %. Il n’a pas vendu avant le fléchissement du marché à la fin de l’année, ou ne s’est pas repositionné à temps pour profiter de son rebond.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Les études Dalbar laissent à penser que les investisseurs prennent constamment de mauvaises décisions en matière de timing à cause de facteurs émotionnels, qui se résument souvent à de la crainte et de l’avidité. Sur une période de 20 ans, l’indice S&P 500 a enregistré une croissance moyenne de plus de 8 % par an, alors que le gain moyen des investisseurs en actions en a représenté à peine la moitié et que les placements en obligations ont rapporté encore moins. Dans le langage courant, on peut dire que le fossé comportemental entre les performances est manifeste.

Comment éviter d’être dominé(e) par ses émotions ?

D’après le psychologue comportemental Paul Davies, les individus n’ont pas une attitude rationnelle même en possédant toutes les informations dont ils ont besoin. L’idée selon laquelle l’être humain serait computationnel (autrement dit, qu’il prendra la bonne décision s’il dispose de la bonne information) serait donc fausse, selon lui.

Le meilleur moyen de prendre les bonnes décisions financières consiste à s’assurer que vous prenez le moins de décisions possible, car vous êtes davantage susceptible de faire de mauvais choix.

Mais il ne suffit pas de connaître l’existence de telles manies comportementales pour pouvoir changer d’attitude. D’après Paul Davies, les gens doivent mettre en place des processus qui favorisent des comportements logiques pour faire plus facilement les bons choix. De plus, le meilleur moyen de prendre les bonnes décisions financières consiste à s’assurer que vous prenez le moins de décisions possible, car vous êtes davantage susceptible de faire de mauvais choix. La source de tous les biais cognitifs doit être appréhendée comme étant le « biais d’action », ou la tendance à penser que seule une action perpétuelle est à même de créer de la valeur.

Qu’est-ce que cela peut vouloir dire en pratique ? L’exemple d’économies régulières prélevées automatiquement sur votre compte est une parfaite illustration. La situation se complique si chaque mois, vous devez prendre des décisions d’investissement. Tous les mois, vous devez donc choisir si votre argent a des priorités plus importantes que le concept nébuleux d’ « avenir ». Vous identifierez probablement toujours quelque chose de plus attractif et de plus urgent.

Il vous faut également surveiller le niveau du marché en essayant de calculer si le moment est bon pour acheter. Si l’argent est prélevé sur votre compte pour être investi immédiatement, il y aura des mois gagnants et des mois perdants, mais comme les marchés ont tendance à s’inscrire en hausse sur le long terme, il est probable que vous vous en tiriez bien à l’arrivée, tout en évitant la nécessité pénible de prendre des décisions.

Paul Davies propose aussi d’intégrer des hypothèses de type « si… alors » dans la planification patrimoniale. Cette pratique permet de décider à l’avance ce que vous ferez si, par exemple, le marché chute de 10 %. La définition de règles spécifiques peut ainsi aider à vous prémunir contre des décisions impulsives, prises dans le feu de l’action. Les conseillers financiers fixent souvent des niveaux de « perte maximale acceptable » avec leurs clients. Le fait de définir une tolérance de perte maximale est utile, non seulement pour se préparer à d’éventuelles pertes, mais aussi comme moyen de tenir votre stratégie d’investissement à distance des fluctuations quotidiennes du marché.

Rééquilibrage automatique

Les décisions d’allocation d’actifs doivent être soumises à des règles similaires. De façon générale, la plupart des investisseurs disposent d’une allocation d’actifs stratégique, qui correspond à un positionnement à long terme défini pour atteindre leurs objectifs financiers. Cette allocation détermine quelle quantité du portefeuille est détenue sous forme d’actions, d’obligations et d’autres types d’actifs, comme l’immobilier. À l’inverse, l’allocation d’actifs tactique est un moyen de s’ajuster à l’évolution des conditions de marché.

L’important est de garder en tête l’allocation stratégique sans trop se focaliser sur l’allocation tactique. Pour ce faire, le mieux est de passer par le rééquilibrage automatique, qui ajuste systématiquement la composition du portefeuille pour préserver l’allocation d’actifs initiale. Là encore, cette pratique vous évite d’avoir à prendre des décisions ou de vous inquiéter en vous demandant si le moment est bon pour investir sur un marché précis. Avec le rééquilibrage automatique, les investisseurs retirent naturellement leur argent des marchés qui sont chers et ont enregistré des performances élevées, pour le réinvestir sur des marchés moins chers et s’étant moins bien comportés.

Bien sûr, il arrive que des opportunités à court terme puissent être exploitées, et il peut être intéressant d’ajuster tactiquement son portefeuille si un marché précis devient trop dépendant de la performance d’un petit nombre de titres individuels. C’est ce que nous avons pu observer récemment au niveau de l’indice S&P 500, qui a vu sa performance dominée par l’évolution d’une poignée de grands groupes technologiques. Toutefois, en général, il est préférable de définir une allocation d’actifs et d’y rester fidèle, tout en la révisant à intervalles réguliers, plutôt qu’uniquement en situation de crise.

Une confiance excessive envers votre capacité décisionnelle, une réticence à reconnaître qu’une situation a changé et un taux de rotation important, lié à des changements d’avis fréquents, auront probablement un impact négatif à long terme sur les rendements d’un portefeuille.

Plus difficile à faire, mais aussi important : comprendre ses propres limites. Une confiance excessive envers votre capacité décisionnelle, une réticence à reconnaître qu’une situation a changé et un taux de rotation important, lié à des changements d’avis fréquents, auront probablement un impact négatif à long terme sur les rendements d’un portefeuille.

Souvent, les investisseurs surestiment le potentiel de rendement de leurs placements, ce qui les conduit à mal évaluer les risques. Une fois encore, ce travers peut être combattu avec la mise en place de garde-fous dans le processus d’investissement. Cela vaut également la peine de réfléchir en toute sincérité aux résultats de vos décisions d’investissement passées : ce qui a fonctionné, et ce qui a échoué. Des conclusions peuvent-elles en être tirées ?

Quand il est question d’argent, il est facile de se laisser dominer par ses émotions mais celles-ci sont généralement à l’origine de mauvaises décisions. La meilleure politique consiste à façonner sa stratégie d’investissement de sorte que celle-ci prévoie un minimum de décisions et réduise le risque que les émotions vous conduisent à faire des erreurs.