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18 septembre 2020

Surendettement, rester vigilant

Le Luxembourg, un pays de cocagne «qui ne connaît pas la crise»? Derrière cette image d’Épinal, la réalité est plus nuancée. Face à la pression sociale, il est tentant de vouloir vivre au-dessus de ses moyens en contractant des crédits pour financer telle voiture ou tel séjour au ski, voire pour rembourser d’autres crédits en cours. Mais un crédit vous engage et, sans une vision claire de vos ressources et dépenses récurrentes, le risque de surendettement est présent. Pour vous, myLIFE revient sur ce sujet sensible et vous rappelle quelques recommandations.

Le poids des mots

La loi luxembourgeoise définit le surendettement comme suit: «Impossibilité manifeste pour un débiteur de faire face à l’ensemble de ses dettes non professionnelles exigibles et à échoir.» Mais à quoi faisons-nous référence quand nous parlons de «dettes»?

  • Il y a les dettes que l’on peut qualifier de courantes. Cela peut être par exemple votre loyer, mais aussi des factures faisant suite à votre consommation électrique, à votre utilisation d’internet ou à des travaux réalisés chez vous.
  • Et puis, il y a les dettes consécutives à la contraction d’un crédit immobilier, d’un crédit à la consommation, ou pour financer votre voiture. Vous avez dans ce cas emprunté cet argent, et il vous faut le restituer avec intérêt, généralement sous la forme de mensualités.

Avoir des crédits à rembourser ne fait pas de vous quelqu’un de surendetté. Avoir des difficultés financières passagères non plus. C’est le lot de nombreuses personnes, et notamment des jeunes ménages qui souhaitent devenir propriétaires de leur habitation. Pas de panique, donc. Le crédit n’est pas l’ennemi, même s’il faut être lucide et reconnaître que c’est très souvent un usage abusif de ce dernier qui mène au surendettement. La question de bon sens à se poser avant de contracter un crédit est simple: «Mes revenus sont-ils suffisants pour continuer à assumer toutes mes dépenses courantes et pour rembourser le crédit envisagé?» Si la réponse est négative, vous êtes en risque et il y a lieu de réfléchir à deux fois avant de signer.

Le surendettement est une situation financière défavorable qui s’éternise et qui fait l’objet de (potentielles) poursuites judiciaires au civil. Le Service d’information et de conseil en matière de surendettement (SICS) estime qu’«un ménage ne pouvant faire face à ses dépenses courantes avec son revenu net pendant une période de plus de six mois consécutifs est surendetté».

Les personnes déposant une demande d’aide sont le plus souvent célibataires, louent leur habitation, ont entre 30 et 50 ans, et exercent souvent un emploi.

La situation au Luxembourg

Selon les données disponibles, on considère que plus de 60% des ménages sont endettés, c’est-à-dire qu’ils ont contracté un emprunt. De plus, 543 demandes d’aide liées à un surendettement ont été déposées en 2017 au Luxembourg.

Les personnes déposant une demande d’aide sont le plus souvent célibataires, veuves ou divorcées (71%), louent leur habitation (67%), ont entre 30 et 50 ans (66%) et exercent souvent un emploi (58%). Enfin, une majorité d’entre elles ont contracté un prêt à l’étranger (53%).

Les causes du surendettement peuvent être d’ordre personnel (incapacité à gérer l’argent, recherche de statut social, accident de vie, addiction…), social (manque d’éducation financière, rôle du crédit dans nos sociétés, publicité agressive…) ou économique (inflation, chômage, baisse de salaire, faillite…).

Les conséquences peuvent être très lourdes sur le plan personnel (perte de confiance en soi, désespoir, tendances suicidaires…), social (isolement, dépendance aux aides sociales, conflits familiaux, divorce…) et économique (perte d’emploi ou de domicile, budget familial durablement diminué…).

On considère généralement qu’un taux d’endettement équivalant à plus de 50% des revenus disponibles présente un risque de surendettement.

Calculer son endettement

Pour savoir s’il y a risque de surendettement, il faut d’abord connaître le taux d’endettement d’une personne. Ce dernier se calcule en comparant vos revenus mensuels avec la somme des dépenses mensuelles dues. Concrètement, il s’agit d’additionner les sommes dont vous êtes débiteur pour un mois donné (loyers, factures et crédits) et de les comparer à votre revenu mensuel net. On considère généralement qu’un taux d’endettement équivalant à plus de 50% des revenus disponibles présente un risque de surendettement. À vrai dire, franchir un taux de 30% devrait déjà vous alerter et vous inviter à être vigilant.

Recommandations

Avant de vous engager dans un crédit, quelle que soit sa finalité, assurez-vous d’avoir une vision claire de votre budget disponible à l’avenir. Serez-vous en mesure d’assurer son remboursement? Disposez-vous du capital nécessaire une fois que vous avez réglé les postes de dépenses indispensables, comme votre loyer, vos courses et votre électricité?

Cela implique d’établir votre budget mensuel en listant toutes vos dépenses de la façon la plus précise et objective possible. Attention, prenez aussi en compte le montant que vous souhaitez épargner. Ce dernier est essentiel devant la possibilité de contracter un nouveau crédit. C’est ce poste qui vous sera utile en cas d’imprévu et vous évitera de vous retrouver endetté. Sans réserve, aucune part de votre budget n’est disponible pour faire face à une tuile.

N’oubliez pas qu’un crédit s’inscrit dans le temps et qu’on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve. Si c’est possible, ne calculez pas trop serré et, lorsque vous contractez un crédit à la consommation, prenez une assurance qui couvre les événements imprévus, comme la perte de votre emploi, un divorce ou des frais médicaux onéreux, par exemple.

En cas de difficultés, ne vous isolez pas! Parlez-en avec votre banquier ou vos créanciers pour analyser sereinement la situation et voir si un rééchelonnement de vos échéances est possible. Parlez aussi à vos proches même si cela vous semble difficile. Ils peuvent peut-être vous donner un coup de main, même provisoirement.

Attention également au type de crédit que vous contractez. Regardez bien les taux d’intérêt! La règle à retenir est la suivante: plus un crédit est facile à obtenir malgré votre situation, plus il présente des risques… et généralement, des taux d’intérêt sensiblement plus importants. Dans tous les cas, soyez très attentif à toutes les informations figurant sur le contrat lié à votre crédit. Faites-vous conseiller si besoin. C’est souvent un crédit de trop, même modeste, qui vous fait basculer dans le surendettement. Contracter un crédit pour rembourser les crédits déjà existants est une très mauvaise idée. Elle ne ferait que repousser le problème, généralement en l’aggravant encore.

Enfin, prenez garde également au découvert «autorisé» sur vos comptes. Les intérêts débiteurs sont parfois élevés. Et attention aux cartes de crédit:

  • Les cartes de crédit «traditionnelles» n’entraînent pas l’application d’un taux d’intérêt débiteur, et les montants dépensés sont toujours débités après un mois. Si le compte n’est pas approvisionné, le montant est quand même débité, et le compte se trouve en dépassement non autorisé, ce qui engendre des taux d’intérêt.
  • Les (rares) cartes de crédit à paiement échelonné, pour lesquelles seulement une fraction des dépenses est remboursée en fin de mois, le reste étant remboursé de manière échelonnée dans les mois qui suivent. Ici, les taux d’intérêt débiteurs peuvent être élevés.

Ne laissez pas un sentiment de gêne ou de honte vous isoler et faites-vous accompagner par des experts en la matière.

Contacts et informations

La Ligue et le SICS vous informent et vous conseillent en cas de surendettement. Ne laissez surtout pas un sentiment de gêne ou de honte vous isoler, et faites-vous accompagner par leurs experts. Sortir de son isolement est souvent un premier pas vers une issue heureuse.

Dans la plupart des situations, le surendettement n’est pas une fatalité, mais la conséquence d’un choix: vouloir vivre au-dessus de ses moyens. Une vision claire et lucide de votre budget et de vos dépenses vous permettra de savoir si vous pouvez ou non succomber à telle ou telle tentation. En cas de recours à un crédit, étudiez scrupuleusement les modalités de remboursement avant de vous engager. Votre banquier est également là pour vous informer et constituer avec vous un plan de financement raisonnable pour mener à bien vos projets.