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13 avril 2024

Transmission: la bonne feuille de route

Pour Bernard Eresch, Head of Banque des Grandes Entreprises à la BIL, le monde de l’entrepreneuriat est comme une vocation. Cela fait douze ans que cet économiste de formation travaille dans le secteur financier et « pense comme un entrepreneur » pour reprendre ses termes. Cela se remarque lorsqu’il parle de l’économie luxembourgeoise et de ce qui préoccupe les entreprises. En tant que banquier expérimenté, il soutient et accompagne les entreprises au quotidien avec passion. Y compris dans les questions de transmission.

Le Luxembourg offre un environnement économique favorable qui a permis et continue de permettre à de nombreuses entreprises familiales de prospérer. Lorsque le temps de la transmission est venu, il est crucial de pouvoir s’appuyer sur un partenaire de confiance capable de servir une vision à long terme qui ne se limite pas aux aspects strictement financiers. Ce soutien contribue non seulement au succès des transactions, mais aussi à la capacité d’innovation et à la compétitivité du pays.

Pour Bernard Eresch, Head of Banque des Grandes Entreprises à la BIL, « sans une vision claire de l’objectif à atteindre et une feuille de route appropriée pour s’y rendre, il est difficile de mener à bien une reprise ou une transmission d’entreprise ». D’expérience, il affirme qu’une bonne préparation et une objectivité maximale contribuent à réduire fortement les risques d’échec. Selon lui, les émotions sont mauvaises conseillères et il leur préfère « une stratégie bien pensée, objective et précise, ainsi que les conseils de professionnels aguerris ».

Qu’est-ce qui prime dans la préparation d’une transmission d’entreprise?

Le plus important est d’être au clair avec ce que l’on veut et avoir une idée très précise de là où on souhaite aboutir. Sur cette base, il faut définir sa propre stratégie. L’entreprise doit-elle être intégralement cédée? Souhaite-t-on s’appuyer sur un partenaire financier afin de pouvoir se retirer progressivement? Prévoit-on une reprise par un membre de la famille ou des collaborateurs déjà en place dans l’entreprise? Autant de questions possibles auxquelles il faut pouvoir se confronter et apporter des réponses satisfaisantes. Ceci fait, une nouvelle étape essentielle du processus débute: l’évaluation de l’entreprise.

Lorsque l’objectif est défini et la valeur de l’entreprise correctement estimée, il convient d’établir une feuille de route détaillée.

Lorsque l’objectif est défini et la valeur de l’entreprise correctement estimée, il convient d’établir une feuille de route détaillée. Celle-ci servira de base pour mener à bien un processus de transmission qui est généralement long et éprouvant.

À quoi faut-il être attentif au moment du choix du successeur ou de l’acheteur?

Lors de la sélection, il est essentiel de s’assurer que les idées et convictions de l’acheteur ou du successeur correspondent bien aux objectifs du vendeur ou cédant. Une reprise réussie nécessite de pouvoir s’entendre sur la culture d’entreprise et sur le rôle futur de l’ancien propriétaire. Ici, la question de la dilution du capital est déterminante dans la mesure où les parts détenues influencent les droits de chacun. Ces aspects doivent également faire partie d’une négociation franche et transparente. Pour réussir le processus de transmission, il convient d’éviter les émotions, de privilégier l’objectivité et de poursuivre dans l’ordre les étapes d’une stratégie réfléchie.

Une certaine retenue s’impose-t-elle?

Les émotions pouvant conduire à des décisions précipitées, la retenue est effectivement importante dans les négociations. Mais retenue ne signifie pas passivité, loin s’en faut. L’entrepreneur doit pouvoir formuler des attentes précises et articuler des idées claires, notamment lors du choix du successeur ou de l’acheteur. Diplomatie et détermination constituent la combinaison idéale.

Selon votre expérience, quelles erreurs sont les plus fréquemment commises?

Toute transmission d’entreprise comporte des risques, surtout en l’absence d’une stratégie et d’une feuille de route claires. C’est malheureusement une erreur très répandue. Une planification méticuleuse et une clarification précoce des questions pertinentes sont indispensables pour surmonter les obstacles ultérieurs. Un autre élément est déterminant: avoir une vue holistique de l’entreprise plutôt qu’une culture du tableau « Excel ». Une transmission est bien davantage qu’une transaction financière. Le rôle du cédant, les aspects culturels ainsi qu’une compréhension de la réalité globale de l’entreprise sont autant d’éléments qui ne doivent pas être négligés.

Une transmission est bien davantage qu’une transaction financière.

Quels sont les facteurs déterminants dans l’évaluation d’une entreprise?

L’évaluation d’une entreprise est un processus complexe qui nécessite une analyse différenciée des facteurs financiers, stratégiques et juridiques. Les éléments centraux comprennent l’analyse de la performance financière, une évaluation approfondie des risques en tenant compte des paramètres de volatilité, le potentiel de croissance basé sur des prévisions de marché et des analyses concurrentielles, l’évaluation de la qualité du management actuel en incluant les compétences de leadership et les structures de décision, les rapports de droits de vote, les pratiques de gouvernance d’entreprise, ainsi que le respect des cadres juridiques pertinents.

De plus, les critères ESG, y compris les aspects environnementaux spécifiques, sont de plus en plus mis en avant, ce qui est également le cas au Luxembourg. Leur importance pour l’évaluation d’une entreprise se manifeste principalement dans la nécessité d’ajuster les prévisions de chiffre d’affaires en tenant compte des impacts ESG actuels et prévus de l’activité commerciale. Cela nécessite une considération intégrée des influences environnementales directes et indirectes, de la responsabilité sociale et des structures de gouvernance. Au-delà de la dynamique spécifique à l’entreprise, il est essentiel d’évaluer l’image ESG de l’ensemble du secteur économique pour prévenir des risques tels que la perte de réputation. Avec l’importance croissante de ces critères, la nécessité d’augmenter les investissements en capital pour promouvoir une chaîne de valeur plus durable augmente également, affectant de manière durable les revenus et les structures de coûts.

Dans le cas des entreprises familiales, des complexités supplémentaires émergent. Par exemple, une concentration des droits de vote au sein de la famille peut influencer la gestion de l’entreprise. Les clauses d’earn-out peuvent réduire les risques financiers et certains désaccords dans la fixation du prix. En outre, de telles clauses motivent le vendeur à améliorer les performances de l’entreprise. Enfin, elles peuvent également réduire les risques liés aux personnes clés qui quittent l’entreprise. Signalons encore que les accords familiaux peuvent influencer la structure juridique et les obligations de l’entreprise.

En fin de compte, l’évaluation doit être effectuée sur une base contractuelle claire, des résultats d’analyses objectives et des négociations minutieuses. L’implication précoce d’experts indépendants garantit une perception équilibrée et neutre de la valeur de l’entreprise. Cela permet souvent d’éviter les conflits potentiels. À la BIL, nous accompagnons les changements de génération dans les entreprises familiales et constatons systématiquement les bénéfices d’une expertise neutre sur ces questions.

L’implication précoce d’experts indépendants garantit une perception équilibrée et neutre de la valeur de l’entreprise.

Dans quels autres domaines une aide externe est-elle importante?

Un accompagnement externe est indispensable dans de nombreux domaines du processus de reprise ou de transmission. Ces transitions sont souvent des chantiers de grande ampleur, spécifiques à chaque entreprise et psychologiquement éprouvants. Même si c’est son choix, il peut être très difficile pour le fondateur de se détacher de son entreprise. Un accompagnement peut grandement faciliter les choses.

Offrant une approche globale dans une perspective à long terme, une banque comme la BIL, qui peut clairement jouer un rôle central, est une valeur ajoutée unique par rapport à d’autres acteurs qui ne considèrent que la transmission ou un aspect particulier de celle-ci. La BIL accompagne les entreprises à travers toutes les phases de leur cycle de vie, de la création à la transmission. Elle peut en outre apporter aux propriétaires d’entreprise des réponses adaptées à leurs questions patrimoniales privées et les aider à gérer de manière optimale le produit de la vente.

Y a-t-il des aspects spécifiques à considérer pour les entreprises familiales?

Il y a effectivement des éléments spécifiques qui vont bien au-delà des aspects purement financiers. Il y a notamment toutes questions émotionnelles et interpersonnelles à considérer. Une collaboration harmonieuse n’est souvent possible qu’après des discussions ouvertes qui permettent la clarification des rôles et des responsabilités de chacun. La dynamique familiale et les attentes des différentes personnes peuvent fortement influencer le processus. À cela s’ajoutent des émotions telles que la fierté, les peurs et des difficultés à lâcher prise qui peuvent interférer dans le processus. Un accompagnement externe professionnel peut aider à surmonter ces défis. Pour les entreprises familiales, une transmission réussie nécessite toujours de trouver le bon équilibre entre les intérêts économiques et familiaux.

Pour les entreprises familiales, une transmission réussie nécessite toujours de trouver le bon équilibre entre les intérêts économiques et familiaux.