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5 août 2020

Crédits : la bonne attitude face au besoin (1/3)

Étudier à l’étranger, acheter son appartement, acquérir un véhicule neuf ou financer des vacances de rêve, nous avons tous de bonnes raisons pour contracter un crédit. Cela étant, l’acte de souscrire à un crédit est tout sauf banal. Dans une série de trois contenus, myLIFE vous révèle les bonnes attitudes à adopter en la matière. Dans ce premier contenu, interrogeons-nous sur la nécessité ou non de recourir au crédit.

Poids financier et charge cognitive

« Emprunter de l’argent coûte de l’argent ». Si, comme 53 % des ménages au Luxembourg, vous avez au moins une dette à rembourser sous la forme d’un crédit, cette mise en garde vous est probablement familière. Un crédit coûte de l’argent, parfois beaucoup d’argent ! Dès lors, même si la pratique du crédit est courante, il ne faut jamais la considérer comme banale.

C’est d’autant plus vrai que, à côté de la charge financière de la dette, il faut aussi considérer la charge cognitive qui s‘abat sur la plupart d’entre nous au moment de devoir faire un choix éclairé à ce sujet. Cette dernière résulte, au moment du choix, de la multiplication des informations à considérer, des préférences personnelles parfois contradictoires et des sollicitations multiples. Tout cela contribue à brouiller les pistes.

Depuis la crise des subprimes, les autorités européennes ont renforcé l’arsenal législatif visant à protéger les consommateurs. Elles ont notamment contraint les établissements financiers à fournir des informations plus détaillées sur les différents coûts, à mettre plus systématiquement en garde sur le fait qu’emprunter de l’argent coûte de l’argent et à souligner que l’acte du crédit engage contractuellement à rembourser l’argent emprunté.

Si cette transparence accrue est très bénéfique pour les consommateurs que nous sommes, elle a également un effet pervers : loin de simplifier le choix, la multitude d’informations disponibles tend à embrouiller le cerveau de la plupart des consommateurs. Il y a tellement d’informations disponibles qu’ils finissent par ne plus savoir y faire face rationnellement.

Même les personnes plus éduquées en matière de finances ont tendance à faire des choix davantage nourris par leurs émotions que par la raison.

Même les personnes plus éduquées en matière de finances ont parfois tendance à faire des choix qui sont davantage nourris par leurs émotions que par la raison. Surtout lorsqu’il s’agit de leur situation personnelle. Pourquoi ? Simplement parce qu’il est difficile de se projeter dans l’avenir pour déterminer si l’engagement envisagé aujourd’hui ne sera pas un fardeau demain.

Au-delà des obligations légales pour évaluer de manière normalisée les risques d’une personne désireuse de souscrire à un crédit, il existe d’autres éléments de vulnérabilité personnels que la banque aura du mal à estimer si le consommateur lui-même n’en n’a pas conscience. Pour s’assurer que le crédit envisagé ait bien la portée bénéfique espérée et ne se transforme pas en fardeau, il est donc indispensable pour chacun d’être au clair avec sa situation et ses préférences.

Avant soumettre une demande de crédit à votre banquier, nous vous proposons de réaliser l’auto-évaluation de vos besoins en trois étapes. De quoi mettre en lumière ces biais cognitifs qui peuvent altérer, voire fausser, votre prise de décision.

Lors de la première étape abordée ci-dessous, il s’agit d’évaluer objectivement votre besoin réel de crédit. La deuxième étape vous permet de savoir comment procéder pour choisir entre les différentes formules de crédits proposées. La troisième étape est consacrée à la manière dont il faut se projeter pour anticiper votre capacité future à rembourser votre crédit.

Étape 1 : le désir présent de financement correspond-il à un besoin futur ?

Par rapport à votre projet de vie, ce que le crédit rend possible vaut-il vraiment le coût global qu’il représente ? La plupart d’entre nous ne se pose pas cette question. La mise en garde « Emprunter de l’argent coûte de l’argent » est-elle efficace ? Des études comportementales ont montré que non. Ce message est aussi vite digéré qu’il est lu. Il est compris, mais il n’est pas réellement intégré.

En effet, alors que la plupart d’entre nous sommes plongés dans le présent immédiat, ce type de messages fait appel à notre capacité à nous projeter dans le futur pour tenir compte d’un coût à venir. Et le futur ne pèse souvent pas lourd face au désir de pouvoir financer un bien ou une service dont j’estime avoir besoin immédiatement.

Se libérer du biais présent

En science comportementale, le fait d’accorder trop d’importance à ce que nous percevons comme une nécessité immédiate s’appelle le « biais présent ». Il peut avoir pour conséquence de nous empêcher de faire une évaluation claire et objective de nos véritables besoins, tant notre cerveau est obnubilé par son désir présent.

Il existe bien évidemment des moments où souscrire à un crédit est tout à fait légitime et nécessaire : de longues études à l’étranger, l’achat d’un bien immobilier, l’acquisition d’une nouvelle voiture. Parfois, la nécessité ne s’impose pas et le bien convoité ne correspond pas à un réel besoin. Ou alors ce besoin peut être financé d’une autre manière.

Par exemple, avez-vous réellement besoin d’un crédit pour renouveler votre matériel hifi ? Ne pouvez-vous pas économiser un peu chaque mois pour le financer et tenir encore quelques temps avec votre matériel actuel ? Ou alors pourquoi ne pas utiliser ces économies sur votre compte épargne qui ne rapporte rien à l’heure actuelle et qui pourrait même être impactées par des taux d’intérêts négatifs ? Pourquoi ne pas affecter vos liquidités disponibles à ce projet s’il est vraiment important pour vous ?

Il importe de raisonner en termes de besoins et non d’envies afin de sortir d’un schéma de gratification immédiate.

Il importe de raisonner en termes de besoins et non d’envies afin de sortir d’un schéma de gratification immédiate qui obnubile vos pensées au point de restreindre vos capacités à penser de manière réfléchie. Dans tous les cas, n’hésitez pas à prendre conseil auprès de vos proches ou d’un expert financier avant de prendre votre décision.

Ne pas faire d’une urgence présente un fardeau pour le futur

Des situations d’urgence imprévues peuvent malheureusement renforcer notre tendance à ne considérer que le court terme. Par exemple, une grosse dépense non planifiée peut vous obliger à chercher une solution rapide et à opter pour un crédit facilement accessible. Ces situations et leurs conséquences négatives potentielles sont tellement présentes à notre esprit qu’elles nous conduisent à opter pour des choix sous-optimaux et à négliger certaines options alternatives.

Ici, il n’y a pas de recette miracle si ce n’est de se forcer à demeurer attentif et à bien considérer toutes les options qui s’offrent à vous. Ne fragilisez pas vos finances futures avec des décisions à court terme lourdes de conséquences. Une fois de plus, votre banquier est là pour vous accompagner dans vos décisions financières.

Rester réaliste à propos de sa maîtrise de soi

Évitez de surestimer votre capacité à gérer votre budget et à jongler entre dépenses courantes et échéances de remboursement. Pour faire les bons choix, soyez honnête avec vous-même et demandez-vous si vous manquez de self-control. Si la réponse est affirmative, vous êtes plus susceptible qu’une autre personne de céder à la tentation de la gratification immédiate et notamment au shopping compulsif.

Dans ce cas, il importe de s’assurer que vous ne compromettrez pas votre avenir financier en souscrivant à l’excès des crédits à la consommation. Essayez de vous fixer des objectifs de long terme comme « conserver ses finances à l’équilibre le plus longtemps possible tout en épargnant un peu » afin de vous constituer un apport pour l’achat futur d’un bien immobilier. Vous pouvez aussi envisager d’acquérir un outil financier qui vous aidera à mettre de côté l’argent nécessaire pour financer sans crédit ce que vous convoitez. Il n’est pas si compliqué de réussir un budget malin.

Arrivé au terme de cette première étape, vous avez su faire la part des choses entre désir et besoin. Avez-vous véritablement besoin d’un crédit pour financer le bien convoité ? Si la réponse est affirmative, il est temps de passer à la deuxième étape : quel crédit choisir ?