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21 juillet 2018

Opportunités et écueils de l’investissement en objets précieux

Par son intérêt marqué pour les bijoux, l’actrice Elizabeth Taylor est devenue une référence en matière d’investissement en objets de collection. En 2011, la Collection Elizabeth Taylor a été vendue chez Christie’s à New York pour un montant total de 156.756.576 dollars. Parmi les 80 bijoux mis aux enchères, 24 ont atteint une somme supérieure à un million de dollars et six ont dépassé les cinq millions de dollars. Elizabeth Taylor se plaisait à pouvoir contempler sa fortune. Et vous? Devriez-vous investir dans des objets précieux?

À une époque où les marchés actions internationaux battent record sur record et les crypto-monnaies, uniquement accessibles via Internet, sont le nouveau placement en vogue, il peut être tentant de se replier sur un actif tangible et sécurisant, un placement qui peut être porté, bu ou accroché à un mur. Si peu d’entre eux atteindront les hauteurs vertigineuses de la collection Taylor, les actifs «précieux» – vins fins, œuvres d’art, or ou antiquités – ont leur place dans les portefeuilles de nombreux investisseurs.

Ces actifs sont loin d’être homogènes – leurs marchés sont différents et ils ont des caractéristiques d’investissement distinctes. Ainsi, l’or est particulièrement prisé lorsque les marchés ou les économies semblent vulnérables.

Pendant la crise financière, les négociants en lingots ont fait état d’une hausse de la demande mondiale en pièces d’or et en petits lingots. Les investisseurs craignaient alors que les établissements qui avaient jusque-là abrité leur fortune ne s’effondrent et n’engloutissent leurs avoirs avec eux. À la place, ils se sont tournés vers un actif qui avait fait ses preuves au fil des générations.

À l’inverse, le marché de l’art est souvent au mieux de sa forme lorsque l’argent circule abondamment au sein du système financier, ce qui coïncide le plus souvent (mais pas toujours) avec des périodes de croissance économique vigoureuse, du moins sur certains marchés. Cependant, à l’instar du prix des antiquités, la valeur des objets d’art varie en fonction de la mode et de la demande. Acquérir précocement des œuvres d’un artiste reconnu peut être synonyme d’appréciation de la valeur, quel que soit le contexte économique.

Pour un investisseur, ce type d’actifs a pour principal attrait d’être tangible.

Valeur de diversification

Pour un investisseur, ce type d’actifs a pour principal attrait d’être tangible. Même lorsque des objets d’art raffinés ne vous rapportent rien, vous pouvez toujours les regarder. Les grands vins peuvent être bus – même si le risque existe qu’ils se transforment en vinaigre – et, s’agissant des métaux précieux, les bijoux peuvent être portés. Tout cela est impossible lorsqu’il s’agit de placements en actions, en obligations, ou a fortiori en crypto-monnaies.

Les objets de collection jouent également d’autres rôles au sein d’un portefeuille. Leur valeur ne suit généralement pas la direction des marchés d’actions ou d’obligations conventionnels. Une telle caractéristique permet d’équilibrer un portefeuille et le rend moins volatil dans des conditions de marché fluctuantes.

Durant la crise financière mondiale, par exemple, le prix de l’or a bondi de plus de 70% entre 2007 et janvier 2009 en réaction aux inquiétudes grandissantes quant à la sûreté des banques, alors que sur cette même période les marchés d’actions et d’obligations d’entreprises ont plongé.

Le métal jaune a même poursuivi son ascension lorsque les cours des actions se sont redressés car certains États s’étaient engagés, afin de réduire leur important déficit budgétaire, dans des dévaluations compétitives de leur monnaie rendues nécessaires par le sauvetage et la recapitalisation d’établissements financiers en défaut et d’autres grandes entreprises jouant un rôle majeur dans les économies domestiques.

Dans ce contexte, l’or, perçu comme une réserve de valeur, a culminé en octobre 2011, s’établissant à un niveau près du triple de celui qui était le sien en 2007. Depuis, le cours de l’or a néanmoins perdu du terrain parallèlement au regain de confiance des investisseurs dans les marchés financiers, confortés en cela par l’envolée du prix des actions, et au redressement des économies.

L’attrait de la rareté

Le marché du vin est également régi par divers facteurs. L’un d’entre eux est assurément la demande émanant de l’Asie, elle-même liée à la santé économique de la Chine – dont l’influence sur les marchés d’actions est également considérable. Cependant, les facteurs déterminants pour le marché du vin sont ceux qui influencent l’offre, à savoir le plus souvent les conditions météorologiques. Ainsi, les rendements vinicoles ont fortement chuté en France l’an dernier en raison des gelées et des vagues de chaleur intenses, ce qui a réduit l’offre de vin sur le marché, notamment en provenance du vignoble bordelais.

La rareté est l’un des facteurs explicatifs de l’intérêt suscité par cette catégorie d’actifs – il n’existe qu’une unique œuvre «Les tournesols» de Van Gogh et quelques bouteilles seulement de Château Margaux cuvée 1875. Les actifs physiques sont en offre limitée. Si la demande augmente, il est impossible d’en produire davantage et leurs prix montent – ce qui explique en partie leur attrait.

Toutefois, il est bien souvent difficile d’y investir, tout au moins pour ceux qui n’entrent pas dans la catégorie des milliardaires. Les prix dans le segment haut de gamme du marché de l’art, en particulier, apparaissent de plus en plus dissociés de la valeur d’autres actifs. En mai dernier, le tableau «Sans titre» (1982) de Jean-Michel Basquiat a été adjugé pour 110,5 millions USD – soit près du double du montant prédit par la société de vente aux enchères Sotheby’s – tandis qu’en novembre, le «Salvator Mundi» de Léonard de Vinci a trouvé preneur pour 450,3 millions USD.

Bien évidemment, il ne s’agit pas là de points d’entrée naturels pour la plupart des investisseurs et, en général, les acquéreurs doivent développer une connaissance pointue du domaine concerné, ou tout au moins faire appel à un expert en qui ils ont confiance. De récents procès ont montré que le recours à un conseil extérieur pour des œuvres d’art extrêmement onéreuses comporte ses propres risques.

Si vous possédez un actif précieux, il vous faut en outre le conserver dans les conditions appropriées (…), ce qui engendre un coût de possession plus élevé.

Si vous possédez un actif précieux, il vous faut en outre le stocker dans les conditions appropriées. Il serait imprudent de garder un Rembrandt au garage ou de grands crus dans l’armoire de la chaudière. Rien n’empêche de conserver des lingots d’or à la cave ou même de les enterrer dans le jardin, au risque toutefois de les voir dérobés. Un marché s’est développé pour les entreprises spécialisées dans la garde d’objets précieux de manière sécurisée et dans des conditions d’entreposage idéales, mais ceci engendre un coût de possession plus élevé.

Liquidité incertaine

Le lingot d’or constitue une option plus accessible car il peut être acheté sous forme de pièces ou de barres avec un point d’entrée relativement bas. Les pièces offrent des valeurs unitaires plus faibles, un stockage plus aisé et davantage de flexibilité à l’achat comme à la vente (il est difficile de vendre 20% d’un lingot d’or, contrairement à 20 pièces d’or). L’investissement en or physique peut offrir des avantages fiscaux par rapport à des instruments financiers tels que des certificats – au Royaume-Uni, par exemple, aucun droit de timbre ou TVA n’est à payer.

L’or bénéficie en outre d’un marché raisonnablement liquide, ce qui n’est pas le cas de tous les actifs susceptibles d’être collectionnés. À l’instar des biens immobiliers, il n’y a pas toujours d’acheteur pour un tableau ou un vin de grand cru, ou tout au moins au prix escompté par son propriétaire. Nombre de ces actifs nécessitent un horizon d’investissement à long terme ainsi qu’une approche prudente à l’égard des opportunités de valorisation et de vente. Répétons-le, les investisseurs sans expérience propre devront probablement s’appuyer sur une expertise externe.

Il peut être plus aisé d’investir dans certains de ces actifs par le biais d’instruments dérivés – il est possible d’acheter des fonds qui suivent le niveau d’un indice reflétant le marché des vins, ou des contrats futures sur l’or. Ces instruments apportent une solution aux problèmes immédiats de liquidité et de stockage, au détriment néanmoins du facteur «bien tangible». Dans certains cas, comme celui des vins, ils peinent à refléter correctement le prix des actifs car la liquidité réduite rend difficile l’évaluation des participations.

Il existe d’autres objets de collection, timbres postaux rares, pièces anciennes ou objets commémoratifs d’évènements sportifs qui peuvent également constituer des sources de croissance et de diversification d’un portefeuille. Il vous sera sans doute difficile de réunir une collection d’envergure comparable à celle d’Elizabeth Taylor, mais cela peut apporter une perspective différente et bénéfique à la répartition de vos placements.