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24 octobre 2020

Parole d’expert : « Peut-être le point bas ? »

Certains signes avant-coureurs laissent penser que le mois de mai pourrait avoir vu le pire du repli économique attribuable à la pandémie de coronavirus. Dans un contexte de soutien budgétaire et monétaire sans précédent et de déconfinement progressif, les données semblent se stabiliser. Néanmoins, nous anticipons à présent une reprise en forme de « coche » (effondrement rapide de la production suivi d’un retour progressif à la normale) et non le fameux rebond en « V ».

Le contexte macroéconomique

Le monde connaît aujourd’hui la pire récession depuis les années 1930 : les espoirs des investisseurs reposent sur le fait qu’il s’agira également de la plus courte.

À mesure que les économies repartent, nous assistons à de légères améliorations au niveau des données, mais nous ne sommes pas encore tirés d’affaire. Dès lors qu’aucun vaccin n’existe, la distanciation sociale empêchera de nombreuses entreprises de fonctionner à pleine capacité, et le risque d’une deuxième vague d’infections plane encore et toujours (la Corée du Sud essaie justement de lutter contre cette situation actuellement).

Aux États-Unis, les demandes d’allocation de chômage hebdomadaires ont permis d’estimer l’étendue du malaise économique. Le constat est plutôt morose : plus de 40 millions d’Américains sont aujourd’hui sans emploi. Si ces chiffres sont stupéfiants, la tendance a commencé à évoluer dans la bonne direction, le chiffre hebdomadaire régressant progressivement. Les renouvellements de demande d’allocations (qui permettent d’estimer le nombre total de personnes au chômage) ont reculé durant la dernière semaine de mai, passant de 24,9 millions à 21,1 millions. Parallèlement, des sondages réalisés auprès de consommateurs américains indiquent que ceux-ci n’anticipent pas une crise profonde et prolongée avec des répercussions importantes et durables sur leur situation financière. La part des personnes interrogées qui s’attendent à une amélioration des conditions a grimpé à un niveau record de 43 %.

En Europe, les données sur l’emploi sont moins fréquentes, mais, dès lors que le système de sécurité sociale est plus favorable, l’impact immédiat sur la population active est sans doute moins important qu’aux États-Unis : le taux de chômage au sein de la zone euro a pointé à 7,4 % en mars. Les sondages sur le niveau de confiance sont au diapason de ceux réalisés aux États-Unis : les personnes interrogées dans le cadre de l’enquête allemande IFO ont affirmé qu’elles ne pensaient pas que la crise perdurerait. La Bundesbank a indiqué que, selon elle, le point bas serait atteint au deuxième trimestre, mais a souligné que les incertitudes demeuraient très élevées.

Sans les interventions décisives et efficaces des banques centrales afin d’empêcher une crise des liquidités, l’anarchie aurait sans doute été inévitable.

Mesures de relance

Sans les interventions décisives et efficaces des banques centrales afin d’empêcher une crise des liquidités, l’anarchie aurait sans doute été inévitable. La Réserve fédérale américaine a non seulement ramené les taux à un niveau proche de zéro, mais elle s’est aussi pour ainsi dire engagée à acheter un volume illimité d’obligations. Outre son programme d’achats d’actifs déjà en cours, la BCE a quant à elle alloué 750 milliards EUR à son programme d’achats d’urgence face à la pandémie et a mis en place différents outils afin de maintenir l’optimisme sur les marchés du crédit (plus d’informations sur les initiatives des centrales en réponse à la crise liée à la COVID-19). Au vu de la médiocrité des chiffres sur l’inflation, les marchés estiment que la BCE décidera, lors de sa réunion de juin, d’augmenter ses achats d’actifs d’urgence de 500 milliards EUR, portant ainsi les achats totaux tous programmes confondus cette année à 1.600 milliards EUR.

Les gouvernements s’engagent sur la même voie. Les États-Unis ont lancé des mesures de relance budgétaire de 3.000 milliards USD et semblent ne pas devoir s’arrêter là. Certaines figures de proue, telles que le président de la Fed, Jerome Powell, ont en effet affirmé qu’il fallait en faire davantage pour relancer l’économie. Le Congrès envisage actuellement la possibilité d’octroyer une prime aux citoyens qui retournent travailler.

Sur le Vieux Continent, des mesures budgétaires coordonnées face à la crise ont enfin vu le jour. La Commission européenne a proposé un plan de soutien d’une valeur de 750 milliards d’euros : 500 milliards seront distribués sous la forme de subventions aux États membres, tandis que les 250 milliards restants seront alloués en tant que prêts. Afin de financer ce plan, l’UE empruntera sur les marchés financiers, une décision qui est perçue comme un premier pas, aussi petit soit-il, vers l’émission d’une obligation commune, une question largement controversée.

Avec un tel soutien aux économies et aux marchés, les actifs risqués se sont redressés en mai, renouant avec des niveaux antérieurs à la pandémie. Nous sommes restés prudents vis-à-vis de cette escalade dictée par les sentiments, qui ne nous semble pas en phase avec la réalité actuelle. Les marchés actions semblent évoluer dans un avenir post-pandémie tout à fait prospère, alors que les risques présents sont toujours considérables.

Les marchés actions semblent évoluer dans un avenir post-pandémie tout à fait prospère, alors que les risques présents sont toujours considérables.

Il y a les risques épidémiologiques d’abord, et comportementaux ensuite. Nous ignorons en effet comment les consommateurs et les entreprises se comporteront après le confinement. Suivront-ils les mêmes schémas de dépenses ? Leurs investissements vont-ils stagner ? Engageront-ils à nouveau les employés qu’ils avaient licenciés ?

Ces questions focaliseront toutes les attentions le mois prochain, alors que nous tentons de définir la forme de la reprise. Les économistes attendent désormais impatiemment de nouvelles données (intensité du trafic, bouchons en heure de pointe, fréquentation des transports en commun, nombre de réservations dans les restaurants, affluence des piétons, etc.), alors que les chiffres sont bien souvent dépassés avant même d’avoir été publiés. Le mois prochain, les investisseurs devront également suivre de près l’évolution des relations sino-américaines, qui semblent à nouveau tourner au vinaigre. Après les remarques de Washington sur l’autonomie de Hong Kong, les risques de nouvelle riposte sont élevés, et nous pourrions assister à une certaine forme d’affrontement dans le secteur technologique. Fin mai, il a en effet été allégué que le Royaume-Uni cherchait à former une alliance de dix démocraties afin de regrouper des fournisseurs d’équipements et de technologies 5G pour éviter de dépendre de la Chine.

Avec autant d’éléments secondaires, des prévisions rares voire inexistantes de la part des entreprises lors de la saison de publication des résultats et des cours boursiers élevés (sur la base du ratio cours/bénéfices), nous maintenons pour l’heure notre positionnement neutre sur les actions, tout en nous protégeant de tout accès de volatilité à l’aide de positions sur l’or et les obligations d’État. Nous avons peut-être atteint le point bas de la crise actuelle, mais nous privilégions la prudence jusqu’à ce que ce « peut-être » se transforme en quelque chose de plus concret.