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17 novembre 2019

Quand l’aversion au risque compromet la réussite des investisseurs

En matière d’investissement, l’aversion au risque peut s’avérer utile, car elle protège les investisseurs des pires replis des marchés et leur permet d’éviter les placements peu judicieux. Il s’agit d’une réponse parfaitement rationnelle au constat sans appel que ceux qui ont travaillé dur pour gagner de l’argent ne souhaitent pas le perdre. Pourtant, elle les incite trop souvent à rester investis dans les mauvais actifs au mauvais moment, réduisant de fait leur richesse sur le long terme.

L’aversion au risque se manifeste de nombreuses manières. Tout d’abord, elle incite à détenir des liquidités, plutôt que d’investir dans des actions, voire des obligations. La dernière édition du BlackRock Investor Pulse, la plus grande enquête menée auprès des investisseurs dans le monde, révèle qu’à l’échelle mondiale les sondés n’investissent qu’environ 55 % de leur épargne sur le marché.

À une époque marquée par des taux d’intérêt extrêmement faibles et un rendement de l’épargne le plus souvent inférieur à l’inflation, cette propension à détenir des liquidités détruit une grande partie du patrimoine à long terme. Une somme de 30.000 € qui ne génère pas d’intérêts, verrait sa valeur réelle réduite à 20.200 € sur 20 ans, sur la base d’un taux d’inflation de 2 %.

À une époque marquée par des taux d’intérêt très faibles et un rendement de l’épargne le plus souvent inférieur à l’inflation, la propension à détenir des liquidités détruit une grande partie du patrimoine à long terme.

Préservation du capital

Le second problème lié à l’aversion au risque est qu’elle amène les investisseurs à privilégier la préservation du capital à court terme plutôt que la croissance à long terme. Depuis la crise financière mondiale, qui a vu les marchés boursiers céder environ 40 % de leur valeur, les investisseurs se méfient des investissements en actions et de la volatilité qui y est associée.

Ce contexte a favorisé le développement des fonds multi-actifs et d’autres véhicules d’investissement ayant pour objectif de réduire la volatilité tout en offrant un rendement supérieur à celui des liquidités. Instinctivement, une telle approche peut certes sembler sûre, mais elle pourrait induire, par exemple, une croissance du capital à long terme trop lente pour assurer une retraite confortable. Depuis 2008-2009, les marchés actions ont enregistré des rendements totaux impressionnants. Dans une optique de croissance du capital sur le long terme, il est essentiel d’investir et de conserver ses positions sur les marchés en évitant de céder à la panique.

Des arguments solides plaident même en faveur d’une plus grande prise de risque de la part des investisseurs sur les marchés boursiers. De nombreuses stratégies actions visent à minimiser le risque baissier et à offrir aux investisseurs la meilleure évolution possible.

Identifier les rares actions à croissance élevée

Cependant, les recherches de Hendrik Bessembinder, professeur à la W. P. Carey School of Business de l’université d’État d’Arizona, ont révélé que les rendements des marchés actions se concentrent sur une poignée d’entreprises à forte croissance. Si vous passez à côté, autant investir dans des obligations d’État ! Selon le professeur Bessembinder, sur une période de 90 ans, plus de 95 % des sociétés du marché américain n’ont généré aucune valeur pour les investisseurs.

Il affirme que les 35.000 milliards de dollars de valeur supplémentaire créée par les actions par rapport aux bons du Trésor entre 1926 et 2016 peuvent être attribués à seulement 1.092 entreprises, soit 4,3 % des presque 26.000 actions négociées sur les marchés. Plus de la moitié de ces 35.000 milliards de dollars ont été générés par 90 sociétés seulement, soit moins d’un tiers de pour cent des titres cotés.

Des conclusions difficiles à assimiler par les investisseurs. Elles signifient en effet que l’accroissement du patrimoine à long terme est conditionné à l’identification de ces sociétés à croissance élevée, bien qu’elles puissent s’avérer volatiles et sembler onéreuses. Ces résultats permettent également d’expliquer en partie pourquoi des portefeuilles peu diversifiés sous-performent les moyennes du marché.

Portefeuille diversifié

Le cours de l’action Amazon était considéré comme cher en 2000, lorsqu’il atteignait 80 $. Début juillet 2019, il culminait autour de 1.900 $, mais a depuis déjà été plus élevé. Les investisseurs doivent par conséquent mettre de côté leur aversion au risque afin d’exploiter au maximum les opportunités de gains des marchés boursiers.

Cet exemple illustre également l’avantage d’un portefeuille bien diversifié, qui accroît la probabilité de voir certains titres se démarquer par leurs performances exceptionnelles. Il convient également de conserver ces actions pendant une période suffisante pour se rendre compte de leur réelle valeur. Pour ce faire, les investisseurs ont la possibilité d’investir dans un fonds passif incluant un large éventail d’actions de l’indice, ou de sélectionner un gérant actif réputé pour sa capacité à dénicher les futurs gagnants.

Nous ressentons les pertes plus intensément que les gains.

Des mécanismes psychologiques profondément ancrés sous-tendent l’aversion au risque. Selon les spécialistes de l’économie comportementale, nous ressentons les pertes plus intensément que les gains. Les psychologues  Amos Tversky et Daniel Kahneman ont élaboré la théorie des perspectives fin des années 1970 afin de déterminer comment les individus effectuent un choix entre différentes possibilités, par exemple s’il faut privilégier un investissement qui promet des gains à long terme, avec un potentiel de pertes à court terme, ou plutôt la préservation du capital.

En quête de certitude

Leurs travaux ont révélé que les investisseurs ont tendance à apprécier la certitude : ils préfèrent les issues certaines et sous-pondèrent celles qui ne sont que probables.Une approche compréhensible dans le contexte des marchés. Si la hausse peut être élevée, elle est par nature incertaine. Les liquidités et placements obligataires peu risqués offrent une certitude. Les investisseurs récupèreront au moins leur apport, même si l’inflation réduit leur pouvoir d’achat.

Il convient également de noter que le risque associé au marché actions est inférieur à ce que l’on croit – tant que les investissements sont conservés sur le long terme. Une analyse récente du conseiller financier britannique Willis Owen a démontré qu’au cours des 33 dernières années, les investisseurs qui auraient placé leur argent en bourse pour 10 ans n’auraient subi des pertes qu’au cours de 6 périodes sur les 281 périodes possibles.

Stratégies de limitation des pertes

En règle générale, ces périodes ont été celles où les investisseurs ont acheté des actions lors de pics du marché, juste avant son effondrement, notamment le 31 janvier 1999 ou juste avant la crise financière de 2008-2009. En dehors de ces situations, ils ont enregistré un rendement moyen de 139 %.

Dans la plupart des cas, ces – très rares – pertes auraient pu être limitées en optant pour une stratégie d’investissement mensuel, au lieu de placer l’intégralité du capital disponible en une fois sur le marché actions. À titre d’exemple, la stratégie Dollar Cost Averaging permet à un investisseur de placer régulièrement la même somme dans un investissement donné.

L’aversion pour le risque peut aider les investisseurs, mais dans une mesure limitée. Une mauvaise compréhension du niveau de risque des marchés actions et la prédilection pour la préservation du capital à court terme au détriment de la création de valeur à long terme peut les pénaliser. D’après les données disponibles, la meilleure approche consiste à ne pas écouter son instinct en prenant davantage de risques et en maintenant le cap sur le long terme. Mieux encore, il faut comprendre que les risques génèrent des opportunités, tandis que la peur peut inciter à prendre de mauvaises décisions d’investissement.