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21 mai 2018

Que faut-il penser du robo-advising?

Êtes-vous prêts à laisser un robot vous conseiller en matière d’investissement, voire assurer à votre place la gestion de votre portefeuille en ligne? Après une phase de scepticisme, ces robo-advisors ont débarqué au Luxembourg, y compris auprès d’enseignes réputées de la Place. Analysons plus en détails ces «banquiers» d’un nouveau genre dont le succès est encore à construire.

Si l’avènement d’Internet a permis la démocratisation de l’investissement boursier, une réalité demeure: la majorité des boursicoteurs en ligne maîtrisent mal les notions nécessaires à une allocation judicieuse de leurs capitaux. Sans être forcément plus expert, l’investisseur plus aisé peut lui compter sur le regard expert de son banquier pour l’aider à réaliser cette allocation pertinente en fonction de sa situation et de son profil d’investisseur.

L’avènement des robo-advisors semble combler cette inégalité et constituer une nouvelle étape dans la démocratisation de l’accès à l’investissement financier, que ce soit via un contrat conseil ou de la gestion discrétionnaire. Mais peut-on vraiment faire confiance à ces algorithmes pour bien gérer vos portefeuilles? La question est mal posée. Sur base de leurs forces et faiblesses, mieux vaut étudier dans quels cas ils répondent à vos besoins.

C’est quoi le robo-advising?

En simplifiant, il s’agit d’un «conseiller en gestion patrimoniale» automatisé. Sur base d’une analyse préalable de vos données personnelles et de votre profil d’investisseur, ce sont des algorithmes qui fournissent des conseils sur des achats ou des ventes à réaliser, voire réalisent ces ventes et achats pour votre compte.

La grosse différence avec la gestion patrimoniale traditionnelle est donc que le robot agit exclusivement sur base de cette analyse préalable et pas au gré des circonstances ou des émotions. L’intervention humaine est limitée, voire supprimée pour tous les processus sans réelle valeur ajoutée pour l’investisseur. Signalons encore que ces solutions sont généralement proposées sur des plateformes digitales à la fois ergonomiques et interactives, proposant du contenu ludoéducatif aux investisseurs afin de générer un engagement accru de leur part.

Comment ça marche?

Les modes opératoires peuvent sensiblement évoluer d’une solution à l’autre, notamment en fonction du degré d’intervention humaine conservé dans le processus. Disons que votre premier contact avec votre robo-advisor porte en principe sur un questionnaire de longueur variable que l’interface vous demande de remplir. Cela vise à déterminer votre profil d’investisseur, c’est-à-dire vos objectifs d’investissement (y compris votre tolérance au risque), votre situation financière, ainsi que votre expérience et connaissance en matière d’investissements. Une fois ce profil établi, votre robo-advisor génère en principe une allocation d’actifs automatique.

Le processus de sélection des titres vise le plus souvent une diversification permettant d’obtenir un portefeuille efficient, la plupart du temps constitué de fonds indiciels qui répliquent la performance d’indices boursiers.

Le processus de sélection des titres vise le plus souvent une diversification permettant d’obtenir un portefeuille efficient, la plupart du temps constitué de fonds indiciels dit «Exchange Traded Funds» qui répliquent la performance d’indices boursiers. Parfois, selon vos centres d’intérêts à sélectionner parmi une liste prédéfinie, l’algorithme teinte son allocation avec une toute petite portion de titres en rapport avec ce centre d’intérêt.

S’appuyant sur l’utilisation de la gestion passive, le robo-advising s’accompagne donc d’une petite révolution en termes de mentalité d’investissement. En effet, la majorité des conseillers financiers optent encore aujourd’hui sur la gestion active, c’est-à-dire au choix par les experts de la banque de titres à acheter ou à vendre pour surperformer les indices. A l’inverse, la gestion passive s’appuie sur l’idée que le marché est efficient et qu’il suffit de le suivre pour atteindre le meilleur rendement possible à long terme.

Les avantages

Le premier avantage pour l’investisseur est évidemment celui du faible coût qui rend l’investissement plus efficace. En effet, l’approche en gestion passive signifie la possibilité d’automatiser certaines tâches et de faire baisser par conséquent les frais de fonctionnement. Cet argument du coût est encore plus fort en période de taux bas et de rendement limité!

Qui dit coût plus faible dit également accessibilité accrue à l’investissement. Ainsi, il est possible d’investir sur ces plateformes à partir de quelques centaines d’euros, voire moins.

Et qui dit coût plus faible dit également accessibilité accrue à l’investissement. Ainsi, il est possible d’investir sur ces plateformes à partir de quelques centaines d’euros, voire moins. Le robo-advising se caractérise également par une nouvelle approche de la relation client qui transforme sensiblement votre expérience en matière d’investissement:

  • une accessibilité accrue du service en ligne, potentiellement 24h/24 et peu importe où vous vous trouvez à condition d’avoir un accès à Internet;
  • une rapidité d’exécution et une réactivité accrue grâce à l’automatisation de tous les processus à faible valeur ajoutée pour l’investisseur;
  • l’absence d’émotion. Pouvant être à la fois vu comme un avantage ou un inconvénient, ce point signifie que le robo-advisor suit la stratégie fixée sans se poser de question et reste cohérent avec les informations fournies et les règles de l’algorithme.

Les inconvénients

L’absence de conseiller humain constitue encore un frein pour de nombreux investisseurs. Plus globalement, l’absence d’émotion évoquée est perçue comme un risque par certains experts qui s’interrogent sur la manière dont réagiront ces robo-advisors face aux fluctuations soudaines des marchés, surtout à la baisse. Fluctuations qui résultent le plus souvent de comportements totalement irrationnels alors que l’algorithme se base sur des règles rationnelles prédéfinies.

Pour certains, un deuxième inconvénient porte sur le mode de gestion passif. De nombreux experts estiment que la gestion active permet d’atteindre des rendements bien supérieurs à la gestion passive. S’ils ont raison, il y a une perte d’opportunité réelle en optant pour le robo-advising… pour ceux qui ont les moyens de choisir entre les deux.

La question règlementaire doit également interpeller l’investisseur. Ces solutions sont nouvelles et posent des questions, notamment sur la gestion des données privées lorsqu’elles ne sont pas hébergées dans l’établissement bancaire lui-même. Le risque de fraude mérite également d’être évoqué. Est-il plus élevé sur ce type de solutions? Comment l’algorithme est-il protégé des intrusions externes? Il n’y a pas lieu de douter de l’efficacité des protections mises en place, mais il est prématuré pour mesurer le risque.

Il faut avoir conscience que le robo-advising utilise une approche de portefeuille modèle. Concrètement, cela signifie que l’épargne de chacun peut être investie de manière identique à chaque profil de risque.

Enfin, il faut avoir conscience que le robo-advising utilise une approche de portefeuille modèle. Concrètement, cela signifie que l’épargne de chacun peut être investie de manière identique à chaque profil de risque. Au placard vos préférences et aspirations, le robo-advising n’est plus à proprement parler un service, mais c’est plutôt une approche produit… à prendre ou à laisser.

Conclusion

Les robo-advisors présentent des atouts indéniables grâce à la technologie très performante qui les sous-tend, mais ils ne remplacent pas l’échange régulier avec votre banquier, notamment capable de gérer la dimension émotionnelle liée à vos préférences et de proposer un modèle de gestion active sur mesure. Le robo-advising permet de rendre l’investissement plus accessible à un nombre croissant d’investisseurs et rend possible une construction rapide et efficace d’un portefeuille stratégique. Ce faisant, il offre au banquier la possibilité de consacrer davantage de temps à ce qui compte vraiment: sa relation avec son client.