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8 août 2020

Quel contrôle maintenir sur vos investissements ?

Grâce au dynamisme affiché par les marchés ces dernières années, investir peut s’apparenter à un jeu d’enfant : un simple tracker sur le S&P 500 suffit pour dégager des rendements élevés. Fait surprenant, les marchés actions et obligataires ont simultanément réalisé un beau parcours. Difficile dès lors de perdre de l’argent, quel que soit l’investissement. Alors pourquoi payer un expert pour s’occuper de vos placements ? La crise actuelle nous donne la réponse avec brutalité !

Si on ne tient pas compte des trois derniers mois, conserver seul le contrôle sur ses investissements pouvait sembler intéressant. En théorie, vous pouviez économiser les honoraires d’un courtier ou d’un gérant de fonds actif (après tout, une économie supplémentaire de 1 % peut représenter une somme conséquente à terme), tout en vous assurant de placer votre argent conformément à vos souhaits. Les informations sont facilement accessibles et Internet regorge de conseils gratuits.

Avant de décider de vous la jouer solo, posez-vous toujours un certain nombre de questions afin de déterminer l’ampleur du contrôle que vous êtes réellement capable d’exercer sur vos investissements.

Quelles sont vos connaissances ?

À première vue, il n’y a rien de plus simple qu’investir : il faut trouver un placement, le conserver sur le long terme, récolter les dividendes et observer sa croissance. Si cela se vérifie lors des périodes fastes, le processus peut parfois se compliquer.

Par exemple, la hausse du S&P 500 en 2019 est largement imputable à un nombre très restreint de sociétés technologiques très performantes. Or celles-ci sont actuellement confrontées à un risque réglementaire accru ainsi qu’à des critiques concernant leur utilisation des données. Si le vent tourne, les investisseurs exposés uniquement ou principalement à cette frange limitée du marché pourraient faire face à une volatilité élevée.

Dans ce contexte, il convient de vous demander dans quelle mesure vous comprenez les facteurs techniques de l’investissement – des concepts tels que « flux de trésorerie », « corrélation » et « diversification ». Par ailleurs, parvenez-vous à identifier les risques auxquels votre portefeuille est exposé ainsi que ses biais ? Les plateformes d’investissement offrent généralement des outils à cette fin, qui permettent d’analyser les pondérations régionales et sectorielles d’un portefeuille. Le danger pour de nombreux investisseurs particuliers est de se contenter de prendre des positions excessivement importantes sur la base de leurs réussites passées ou de la performance historique d’actifs donnés. Selon Benjamin Graham, le « père de l’investissement de rendement », la principale difficulté réside dans le fait que nous sommes notre pire ennemi. Nous achetons quand les cours sont élevés et vendons lorsqu’ils sont au plus bas. Nous adoptons la pire approche possible au pire moment dans la certitude que nous avons raison alors que nous nous trompons très probablement sur toute la ligne.

Investir, ce n’est pas seulement définir une allocation de portefeuille et s’y tenir. Vous devrez régulièrement passer votre portefeuille en revue et le rééquilibrer.

Combien de temps pouvez-vous y consacrer ?

Investir, ce n’est pas seulement définir une allocation de portefeuille et s’y tenir. Vous devrez régulièrement passer votre portefeuille en revue et le rééquilibrer. Dans le cas contraire, il pourrait se déséquilibrer et devenir vulnérable aux risques.

Si vous dirigez par ailleurs une entreprise ou exercez un métier stressant, demandez-vous si vous aurez réellement du temps à consacrer à ces recherches. Pourrez-vous suivre les mouvements du marché ? Serez-vous en mesure de vous adapter aux changements de l’environnement d’investissement ? Pourrez-vous, dans le même temps, ajuster votre portefeuille à l’évolution de vos propres besoins ? Vos priorités en termes d’investissement sont susceptibles de changer lorsque vous commencez un nouvel emploi ou si vous avez des enfants ou des petits-enfants.

Toutes ces interrogations soulèvent la question corollaire de savoir si vous appréciez le processus d’investissement. Si vous êtes réellement passionné par les revirements des marchés et adorez vous plonger dans les moindres détails de l’investissement, la gestion de votre portefeuille vous semblera moins rébarbative. En revanche, si cette tâche vous ennuie ou ne vous inspire tout simplement pas, débourser un peu plus d’argent pour engager quelqu’un qui s’en charge pour vous peut s’avérer judicieux.

Quelle est votre personnalité d’investisseur ?

Les investisseurs commettent des erreurs. D’une part, ils ont tendance à se laisser guider par leurs émotions. La société de consultance américaine Dalbar a découvert que les investisseurs ne parviennent généralement pas à répliquer la performance du marché dans son ensemble car ils achètent et vendent au mauvais moment. Une étude récente a démontré que les pertes de l’investisseur moyen en fonds actions sont deux fois plus importantes que celles du S&P en 2018. Les investisseurs ont tendance à vendre lors d’accès de faiblesse des marchés, convaincus que ces derniers ne se redresseront pas, et à relever leur exposition en période faste, pensant que la hausse se poursuivra indéfiniment. Ce sont ces instincts qui induisent un comportement grégaire.

Parallèlement, notre situation spécifique est susceptible de biaiser notre jugement en matière de placements. Les entrepreneurs sont par exemple plus disposés à prendre des risques, ce qui leur permet de réussir dans leur métier, mais n’en fait toutefois pas nécessairement de bons investisseurs. Les particuliers davantage attachés aux détails peuvent avoir tendance à modifier sans cesse leur portefeuille, payant dès lors des frais de transaction supplémentaires pour ne dégager que des gains très faibles.

Nous avons tous notre propre personnalité d’investissement, dont il convient de tenir compte au lieu de prétendre qu’elle n’existe pas.

L’ampleur du contrôle que vous exercez sur votre portefeuille dépendra de ces caractéristiques et de votre capacité à les identifier et à les gérer efficacement. Nous avons tous notre propre personnalité d’investissement, dont il convient de tenir compte au lieu de prétendre qu’elle n’existe pas. Par ailleurs, les investisseurs ne devraient jamais oublier que la confiance augmente plus rapidement que les capacités.

Où souhaitez-vous investir ?

Si vous voulez contrôler davantage votre portefeuille, vous devrez savoir quel type d’investisseur vous êtes. Préférez-vous un portefeuille actif ou passif ? Souhaitez-vous privilégier certains secteurs ou thèmes, que vous comprenez bien ou qui vous intéressent particulièrement ? Cherchez-vous des sociétés de croissance ou plutôt des joyaux délaissés ?

Les investisseurs se doivent de comprendre le principe d’« illusion du contrôle ». Par exemple, nombreux sont ceux qui s’obstinent à appuyer sur le bouton d’appel d’un ascenseur, alors que la lumière indique clairement que cela a déjà été fait, en sachant que cette action n’aura aucun effet. Nous disposons d’une quantité incalculable d’informations à notre disposition, dont la majorité est inutile. Les médias voudront toutefois vous faire croire que chacune de ces informations est capitale pour votre portefeuille. Il convient dès lors d’être en mesure d’identifier celles sur lesquelles vous devez vous concentrer. Oubliez le bruit environnant. Focalisez-vous sur les éléments qui sont réellement sous votre contrôle, à savoir essentiellement votre horizon d’investissement et l’impact que peuvent avoir des informations pertinentes sur votre portefeuille.

Des responsabilités partagées.

Si les exigences de gestion de votre portefeuille se traduisent par des frais trop élevés, il existe des solutions hybrides. Vous pouvez par exemple faire appel à un gestionnaire d’investissement, qui supervisera l’essentiel de votre portefeuille, notamment s’il s’agit pour vous d’une source de revenus, tout en conservant une marge de manœuvre pour investir comme vous l’entendez. Ainsi, d’éventuels revers ne risqueront pas de compromettre votre style de vie actuel ou vos ambitions futures.

Même si vous décidez de confier les décisions quotidiennes à un tiers, cela ne revient pas à céder l’intégralité du contrôle sur vos investissements. Vous devrez lui demander des comptes et vous assurer qu’il gère votre patrimoine conformément à vos objectifs financiers et aux paramètres convenus au début de votre relation.

Si vous avez clairement indiqué que vous visez des rendements à long terme réguliers, votre gestionnaire d’investissement ne devrait pas allouer de fonds à des placements hautement spéculatifs, ou seulement de manière limitée. Le secteur de la gestion d’investissement est certes soumis à des règles très strictes, mais il convient de toujours garder un œil sur ce qui se passe dans votre portefeuille.

En fin de compte, un gérant professionnel devrait disposer d’un éventail de ressources plus large et d’une meilleure expertise que vous pour gérer vos investissements conformément à vos priorités financières à long terme. En ce sens, un gestionnaire ou conseiller de portefeuille peut avoir une fonction de coach. Bien que des exercices soient disponibles gratuitement sur Internet, un coach vous aidera à trouver inspiration et enthousiasme ainsi qu’à être attentif aux détails les plus importants. Prendre le contrôle peut sembler tentant, mais à moins d’avoir beaucoup de temps, une expérience considérable et un enthousiasme à toute épreuve, confier la gestion de votre portefeuille à un expert vous permettra très probablement d’obtenir de meilleurs résultats.

Il convient de vous demander dans quelle mesure vous comprenez les facteurs techniques de l’investissement – des concepts tels que « flux de trésorerie », « corrélation » et « diversification ». Par ailleurs, parvenez-vous à identifier les risques auxquels votre portefeuille est exposé ainsi que ses biais ?