Aller vers l’investissement responsable?
Et si votre stratégie d’investissement, au-delà de la quête légitime de rendement, s’élaborait aussi en fonction de l’impact environnemental ou sociétal des actifs envisagés? C’est en tout cas ce qui guide les investisseurs responsables qui sont de plus en plus nombreux. Découvrez avec myLIFE les rudiments de ce qui les caractérise.
Qu’est-ce qu’un investisseur responsable?
Un investisseur responsable est une personne qui a consciemment décidé d’intégrer des critères de durabilité et de responsabilité à sa stratégie d’investissement. Certes, ces considérations «responsables» sont aujourd’hui systématiquement intégrées dans l’établissement d’un profil d’investisseur, mais nous parlons ici d’une démarche qui est propre à l’investisseur lui-même.
La crise climatique, les bouleversements sociaux, ou bien un phénomène sanitaire comme la pandémie de Covid-19 ont fait naître et grossir les rangs de cette génération d’investisseurs. D’ailleurs, s’il est souvent incarné par des individus nés au carrefour du troisième millénaire, l’investissement responsable n’est pas l’apanage de la jeunesse. Quel que soit leur âge, tous ces investisseurs ont en commun de vouloir donner du sens et de l’impact à leur investissement.
Quel que soit leur âge, tous les investisseurs responsables ont en commun de vouloir donner du sens et de l’impact à leur investissement.
Nul besoin de vous faire un dessin, l’industrie pétrolière, du tabac ou la fabrication d’armes par exemple, ne sont pas les options retenues par cet investisseur. Au contraire, ce sont plutôt les investissements visant à favoriser l’éducation dans les pays en développement, les entreprises engagées dans la production d’énergie non-fossile, visant la neutralité carbone, ou bien encore favorisant les circuits courts qui auront tendance à attirer son attention.
Au-delà des thématiques, ce sont aussi des véhicules financiers spécifiques qui sont plus particulièrement retenus dans leur portefeuille.
Risque et rentabilité
En plus de la rentabilité de tel ou tel investissement, l’investisseur responsable se préoccupe donc en partie aussi de son impact environnemental ou sociétal. Nous disons «en plus» de la rentabilité, car l’investisseur responsable reste un investisseur. Il estime que durabilité et responsabilité environnementale et/ ou sociale ne s’oppose pas à rentabilité, bien au contraire.
D’ailleurs, si le rendement demeure un critère central, le risque l’est tout autant. Responsables ou pas, tous les investissements comportent des risques et il est essentiel de bien se renseigner avant de se décider.
Responsables ou pas, tous les investissements comportent des risques et il est essentiel de bien se renseigner avant de se décider.
Dès lors, à l’établissement d’un profil d’investisseur responsable, après avoir détaillé ses objectifs et son ratio «durabilité/risque/rendement», notre investisseur responsable devra donc opter pour des véhicules financiers qui s’accommodent au mieux de ce grand écart à 3 jambes.
Les produits responsables
Preuve en est de sa démocratisation auprès des investisseurs, on trouve aujourd’hui tous les actifs financiers que vous connaissez déjà, dans leur version responsables, c’est-à-dire intégrant des considérations environnementales, sociétales ou de gouvernance: les assurances-vie, les obligations, les fonds d’investissements, les produits d’épargne, les actions etc.
Quel que soit le produit en question, celui-ci intègre alors des critères extra-financiers qui le définissent comme plus ou moins responsable. Or, s’il parait envisageable d’évaluer objectivement des performances financières, à la rigueur des quotas énergétiques ou chimiques, certains critères sociétaux ou politiques, semblent plus difficiles à quantifier ou tout simplement à évaluer par leur caractère non numéraire. Les implications en termes de transparence sont donc nombreuses lorsque l’on parle de finance responsable.
50 nuances de «vert»
Certains acteurs peu scrupuleux n’hésitent pas à se présenter, ou à présenter leurs produits financiers, d’une manière bien plus responsable/ «vert» que ce qu’ils sont vraiment. C’est ce que l’on nomme le greenwashing.
Ne soyons pas caricaturaux, il est parfois bien plus difficile qu’il n’y parait de distinguer le vrai du faux en la matière. Comme toujours, les choses ne sont pas toutes noires ou toutes blanches… il y a du vert clair et du vert foncé. Mais alors comment discerner entre illusion et réalité? Comment vérifier que l’argent investi serve bien la cause qu’elle prétend servir? Comment faire confiance aux produits financiers en question? Certaines politiques, certains critères et labels permettent d’y voir un peu plus clair.
Que dit la loi?
Afin de pouvoir discerner le vrai du faux en matière de durabilité, l’investisseur responsable peut compter sur le travail du législateur européen. En effet, depuis 2019 et l’adoption du Green Deal, un ensemble de régulations tendent à harmoniser les bonnes pratiques en la matière et à en exclure les mauvaises. Trois d’entre elles sont capitales, nous vous les présentons.
La CSRD, ou Corporate Sustainability Reporting Directive fixe des normes et des obligations de reporting extrafinancier aux grandes entreprises. En d’autres termes, elle impose au sociétés certaines harmonisations dans la présentation de ces mesures, afin de déterminer si ces dernières sont réelles, effectives ou non. D’abord destinée aux grandes entreprises cotées en bourses, ou disposant, en moyenne, de plus de 1.000 collaborateurs et présentant un chiffre d’affaires net excédant les 450 millions d’euros, cette régulation s’étendra progressivement aux entreprises non-européennes ayant des activités significatives en Europe et disposant de filiales ou de succursales en Europe qui répondent aux seuils définis.
La CSDDD, ou CS3D pour Corporate Sustainability Due Diligence Directive impose aux grandes entreprises de surveiller leur impact négatif sur des thématiques sociétales et environnementales telles que l’exploitation des enfants ou bien la déforestation pour ne citer qu’elles. On parle ici aussi d’un devoir de vigilance. Toutes les entreprises européennes de plus de 5.000 salariés et ayant un chiffre d’affaires net mondial de plus de 1,5 milliard d’euros sont concernées. Plus tard, ce sont les entreprises hors UE qui pourraient également être concernées par la CS3D.
La SFDR ou Sustainable Finance Disclosure Regulation impose à tous les prestataires de services d’investissement, et aux gestionnaires d’actifs de l’UE, la divulgation hiérarchisée des informations relatives à la durabilité de leurs produits d’investissement. La transparence totale est de mise, puisque les incidences négatives, les obstacles à la durabilité de ces produits financiers, ainsi que leurs politiques de rémunération incluant les risques, sont exposés dans des bulletins publiées chaque année.
Une des particularités de cette dernière règlementation réside dans la distinction faite entre deux types de produits financiers, dits article 8 et article 9. Ces deux derniers correspondent à une hiérarchisation de leur contribution à la durabilité. En résumé: tous les fonds sont obligés, par l’article 6 de SFDR, de prendre en compte des risques de durabilité. Les fonds «article 8» vont encore plus loin, en cherchant à mettre en avant les caractéristiques Environnementales et/ou Sociales de leur stratégie d’investissement. Ils bénéficient d’un peu plus de flexibilité quant à la part d’investissements dits «ESG» qu’ils effectuent, tandis que les fonds «article 9» ont quant à eux des objectifs de durabilité clairement affichés et sont plus strictement régis par des critères ESG imposés également par le régulateur. Attention, ces classifications seront probablement amenées à évoluer. Renseignez-vous.
Si vous souhaitez aller plus loin sur les règlementations de la finance durable, nous vous recommandons de visiter régulièrement la page de Luxembourg Sustainable Finance Initiative sur le sujet.
Un langage responsable
Lorsque l’on s’intéresse à la finance durable, tout un tas de mots, d’expressions et d’acronymes étranges se présentent à nos yeux. Nous ne dresserons pas la liste exhaustive ici, mais nous allons vous présenter quatre d’entre eux, que vous croiserez fréquemment.
La politique RSE (Responsabilité Sociale et Environnementale) désigne la prise en compte et l’intégration volontaire du développement durable et des enjeux sociétaux par une entreprise. Elle définit des actions mais ne présente pas d’éléments de mesure.
Les critères ESG (Environnementaux, Sociétaux et de Gouvernance), ce sont eux qui évaluent la prise en compte des enjeux de développement durable d’une stratégie. C’est un cadre d’évaluation externe incluant des éléments de mesure.
Le label ESR (Entreprise Socialement responsable) permet d’évaluer de manière concrète et objective une entreprise précédemment certifiée ESG et qui a atteint ou mis en place les moyens pour atteindre des objectifs précise sur le sujet.
Le label ISR (Investissement Socialement Responsable) qualifie certains produits financiers qui intègrent à leur gestion des enjeux ESG. Bien qu’il soit d’origine française, on retrouve ce label dans les produits financiers présents au Grand-Duché.
Très tôt, le Luxembourg a souhaité se positionner comme une place financière engagée sur le terrain de l’investissement durable et s’est distingué par différentes initiatives importantes.
Et au Luxembourg?
Très tôt, le Luxembourg a souhaité se positionner comme une place financière engagée sur le terrain de l’investissement durable et s’est distingué par différentes initiatives importantes.
Depuis 2016, la Bourse de Luxembourg propose des obligations vertes, sociales ou durables, et fait figure aujourd’hui de leader mondial du marché en la matière. Nommée Luxembourg Green Exchange, cette plateforme dédiée aux actifs financiers durables s’inscrit dans une stratégie gouvernementale. Parmi cette dernière, on retrouve également le think tank Climate Finance Task force. Ce regroupement d’acteurs publics et privés, a été initialement constitué en soutien au plan d’action mondial élaboré lors de l’accord de Paris. Il a été rejoint en 2017 par le Climate Finance Accelerator, une organisation qui soutient les gestionnaires de fonds d’investissements qui sont désireux de s’impliquer dans la lutte contre le changement climatique.
LuxFlag, l’agence luxembourgeoise de labellisation a lancé le Climate Finance Label en 2016, ainsi que le Green Bond Label en 2017. L’objectif étant bien entendu d’améliorer la transparence des investissements climatiques verts et de renforcer la confiance des investisseurs.
Enfin, citons le projet collaboratif initié par le gouvernement et la Banque Européenne d’Investissement, dont les levées de fonds ont permis de réunir 30 millions d’euros en faveur de projets climatiques.
Depuis 2016, la Bourse de Luxembourg propose des obligations vertes, sociales ou durables, et fait figure aujourd’hui de leader mondial du marché en la matière.
Vert à court terme
Lorsqu’il est question d’investissements, on se réfère généralement aux marchés financiers et on insiste généralement sur l’importance d’adopter une approche de long terme. Mais nous aimerions terminer cet article sur les investissements responsables que l’on peut faire au quotidien, au travers de la consommation de bien courants. En effet, acheter un pantalon de telle marque, des oranges de telle origine ou bien avoir recours à des services spécifiques, c’est également investir son argent!
Qu’on adopte ou non l’investissement responsable au regard des enjeux qui l’ont fait naître, il est important d’étudier sérieusement cette approche, voire de l’envisager comme une réelle philosophie d’investissement qui ne contredit pas la perspective de rendement, pas plus qu’elle ne dédouane de la vigilance face au risque de perte en capital.
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