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15 octobre 2018

Placements alternatifs, une parade contre la volatilité financière?

Après avoir joui de conditions économiques et monétaires relativement favorables depuis la crise financière mondiale – ce qui a profité aux investissements en actions américaines et, dans une moindre mesure, en obligations internationales – les investisseurs doivent désormais composer avec le retour à un environnement plus «normal». Dans ce contexte, les placements alternatifs peuvent-ils les aider à contrer le regain de volatilité sur les marchés financiers?

Il y a une décennie, les banques centrales à travers le monde ont orchestré une baisse spectaculaire des taux d’intérêt et procédé à un assouplissement quantitatif pour sortir l’économie mondiale du gouffre. Cette dernière a renoué avec l’expansion et les banques centrales reviennent progressivement à des politiques monétaires plus traditionnelles. La Réserve fédérale américaine relève graduellement ses taux d’intérêt depuis décembre 2015 tandis que d’autres banques centrales, notamment au Royaume-Uni et dans l’Union européenne, réduisent l’ampleur de leur assouplissement quantitatif.

Hantés pendant des années par la menace d’une déflation à la japonaise, les investisseurs et les opérateurs doivent à nouveau tenir compte de l’impact potentiel de l’inflation. Alors que de nombreux actifs traditionnels sont moins abordables que ces dernières années, les investisseurs pourraient envisager d’incorporer certains placements alternatifs à leur portefeuille afin d’atténuer le risque de perte en cas de baisse et de couvrir leurs rendements contre l’inflation sur le long terme.

Rendement absolu

Les fonds de rendement absolu se sont mis en évidence au début des années 2000. Ils promettaient alors un rendement positif plutôt que de se limiter à tenter de surperformer leurs concurrents dans une classe d’actifs donnée (possiblement orientée à la baisse dans son ensemble). Néanmoins, ils n’ont pas toujours tenu leurs promesses et leur définition est vague, englobant souvent une gamme de stratégies d’investissement hétéroclites.

Certains fonds visent un rendement absolu positif tous les ans, d’autres sur une période glissante de trois ans, par exemple.

Ils peuvent investir dans les actions, les obligations ou d’autres placements tels que les devises. Quelques-unes des stratégies les plus performantes combinent différentes classes d’actifs et ont recours à des techniques davantage associées aux hedge funds comme la vente à découvert. Certains fonds visent un rendement absolu positif tous les ans, d’autres sur une période glissante pouvant aller jusqu’à trois ans.

Les turbulences sur les marchés ont mis en évidence des écarts de performance significatifs. Si certains fonds ont généré comme promis des rendements stables année après année, d’autres ont enregistré des performances étonnamment conformes à celles des marchés actions, privant ainsi les investisseurs de la diversification ou de la constance que le concept de rendement absolu impliquait. Les meilleurs fonds présentent une faible volatilité et des pertes de valeur relativement modestes mais tous les produits du secteur n’y sont pas parvenus.

Dans un contexte marqué par le retour de la volatilité sur les marchés financiers, les fonds de rendement absolu peuvent jouer un rôle de stabilisateur dans un portefeuille, mais les investisseurs doivent s’assurer que le fonds choisi présente véritablement les caractéristiques permettant de répondre à leurs exigences et comprendre que la performance passée ne peut pas être rééditée dans un contexte de marché différent à l’avenir.

Produits de luxe et objets de collection

Parfois, lorsque les marchés financiers semblent plus risqués, les biens tangibles ont un certain attrait, en particulier le vin haut de gamme, les objets d’art ou les bijoux. Tous ces biens ont un côté rassurant du fait de leur valeur lorsque les perspectives économiques mondiales sont incertaines. Ce type de placements appelle cependant une réserve: les grands crus sont souvent achetés par des individus fortunés. Or tout ce qui affecte leur patrimoine peut bouleverser le rapport entre l’offre et la demande, et donc affecter les prix et la liquidité. En ce sens, les produits de luxe et les objets de collection sont eux-mêmes corrélés à l’état de santé de l’économie dans son ensemble. En outre, leur évaluation est parfois un processus extrêmement subjectif dans des secteurs où les actifs n’ont pas de prix objectivement mesurable.

Le négociant en vins Berry Brothers & Rudd estime que la crise financière mondiale et la récession qui en a résulté ont pesé sur les prix des grands crus à la fin 2008, mais le marché avait déjà digéré la crise en 2010. Selon lui, les investisseurs feraient bien d’envisager le vin comme un placement à huit ou dix ans, même si la «maturité financière» du vin reflétera sa durée de vieillissement avant dégustation, qui peut aller jusqu’à une vingtaine d’années.

Un dernier point essentiel au sujet du vin: même si cet investissement n’est pas fructueux, il est toujours possible de le déguster.

Pour les meilleurs vins au monde, l’offre est limitée même si elle varie d’un millésime à l’autre. De plus, la demande émane généralement d’une élite internationale, incluant depuis peu les investisseurs chinois, qui ont développé une appétence pour les grands crus bordelais. Un dernier point essentiel au sujet du vin: même si cet investissement n’est pas fructueux, il est toujours possible de le déguster.

Le marché international de l’art suit également son propre tempo et de nombreux investisseurs fortunés achètent des œuvres d’art pour les exposer plutôt que pour en tirer un profit. Repérer le prochain Damien Hirst avant même sa sortie de l’école des beaux-arts est une idée séduisante, même si les collectionneurs en herbe seront aux prises avec des marchands d’art et des investisseurs expérimentés. Les investisseurs auront plus de chances de parvenir à leurs fins s’ils travaillent avec un marchand d’art ayant fait ses preuves.

Métaux précieux

Les investisseurs sont enclins à acheter de l’or pour se couvrir contre certains risques, notamment le risque d’inflation et le risque de dépréciation monétaire, car il s’agit d’une valeur refuge lorsque l’économie mondiale est en difficulté, ou pour sa valeur intrinsèque en tant que bijou. L’or s’est avéré un piètre investissement lorsque les marchés actions ont eu le vent en poupe mais, dernièrement, il a retrouvé les faveurs des investisseurs. En effet, ces derniers s’inquiètent de l’évolution des marchés actions et obligataires et anticipent un regain d’inflation. Ce retour en grâce peut néanmoins tourner court si la hausse des rendements rend les obligations plus attrayantes aux yeux des épargnants à l’avenir. Enfin, l’émergence des cryptomonnaies, qui séduisent des jeunes générations d’investisseurs, est susceptible de changer la donne, y compris de miner l’attrait de l’or d’une manière qu’il n’est pas encore possible de prévoir mais qui pourrait intervenir rapidement.

Néanmoins, les investisseurs en or sont en bonne compagnie. Les gouvernements de Chine et de Russie ont acheté de l’or en grande quantité ces dernières années: la Banque populaire de Chine a augmenté ses réserves de plus de 1.447 tonnes depuis le début de l’an 2000 tandis que le gouvernement russe en a ajouté 1.406, en partie pour se couvrir contre les fluctuations du dollar américain dans la mesure où les cours de l’or ont tendance historiquement à augmenter lorsque le dollar se déprécie. Voilà qui a de quoi faire réfléchir la Chine, le principal investisseur au monde en bons du Trésor américain.

Matières premières et agriculture

Les matières premières ont régulièrement servi de bouclier contre l’inflation dans la mesure où la demande augmente lorsque l’économie mondiale est en expansion, ce qui fait grimper les cours. Cette corrélation pourrait être en train de s’estomper quelque peu: au XXIe siècle, l’expansion économique ne crée pas nécessairement autant de demande pour les matières premières qu’il y a 20 ans.

Ces dernières années, les matières premières ont connu une mauvaise passe après une longue période d’expansion (…) mais les cours se sont stabilisés dernièrement et pourraient même augmenter à l’avenir.

Ces dernières années, les matières premières ont connu une mauvaise passe après une longue période d’expansion lors du boom des infrastructures en Chine mais les cours se sont stabilisés dernièrement et pourraient même augmenter à l’avenir. Pour investir dans les matières premières, il n’est plus nécessaire d’effectuer des transactions à titre individuel sur des contrats futures sur le soja, par exemple, et ce depuis la création des fonds indiciels cotés (ETF), un placement liquide qui permet d’accéder aisément à un large éventail de matières premières. Une autre approche consiste à opter pour des fonds spécialisés à gestion active qui investissent dans les actions de sociétés du secteur des matières premières.

Ces dernières années, les matières premières agricoles ont suscité un intérêt plus large. Il faut dire que ce secteur est exposé à l’essor de la classe moyenne dans les pays émergents. Avec la hausse du niveau de vie, les individus ont tendance à consommer davantage de viande, ce qui requiert davantage de céréales, créant ainsi un cercle vertueux pour les entreprises agricoles.

Par ailleurs, un certain nombre de menaces pèsent sur la sécurité alimentaire mondiale, dont le changement climatique et l’agitation politique, qui ont un impact sur les prix des produits alimentaires. Selon les estimations de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production agricole devra augmenter de 70% d’ici 2050 pour nourrir les 9 milliards d’habitants que la planète comptera alors. Cependant, certains investisseurs évitent les matières premières agricoles par principe ou parce que les règles régissant leur portefeuille excluent les investissements pouvant être considérés comme de la spéculation au détriment de la sécurité alimentaire mondiale.

Le bois est une autre classe d’actifs qui suscite l’intérêt des investisseurs en raison de sa valeur intrinsèque en tant que matière première et de sa capacité à atténuer le risque global d’un portefeuille. Il permet également de se couvrir contre l’inflation dans la mesure où le prix du foncier a tendance à évoluer de concert avec les taux de crédit hypothécaire, qui sont eux-mêmes liés aux taux d’intérêt des banques centrales. L’investissement dans le bois peut se faire au moyen d’achats fonciers directs ou par le biais de véhicules de placement tels que les fonds de placement immobilier spécialisés ou les ETF.

Des devises aux obligations catastrophe

D’autres types de placements autrefois réservés aux investisseurs institutionnels se démocratisent progressivement. Le capital-risque permet aux investisseurs de miser sur des entreprises en plein essor, tout en bénéficiant parfois d’avantages fiscaux importants. Le capital-investissement est susceptible de générer des rendements élevés grâce au redressement d’entreprises en difficulté, souvent en actionnant le levier de la dette.

Le financement du commerce international se généralise lui aussi après avoir longtemps été négligé en raison de la confidentialité de cette classe d’actifs au profil risque/rendement attrayant à long terme, et ce grâce à un faible risque de crédit et de défaut. En mars 2017, ce marché était estimé à plus de 110 milliards de dollars d’actifs disponibles pour l’investissement à l’échelle mondiale.

Les fonds en devises ne sont pas nécessairement liés aux marchés obligataires ou aux marchés actions car les transactions portent toujours sur une devise par rapport à une autre. D’autres fonds investissent dans les obligations catastrophe, dont le rendement est nettement plus vulnérable aux conditions météorologiques extrêmes qu’aux chocs économiques. Tous ces placements peuvent être très utiles pour améliorer la stabilité d’un portefeuille dans un environnement moins prévisible pour les marchés financiers conventionnels.