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7 avril 2020

Retraite: ces biais cognitifs qui nous empêchent d’épargner.

Selon la sagesse populaire, il ne faut pas remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même. C’est vrai pour les petites tâches autant que pour la concrétisation de grands projets. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’épargner pour la retraite, nous sommes nombreux à toujours remettre ce projet à plus tard. myLIFE a identifié pour vous les principaux freins responsables de notre manque de discipline en la matière.

Faites-vous partie de ces gens qui, en début d’année, ont pris la résolution d’épargner pour le futur, notamment en vue de votre lointaine retraite ? Laissez-nous deviner : vous n’avez pas mis un euro de côté jusqu’à présent.

Bien entendu, vous avez de bonnes raisons pour cela. C’est la faute à ces fichues dépenses imprévues et à ces promotions exceptionnelles pour un nouvel écran géant. Et puis le loyer a augmenté et votre chat a dû aller en urgence chez le vétérinaire. Mais cette fois vous allez vous y mettre, promis. Dès demain, ou la semaine prochaine, voire le mois prochain au pire.

Arrêtons de se donner de fausses excuses et reconnaissons plutôt que nous avons un problème de self-control quand il s ‘agit de gérer notre argent à plus long terme et d’épargner pour un futur lointain. Il est temps pour vous de prendre conscience que, comme la plupart des êtres humains, vous êtes plus cigale que fourmi. En être conscient et se l’avouer permet de lever les freins pour réussir à enfin mettre de l’argent de côté.

La majeure partie de la population a du mal à mettre régulièrement de l’argent de côté ; qu’il s’agisse d’épargner pour des vacances, de se constituer un apport en vue de l’achat d’une maison ou de cumuler des fonds supplémentaires pour la retraite. Pourtant, sur le papier et dans un pays privilégié comme le Luxembourg, mettre quelques euros de côté tous les mois ne devrait pas être bien sorcier pour la majorité d’entre nous. Alors, qu’est-ce qui fait que nous sommes si nombreux à échouer ?

Les réponses nous sont fournies par l’économie comportementale. En effet, celle-ci nous révèle que plusieurs biais cognitifs qui se combinent pour contrecarrer nos bonnes intentions. Résultat : nous avons beaucoup de mal à faire des choix judicieux en matière de gestion financière, particulièrement lorsqu’il s’agit de se projeter dans l’avenir et d’économiser pour sa retraite ou des projets d’envergure.

En matière d’argent, ce sont nos préférences temporelles, particulièrement instables, qui ont tendance à nous jouer des tours. En effet, la manière dont nous percevons le temps affecte la manière dont nous parvenons ou non à accumuler de la richesse.

D’une manière générale, notre capacité d’attention est limitée. Dès lors, même si nous sommes objectivement capables de reconnaître l’importance d’épargner pour l’avenir, ce concept nous semble distant et donc moins digne d’attention que ce qui nous semble proche. Notre entendement a alors tendance à se focaliser sur des événements et opportunités du présents, plus palpables. Cela nous rend impatient et nous fait désirer l’immédiatement accessible plutôt qu’un avantage lointain.

Cette incohérence temporelle fait que nous donnons souvent la priorité à la consommation immédiate plutôt que d’anticiper des enjeux financiers lointains

Lorsque nous sommes impatients, nous avons tendance à dépenser nos gains instantanément plutôt que d’épargner suffisamment pour concrétiser un projet futur. Cette incohérence temporelle fait que nous donnons souvent la priorité à la consommation immédiate plutôt que d’anticiper des enjeux financiers lointains. Ce comportement des plus communs correspond à un biais cognitif bien connu : le biais « présent ».

Le biais « présent » ou la survalorisation de la consommation instantanée

Un test classique sous forme de questions démontre admirablement le biais « présent » à l’œuvre dans notre réflexion en matière d’argent. Préférez-vous obtenir un gain de 150 € dans 52 semaines ou de 125 € dans 48 semaines ? La plupart des personnes à qui cette question est posée n’ont aucun mal à répondre qu’elles préfèrent attendre quatre semaines supplémentaires pour un gain supérieur. L’horizon temporel étant lointain et la différence de montant importante, nous répondons rationnellement en faveur du plus gros gain.

Très bien. Mais si on vous demande à présent de faire le choix entre obtenir 125 € aujourd’hui ou 150 € dans quatre semaines, quelle sera votre réponse ? Les données du problème semblent identiques : la différence de montant est la même, ainsi que le décalage de 4 semaines pour obtenir 25 € de plus. Pourtant la réponse ne vous semble plus si simple. La plupart des gens choisissent d’ailleurs de prendre le gain immédiat de 125 € au lieu de patienter. Pourtant, il semble rationnel de répondre que vous préférez attendre dans le deuxième scénario si c’est ce que vous aviez répondu dans le premier. Que se passe-t-il dans notre tête ?

La réponse est simple : nous survalorisons l’immédiateté du présent. Dès lors, réfléchir à des scénarios futurs plus lointains et distants constitue quelque chose d’abstrait pour notre entendement. L’effort de réflexion est plus grand et requiert une discipline accrue.

Nous avons du mal à résister à la tentation de la consommation immédiate et privilégions dès lors une gestion à court terme de nos finances au détriment de notre épargne à long terme.

Le biais « présent » illustre un problème de self-control. Ainsi, sous son emprise, nous remettons toujours au lendemain la prise de décisions importantes comme celle de s’organiser financièrement pour sa retraite. Nous avons du mal à résister à la tentation de la consommation immédiate et privilégions dès lors une gestion à court terme de nos finances. Là où les biens de loisirs et les produits financiers tels que les cartes de crédit permettent de générer la satisfaction de la consommation immédiate, les produits d’investissement type assurance-vie ou prévoyance-vieillesse entraînent des coûts immédiats pour des avantages différés.

Nous avons fortement tendance à procrastiner quand il s’agit de réfléchir à la désagréable sensation de consommer moins maintenant pour épargner pour un futur qui nous semble si lointain. C’est sans doute aussi pour cette raison que certains de ces produits d’investissement bénéficient d’avantages fiscaux qui nous permettent de percevoir un avantage immédiat en plus des avantages différés. Sans ces incitatifs, il y a fort à parier que le nombre de souscriptions diminuerait fortement même si ces produits conserveraient toute leur pertinence dans une logique d’épargne à long terme.

Quand épargner est perçu comme une perte

Ce problème évident de self-control se couple malheureusement à un biais cognitif supplémentaire qui vient lui aussi contrarier nos décisions lorsqu’il s’agit de préparer l’avenir : l’aversion à la perte. Celle-ci constitue sans doute le plus important moteur de la prise de décision humaine, notamment dans l’investissement où elle se traduit en aversion au risque. Comment éviter toute perte ? Nous avons hérité cette aversion de nos lointains ancêtres dont la survie dépendait de leur capacité à ne pas perdre les faibles ressources et vivres à leur disposition.

Des recherches approfondies ont montré que perdre 100 € nous affecte deux fois plus que d’obtenir 100 €.

Des recherches approfondies ont ainsi montré que perdre 100 € nous affecte deux fois plus que d’obtenir 100 €. Ainsi, pour beaucoup d’entre nous placer 100 € sur un compte épargne est inconsciemment perçu comme une perte immédiate. En effet, une fois que nous nous sommes habitués à un niveau de revenu disponible, toute réduction immédiate est perçue comme une perte de revenu. Cela reste vrai même si la somme prélevée est placée pour notre propre bénéfice futur et qu’elle peut même potentiellement générer des intérêts.

La gêne ressentie au moment de mettre de l’argent de côté peut ainsi freiner la volonté d’un individu lorsqu’il s’agit d’effectuer un virement sur un compte d’épargne ou de mettre en place un virement permanent vers un compte dédié aux investissements futurs.

Éviter l’angoisse de (mal) choisir

Un dernier paramètre peut encore venir refroidir votre volonté d’épargner. En effet, si vous êtes parvenu à surmonter le biais « présent » et l’aversion à la perte, il vous reste à affronter l’angoisse de (mal) choisir.

En effet, il ne suffit pas de mettre quelques euros de côté chaque mois pour réussir son plan d’épargne. Selon votre profil et vos objectifs, il faut savoir exactement combien mettre de côté, à quelle fréquence et dans quel véhicule d’investissement. Il existe en effet de très nombreuses possibilités pour épargner. Savoir quelle solution sera, dans la durée, la plus adaptée à votre cas personnel est un exercice mentalement très couteux. Ainsi, face à ces choix complexes qu’il convient de ne pas prendre à la légère, nous sommes nombreux à remettre la décision au lendemain et à continuer de procrastiner sans cesse. Pour autant, pas besoin de désespérer. Il existe un tas d’experts susceptibles de vous aider à prendre les bonnes décisions… à commencer par votre banquier.

Avoir conscience de ses problèmes de self-control est le premier pas vers une meilleure planification de l’avenir. Ainsi, même la cigale peut épargner pour son avenir. Il suffit simplement de l’aider à adopter le bon état d’esprit pour épargner et de lui proposer des solutions simples et indolores.